mardi 6
janvier 2026 "Lettre hebdomadaire" du site "Rencontres
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Je viens de mettre en ligne un calendrier pour
cette nouvelle année 2026.
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illustrations.
Meilleurs voeux
à toutes et tous.
Courvières
(Haut-Doubs)
Frasne (Haut-Doubs)
Vallée de la Loue (Doubs)
Entête
La chambre de thé est à
l’évidence une Maison de la Fantaisie puisqu’elle apparaît
comme une structure éphémère construite à la seule fin
d’abriter une impulsion poétique. Elle est aussi une
Maison du Vide en ce qu’elle est dénuée de toute
ornementation, hormis ce qui peut y être placé pour
satisfaire une nécessité esthétique passagère. Elle est,
enfin, une Maison de l’Asymétrie parce qu’elle se voue au
culte de l’Imparfait, et qu’on y laisse volontairement une
part d’inachevé que le jeu de l’imagination peut compléter
à sa guise...
Kakuzo OKAKURA –
Le livre du thé
Edward ELGAR - Concerto
pour Violoncelle
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Il
y
a chez moi quelque chose d'étrange que je ne parviens pas à
expliquer. Quand je me promène dans les bois, s'il ne neige
pas, je me sens exactement tel que je suis – un homme, tout
seul qui déambule parmi les arbres. Mais si la neige tombe –
si la chute est abondante, avec partout cette espèce de
silence sous-marin, cette absence de bruit, façon
coton-dans-les-oreilles, caractéristique d'une neige molle
qui se pose sur le sol – j'ai l'impression d'être un animal.
J'ai
vu
des flocons gros comme mon poing, et d'autres monstrueux,
dégoulinants, collés tous ensemble, aussi démesurés qu'un
journal roulé en boule, qui tombaient au milieu de la
myriade de flocons plus petits, qui s'abattaient à une
vitesse folle, qui dégringolaient comme des avions en
perdition, mais atterrissaient sans faire de bruit ou
presque. Je décris ici le début d'un blizzard, car en voici
justement un qui se met en branle juste devant la fenêtre de
la serre et au-dessus de chez moi, de mon chalet et
d'Elizabeth, à cent mètres le long de la piste.
Je
distingue
encore, à travers la lourde chute de neige, les contours de
la maison, avec dedans ce qui est ma vie, ce qui lui donne
forme, je le distingue, mais c'est tout juste.
Il
ne
faut rien tenir pour acquis.
Rick BASS –
Winter
Joseph HAYDN - Concerto
pour violoncelle n°1 - Adagio
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Ma maison était
située à flanc de coteau, immédiatement sur la lisière
des plus grands arbres, au milieu d'une jeune forêt de
pitchpins et kichorys, à une demi-douzaine de verges de
l'étang, auquel conduisait un étroit sentier descendant
de la colline. Dans ma cour de devant poussaient la
fraise, la mûre, et l'immortelle, l'herbe de la
Saint-Jean et la verge d'or, les chênes arbrisseaux et
le cerisier nain, l'airelle et le noix de terre. Vers la
fin de mai, le cerisier nain (Cerasus
pumila)
adornait les côtés du sentier de ses fleurs délicates
disposées en ombelles autour de ses courtes tiges,
lesquelles, à l'automne, s'affaissaient sous le poids de
grosses et belles cerises, pour retomber en guirlandes
comme des rayons de tous les côtés. J'y goûtai, en
compliment à la Nature, toutes peu délectables qu'elles
fussent. Le sumac (Rhus
glabra)
croisait en abondance autour de la maison, se frayant un
chemin à travers le remblai que j'avais fait, et
poussant de cinq ou six pieds dès la première saison. Sa
large pinnée des tropiques était plaisante quoique
étrange à regarder. Les gros bourgeons qui tard dans le
printemps sortaient soudain des tiges sèches qu'on avait
pu croire mortes, se développaient comme par magie en
gracieux rameaux verts et tendres, d'un pouce de
diamètre ; et parfois si étourdiment poussaient-ils et
mettaient à l'épreuve leurs faibles articulations,
qu'assis à ma fenêtre il m'arrivait d'entendre quelque
frais et délicat rameau soudain retomber à la façon d'un
éventail jusqu'au sol, en l'absence du moindre souffle
d'air, brisé par son propre poids.
Henry David
THOREAU – Walden
ou
la vie dans les bois
Antonio
VIVALDI - Concerto pour deux violoncelles et
cordes RV531
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Kamouraska, je suis
tombé sous le charme de ce nom ancestral désignant
là où l'eau rencontre les roseaux, là où le golf
salé rétrécit et se mêle aux eaux douces du fleuve,
là où naissent les bélugas et paissent les oiseaux
migrateurs. Y planait une odeur de marais légère et
salée. Aussi parce qu'en son cœur même, on y lit
« amour ». J'ai aimé cet endroit dès que
j'y ai trempé les orteils. La rivière et la cabane
au creux d'une forêt tranquille. Je pouvais posséder
toute une forêt pour le prix d'un appartement en
ville ! Toute cette terre, cette eau, ce bois
et une cachette secrète pour une si maigre somme...
alors j'ai fait le saut.
C'est
ici,
au bout de ma solitude et d'un rang désert, que ma vie
recommence.
Le
froid
a pétrifié mon char. Le toit de la cabane est couvert de
strates de glace et de neige qui ont tranquillement
enseveli le panneau solaire. Les batteries marines sont
vides comme mes poches. Plus moyen de recharger le
téléphone cellulaire, d'entendre une voix rassurante, ni
de permettre à mes proches de me géolocaliser. Je reste
ici à manger du riz épicé près du feu, à chauffer la
pièce du mieux que je peux et à appréhender le moment où
je devrai braver le froid pour remplir la boîte à bois.
Ça en prend, des bûches, quand tes murs sont en carton.
Gabrielle
FILTEAU-CHIBA –
Encabannée
Dimitri SHOSTAKOVICH - Concerto pour
violoncelle n°1
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La Margotte est assise sur un
emplacement magnifique. Ce que j'aime surtout,
ce sont les tribus de vieux chênes installés sur
tous les coteaux. Ce sont des arbres énormes,
très vastes et très hauts. Leur ombre a nettoyé
tout le sous-bois qui est clair, net, pelucheux
de petite herbe sèche. Ils vivent là, depuis des
siècles, avec des foules d'oiseaux, d'écureuils,
de petits mammifères et même de renards. Ils
sont blonds. Ils sont solides. Ils ont une peau
très épaisse, verdâtre, plissée, avec des
reflets d'or. Ils sont très vieux. Si on essaye
d'imaginer combien il a fallu de temps pour que,
du gland, puissent sortir et se former ces
énormes troncs que quatre ou cinq hommes se
tenant par la main, ne peuvent embrasser ; pour
que puisse s'élever cet extraordinaire
échafaudage de branches, on se perd dans la nuit
des temps. Et, actuellement, je ne connais pas
de repos plus magnifique que celui qui consiste,
quand on le peut, à se perdre dans la nuit des
temps. Je suis par conséquent souvent par monts
et par vaux à travers les forêts de chênes. Ce
jour-là, après avoir mené Un roi à deux ou trois
pages de la fin, je partis vers les quatre
heures de l'après-midi. Je me proposais d'aller
visiter un canton où je n'étais encore jamais
allé. C'était sur une selle de terre un peu
haute, en direction de Niozelles où, à diverses
reprises, des architectures d'espaces m'avaient
attiré.
Jean
GIONO –
Noé
Anton DVORAK - Concerto pour
violoncelle - Adagio
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Penser
qu'il
faudrait le prendre en photo est le meilleur moyen de tuer
l'intensité d'un moment. Je reste au carreau pendant une
heure, alors que l'aube en fait des tonnes.
La
cabane
est le wagon de reddition où j'ai scellé mon armistice
avec le temps : je suis réconcilié. D'une fenêtre à
l'autre, d'un verre à l'autre, entre les pages d'un livre,
sous les paupières closes, la grande affaire est de
s'écarter pour lui ouvrir la voie.
Les
bergeronnettes
grises font leur nid à l'angle nord-est du toit. Les
chiens ont renoncé à leur faire la peau. Assis à ma table,
je regarde la glace mourir. Le manteau est ravagé. La
masse est infectée par l'eau. Des plaques noires marbrent
la surface. Le lac souffre et je ne sais pas qu'il y a des
hommes à son chevet. Je suis membre de l'armée des
veilleurs.
La
journée
est ponctuée de mesures dont le battement constitue le
solfège. L'arrivée de l'oiseau à 8 heures, le balayage de
la toile cirée par un rai de soleil à 9 h 30, le jeu des
petits chiens à la tombée du jour, l'apparition des
phoques au milieu de l'après-midi, le reflet de la lune
dans le seau : la mécanique est parfaite. Ces rendez-vous
insignifiants sont les immenses événements de la vie dans
les bois.
Sylvain
TESSON –
Dans les forêts de Sibérie
JS BACH - Suite pour violoncelle
n°5
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Les oliviers, dans leur
cheminement tortueux, offraient à Côme des routes
faciles et unies : ce sont des arbres accueillants et,
malgré la rudesse de leur écorce, amicaux pour qui y
passe ou s'y veut arrêter. En revanche, ils n'ont que
peu de grosses branches et ne présentent guère de
variété à explorer.
Dans
les
figuiers, il faut toujours vérifier la solidité du bois,
mais on n'en a jamais fini de rôder. A l'abri de leur
pavillon de feuilles. Côme voyait le soleil transparaître
au travers des nervures, regardait les fruits verts se
gonfler peu à peu, flairait le lait qui filtre à
l'intérieur des pédoncules. Le figuier vous assimile, vous
imprègne de sa gomme, du grondement de ses bourdons ;
Côme, après un moment, avait l'impression de devenir figue
lui-même : il se sentait mal à son aise, et s'en allait.
On vit bien dans le dur sorbier, dans le mûrier ; dommage
qu'ils soient si rares. On peut en dire autant des noyers.
Moi-même, et c'est tout dire, quand je voyais mon frère se
perdre dans un interminable vieux noyer, comme dans un
palais aux nombreux étages et aux pièces multiples,
j'avais envie de l'imiter et d'aller habiter là-haut, tant
sont convaincantes la force et la certitude que cet arbre
met à être un arbre, son obstination à se dresser, lourd
et dur, une obstination qu'il exprime jusqu'au bout de ses
feuilles…
Italo
CALVINO – Le
baron perché
Camille SAINT-SAENS - Concerto pour
violoncelle n°2
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Et c'est là, tout au bout,
quelques mètres au-dessus, juste à la sortie de la
hêtraie, que je l'ai vue. La cabane touchait les
nuages.
Nous
nous
sommes assis devant, sur l'herbe. J'ai enlevé mes
chaussures pour marcher pieds nus. Mon père a fait un feu.
Nous avons sorti le vin et notre saucisse de foie au goût
de sang. On en a toujours fait notre festin, avec mon
père, lors de nos vacances sous la tente, dans les vallées
du Galbe et d'Astau. La saucisse a rôti sur la pierre
chaude, et nous l'avons mangée comme deux morts de faim.
Au-dessus, un groupe de chocards à bec jaune voltigeaient.
A
l'intérieur, c'était sale. Il y avait des casseroles
noircies, de vieux vêtements troués, des couvertures usées
et pleines de poussières. Et par terre, près du poêle, des
bouteilles de vin vides. Soixante-trois. Je les ai
comptées. Probablement abandonnées par des chasseurs. Nous
les avons redescendues, ce jour-là, en deux
allers-retours, à coups de sacs chargés chacun de sept ou
huit bouteilles, l'un sur le ventre, l'autre sur le dos.
Drôle de ballet.
Quand
la
cabane a été vidée, je me suis senti mieux. J'ai eu
l'impression qu'elle était devenue immense. Je lui avais
permis de retrouver une dignité, à cette petite maison. Je
voulais la nettoyer, l'habiller, comme si elle
m'appartenait, alors qu'elle était sans doute à un berger.
Ou à personne. J'engageais avec elle un lien qui allait
durer des années. On peut s'attacher à une cabane comme à
un être humain, seuls les enfants le savent. Tôt ou tard,
je le sentais, j'y reviendrais.
Olivier
GARANCE -
Ma cabane
CPE BACH - Concerto pour
violoncelle
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Mais il est tout à fait certain qu'ils
seraient passés sans l'apercevoir si Dampierre ne
s'était pas arrêté pile à l'instant où mourait la
petite lueur orange. Il demeura sur place, accablé.
Maintenant, le fil était coupé. Il n'était plus qu'un
fragile amas d'os et de chair, rien qu'une manière de
sac à souffrance égaré dans le formidable désert de
l'inanimé.
Il ferma, rouvrit, referma les yeux. Des
vestiges de pensées dérivaient rapidement sur les eaux
maléfiques de la lune et du rêve. C'est alors que,
laissant choir un regard inattentif sur l'autre
versant, il aperçut sans le vouloir l'objet. On aurait
pu le confondre à tout coup avec les pans de roches
environnantes s'il n'avait réverbéré la lune avec un
peu plus d'éclat. Cet homme était sensible aux valeurs
et l'instinct l'avertit qu'il y avait là quelque chose
d'autre que la maudite caillasse. Peu à peu, des
détails surgirent. C'était une cabane carrée, de
petite dimensions, adossée au rocher et construite sur
une plate-forme de pierres sèches. A la même seconde,
il s'avisa d'autre chose, d'un bruit. Oui, une sorte
de très faible murmure fissurait l'infra-silence...
Mais il n'y avait pas à s'y tromper : de
l'eau !
SAMIVEL
–
Refuge Punckett
Gabriel FAURE - Après un rêve
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Ici
était une maison forestière, installée sur une pente
herbeuse en surplomb d'une clairière légèrement
vallonnée. De grosses pierres blanches bordaient un
chemin de terre jusqu'à l'escalier en granit qui
menait à la terrasse sur laquelle nous nous tenions.
Les murs de la maison étaient couverts de planches.
Adossée à la forêt, elle possédait un étage et un
toit pointu avec une longue cheminée. Face à nous se
dressait une montagne qui se teintait de carmin et
de doré. En contrebas dans la clairière, on devinait
une petit allée qui serpentait au milieu d'un
verger. Des poiriers, pommiers, cerisiers et noyers
étaient disséminés sans logique apparente, comme si
quelqu'un avait lancé les graines en l'air et laissé
le hasard s'en occuper. Un immense figuier violet,
lourd de fruits gonflés, trônait sur un petit
monticule. Plus loin à gauche, on apercevait
quelques vignes. Le potager était dominé par de
hauts épis de maïs qui semblaient veiller sur les
haricots et les melons qui s'enroulaient à leurs
pieds. Et partout émergeaient de l'herbe haute de
grands tournesols au cœur brun, le duveteux des
chardons en graines et la corolle blanche des
marguerites des prés.
Nous restâmes là, assises à même le sol en
pierre, jusqu'à la tombée de la nuit.
Corinne
MOREL DARLEUX -
La Sauvagière
Edvard GRIEG - Concerto
pour violoncelle
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Ce premier soir dans la
tente, je demeurai un long moment assis sur la pile
bancale de matériel, stupéfié de me retrouver pour de
bon à cet endroit. La natation et les lectures d'un
copain de chambre m'avaient-elles réellement mené
jusqu'ici ? Je caressais sans discontinuer les
oreilles de Boone en me remémorant mon premier jour
dans le Montana, songeant à la manière dont cette
aventure avait engendré solitude et confusion. J'avais
à l'époque trouvé refuge dans la natation et la
discipline routinière, familière et rassurante, des
entraînements. Je jetai un regard à la pile sous mes
fesses, à la faible lumière grise et terne qui
traversait la toile de la tente, et je sus que cette
fois, il n'y aurait aucun lieu où me réfugier, aucune
piscine dans laquelle me jeter, aucun entraîneur pour
me crier des instructions.
Je
finis
par me résoudre à sortir de la tente. Je n'aurais pu y
rester une seconde de plus. Me faisant violence, je
descendis jusqu'au bras de la rivière que j'étais censé
surveiller. Il faisait assez chaud, une encoche dans les
montagnes laissant encore, quelques secondes avant le
crépuscule, les rayons du soleil caresser les branches des
cèdres et des pins. Je tendis la main pour toucher les
rubans de lumière jaune qui glissaient entre les branches.
Je pouvais presque les sentir sur ma main. Pas leur
chaleur, mais comme si chaque rayon avait un poids à lui,
comme de la soie entre mes doigts. Mais ce n'était pas le
cas.
Pete
FROMM –
Indian Creek
WA MOZART - Divertimento KV563
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21
heures. La piste tourne et là, au bord d’une petite
clairière, il y a l’autobus. Une végétation rose
recouvre les roues jusqu’au moyeu. Le 142 stationne
auprès d’un groupe de trembles à 9 mètres du sommet
d’une petite butte, sur une élévation de terrain qui
domine le confluent de la Sushana et d’une rivière
plus petite. C’est un lieu attrayant, ouvert et
lumineux.
Nous
nous
arrêtons à quelque distance de l’autobus et le regardons
un moment en silence. Sa peinture est ternie et s’écaille.
Plusieurs vitres manquent. Des centaines de petits os
jonchent le sol parmi des milliers de piquants de
porcs-épics. Ce sont les restes du petit gibier qui
constituait l’ordinaire de McCandless. On distingue un
squelette bien plus grand, celui de l’élan qu’il a tiré et
qui lui a ensuite donné tant de remords. […]
Je
passe
devant les os de l’élan, m’approche du véhicule et monte
par la portière arrière. Contre la portière, il y a le
vieux matelas sur lequel McCandless a expiré. Pour quelque
obscure raison je suis surpris de trouver quelques-unes de
ses affaires éparpillées sur la toile du matelas : une
gourde verte en plastique, un petit flacon de comprimés
pour purifier l’eau, un stick de pommade pour les lèvres,
un pantalon de l’armée, comme ceux que l’on vend dans les
surplus militaires, une édition de poche en mauvais état
du best-seller O Jérusalem !, des moufles en laine, un
flacon de Muskol (un répulsif pour insectes), une boîte
d’allumettes pleine, une paire de bottes marron en
caoutchouc portant le nom « Gallien » inscrit à
l’encre noire sur le revers.
Jon KRAKAUER –
Into the wild
Johannes BRAHMS - Double concerto
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Ce
soir, alors que nous sirotions nos tasses de thé blanc
avant de nous coucher, je me suis dit que la forêt
avait sûrement plus à nous offrir qu'un après-midi de
fraises. Elle doit sûrement regorger de choses à
manger. Les Indiens qui vivaient là ont survécu sans
les vergers et les potagers, ils ne se sont nourris
que de ce que ces bois mettaient à leur disposition.
Mais
j'ignore
par où commencer. J'ai étudié la botanique. Je m'y entends
en morphologie et physiologie végétales. Je sais comment
les plantes poussent et comment elles se reproduisent. Je
sais identifier une cellule végétale au miscroscope,
dresser la liste des réactions chimiques qui provoquent la
photosynthèse. Mais j'ignore le nom des fleurs que nous
avons déposées sur la tombe de notre père. J'ignore le nom
des mauvaises herbes que nous arrachons du potager ou même
quel type de feuilles nous utilisons en guise de papier
toilette.
Je
sais
reconnaître le sumac vénéneux. Je sais distinguer un sapin
d'un séquoia. Mais tous les autres noms – latins ou
indiens ou usuels – m'échappent. Je suis même loin de
deviner quelle plante est comestible ou à quoi d'autre
elle peut servir si elle ne l'est pas. Ce buisson, dis-je,
cette fleur ou cette mauvaise herbe. Et comment des
buissons ou des fleurs ou des mauvaises herbes peuvent-ils
nous nourrir, nous vêtir, nous guérir ?
Jean HEGLAND – Dans la forêt
Georg Mathias MONN - Concerto pour
violoncelle
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Le chado
– littéralement la voie du thé – ou le cha-no-yu –
terme qui désigne d’ordinaire la « cérémonie du thé »
– reste entouré d’une aura de mystère aux yeux du plus
grand nombre. Pourtant, le principe en est simple : un
petit nombre d’amis se réunissent et passent quelques
heures à partager un repas et à boire du thé, goûtant
ainsi un bref instant de répit au milieu d’une vie
quotidienne trépidante. Les invités, après avoir
traversé un petit jardin composé d’arbres et de
buissons, pénètrent dans l’espace paisible et intime
de la chambre de thé, abrité de toute lumière vive.
Dans l’alcôve d’honneur, un rouleau est suspendu,
qu’orne le plus souvent une parole zen calligraphiée.
Quelques fleurs sont sobrement disposées dans un vase.
Hôte et convives se rassemblent au sein de cette
atmosphère sereine, évoquant celle d’une hutte isolée,
et tout en accomplissant les activités les plus
ordinaires de la vie quotidienne, communient les uns
avec les autres, mais aussi avec chaque détail de leur
environnement, sur un mode direct et immédiat, dans la
saveur de l’instant.
La voie du thé est un culte fondé sur l’adoration du
beau jusque dans les occupations les plus triviales de
la vie quotidienne. Elle enseigne la pureté et
l’harmonie, le mystère de la compassion réciproque et
la dimension romantique inhérente à l’ordre social.
Elle est, par essence, un culte de l’Imparfait, en ce
qu’elle vise – avec quelle délicatesse ! – au possible
dans une vie vouée, comme nous le savons, à
l’impossible.
Kakuzô OKAKURA –
Le livre du Thé
Etorre PIAZZOLLA - Printemps
des Quatre Saisons
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