Le Trochiscanthe nodiflore [TN]

n°1006 (2026 - 01)

mardi 6 janvier 2026

"Lettre hebdomadaire" du site "Rencontres Sauvages"
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Je viens de mettre en ligne un calendrier pour

cette nouvelle année 2026.

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Les images ci-dessous en constituent les illustrations.

Meilleurs voeux

à toutes et tous.



  Courvières (Haut-Doubs)
Frasne (Haut-Doubs)
Vallée de la Loue (Doubs)

Entête

La chambre de thé est à l’évidence une Maison de la Fantaisie puisqu’elle apparaît comme une structure éphémère construite à la seule fin d’abriter une impulsion poétique. Elle est aussi une Maison du Vide en ce qu’elle est dénuée de toute ornementation, hormis ce qui peut y être placé pour satisfaire une nécessité esthétique passagère. Elle est, enfin, une Maison de l’Asymétrie parce qu’elle se voue au culte de l’Imparfait, et qu’on y laisse volontairement une part d’inachevé que le jeu de l’imagination peut compléter à sa guise...

Kakuzo OKAKURA – Le livre du thé 

Edward ELGAR - Concerto pour Violoncelle

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Janvier

13 janvier

Il y a chez moi quelque chose d'étrange que je ne parviens pas à expliquer. Quand je me promène dans les bois, s'il ne neige pas, je me sens exactement tel que je suis – un homme, tout seul qui déambule parmi les arbres. Mais si la neige tombe – si la chute est abondante, avec partout cette espèce de silence sous-marin, cette absence de bruit, façon coton-dans-les-oreilles, caractéristique d'une neige molle qui se pose sur le sol – j'ai l'impression d'être un animal.

J'ai vu des flocons gros comme mon poing, et d'autres monstrueux, dégoulinants, collés tous ensemble, aussi démesurés qu'un journal roulé en boule, qui tombaient au milieu de la myriade de flocons plus petits, qui s'abattaient à une vitesse folle, qui dégringolaient comme des avions en perdition, mais atterrissaient sans faire de bruit ou presque. Je décris ici le début d'un blizzard, car en voici justement un qui se met en branle juste devant la fenêtre de la serre et au-dessus de chez moi, de mon chalet et d'Elizabeth, à cent mètres le long de la piste.

Je distingue encore, à travers la lourde chute de neige, les contours de la maison, avec dedans ce qui est ma vie, ce qui lui donne forme, je le distingue, mais c'est tout juste.

Il ne faut rien tenir pour acquis.

Rick BASS – Winter

 
Joseph HAYDN - Concerto pour violoncelle n°1 - Adagio 

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Février

Ma maison était située à flanc de coteau, immédiatement sur la lisière des plus grands arbres, au milieu d'une jeune forêt de pitchpins et kichorys, à une demi-douzaine de verges de l'étang, auquel conduisait un étroit sentier descendant de la colline. Dans ma cour de devant poussaient la fraise, la mûre, et l'immortelle, l'herbe de la Saint-Jean et la verge d'or, les chênes arbrisseaux et le cerisier nain, l'airelle et le noix de terre. Vers la fin de mai, le cerisier nain (Cerasus pumila) adornait les côtés du sentier de ses fleurs délicates disposées en ombelles autour de ses courtes tiges, lesquelles, à l'automne, s'affaissaient sous le poids de grosses et belles cerises, pour retomber en guirlandes comme des rayons de tous les côtés. J'y goûtai, en compliment à la Nature, toutes peu délectables qu'elles fussent. Le sumac (Rhus glabra) croisait en abondance autour de la maison, se frayant un chemin à travers le remblai que j'avais fait, et poussant de cinq ou six pieds dès la première saison. Sa large pinnée des tropiques était plaisante quoique étrange à regarder. Les gros bourgeons qui tard dans le printemps sortaient soudain des tiges sèches qu'on avait pu croire mortes, se développaient comme par magie en gracieux rameaux verts et tendres, d'un pouce de diamètre ; et parfois si étourdiment poussaient-ils et mettaient à l'épreuve leurs faibles articulations, qu'assis à ma fenêtre il m'arrivait d'entendre quelque frais et délicat rameau soudain retomber à la façon d'un éventail jusqu'au sol, en l'absence du moindre souffle d'air, brisé par son propre poids.

Henry David THOREAU – Walden ou la vie dans les bois


 
Antonio VIVALDI - Concerto pour deux violoncelles et cordes RV531

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Mars

Kamouraska, je suis tombé sous le charme de ce nom ancestral désignant là où l'eau rencontre les roseaux, là où le golf salé rétrécit et se mêle aux eaux douces du fleuve, là où naissent les bélugas et paissent les oiseaux migrateurs. Y planait une odeur de marais légère et salée. Aussi parce qu'en son cœur même, on y lit «  amour  ». J'ai aimé cet endroit dès que j'y ai trempé les orteils. La rivière et la cabane au creux d'une forêt tranquille. Je pouvais posséder toute une forêt pour le prix d'un appartement en ville  ! Toute cette terre, cette eau, ce bois et une cachette secrète pour une si maigre somme... alors j'ai fait le saut.

C'est ici, au bout de ma solitude et d'un rang désert, que ma vie recommence.

Le froid a pétrifié mon char. Le toit de la cabane est couvert de strates de glace et de neige qui ont tranquillement enseveli le panneau solaire. Les batteries marines sont vides comme mes poches. Plus moyen de recharger le téléphone cellulaire, d'entendre une voix rassurante, ni de permettre à mes proches de me géolocaliser. Je reste ici à manger du riz épicé près du feu, à chauffer la pièce du mieux que je peux et à appréhender le moment où je devrai braver le froid pour remplir la boîte à bois. Ça en prend, des bûches, quand tes murs sont en carton.

Gabrielle FILTEAU-CHIBA – Encabannée


Dimitri SHOSTAKOVICH - Concerto pour violoncelle n°1

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Avril

La Margotte est assise sur un emplacement magnifique. Ce que j'aime surtout, ce sont les tribus de vieux chênes installés sur tous les coteaux. Ce sont des arbres énormes, très vastes et très hauts. Leur ombre a nettoyé tout le sous-bois qui est clair, net, pelucheux de petite herbe sèche. Ils vivent là, depuis des siècles, avec des foules d'oiseaux, d'écureuils, de petits mammifères et même de renards. Ils sont blonds. Ils sont solides. Ils ont une peau très épaisse, verdâtre, plissée, avec des reflets d'or. Ils sont très vieux. Si on essaye d'imaginer combien il a fallu de temps pour que, du gland, puissent sortir et se former ces énormes troncs que quatre ou cinq hommes se tenant par la main, ne peuvent embrasser ; pour que puisse s'élever cet extraordinaire échafaudage de branches, on se perd dans la nuit des temps. Et, actuellement, je ne connais pas de repos plus magnifique que celui qui consiste, quand on le peut, à se perdre dans la nuit des temps. Je suis par conséquent souvent par monts et par vaux à travers les forêts de chênes. Ce jour-là, après avoir mené Un roi à deux ou trois pages de la fin, je partis vers les quatre heures de l'après-midi. Je me proposais d'aller visiter un canton où je n'étais encore jamais allé. C'était sur une selle de terre un peu haute, en direction de Niozelles où, à diverses reprises, des architectures d'espaces m'avaient attiré.

Jean GIONO – Noé


  Anton DVORAK -
Concerto pour violoncelle - Adagio

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Mai

15 mai

Penser qu'il faudrait le prendre en photo est le meilleur moyen de tuer l'intensité d'un moment. Je reste au carreau pendant une heure, alors que l'aube en fait des tonnes.

La cabane est le wagon de reddition où j'ai scellé mon armistice avec le temps : je suis réconcilié. D'une fenêtre à l'autre, d'un verre à l'autre, entre les pages d'un livre, sous les paupières closes, la grande affaire est de s'écarter pour lui ouvrir la voie.

Les bergeronnettes grises font leur nid à l'angle nord-est du toit. Les chiens ont renoncé à leur faire la peau. Assis à ma table, je regarde la glace mourir. Le manteau est ravagé. La masse est infectée par l'eau. Des plaques noires marbrent la surface. Le lac souffre et je ne sais pas qu'il y a des hommes à son chevet. Je suis membre de l'armée des veilleurs.

La journée est ponctuée de mesures dont le battement constitue le solfège. L'arrivée de l'oiseau à 8 heures, le balayage de la toile cirée par un rai de soleil à 9 h 30, le jeu des petits chiens à la tombée du jour, l'apparition des phoques au milieu de l'après-midi, le reflet de la lune dans le seau : la mécanique est parfaite. Ces rendez-vous insignifiants sont les immenses événements de la vie dans les bois.

Sylvain TESSON – Dans les forêts de Sibérie


JS BACH - Suite pour violoncelle n°5

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Juin

Les oliviers, dans leur cheminement tortueux, offraient à Côme des routes faciles et unies : ce sont des arbres accueillants et, malgré la rudesse de leur écorce, amicaux pour qui y passe ou s'y veut arrêter. En revanche, ils n'ont que peu de grosses branches et ne présentent guère de variété à explorer.

Dans les figuiers, il faut toujours vérifier la solidité du bois, mais on n'en a jamais fini de rôder. A l'abri de leur pavillon de feuilles. Côme voyait le soleil transparaître au travers des nervures, regardait les fruits verts se gonfler peu à peu, flairait le lait qui filtre à l'intérieur des pédoncules. Le figuier vous assimile, vous imprègne de sa gomme, du grondement de ses bourdons ; Côme, après un moment, avait l'impression de devenir figue lui-même : il se sentait mal à son aise, et s'en allait. On vit bien dans le dur sorbier, dans le mûrier ; dommage qu'ils soient si rares. On peut en dire autant des noyers. Moi-même, et c'est tout dire, quand je voyais mon frère se perdre dans un interminable vieux noyer, comme dans un palais aux nombreux étages et aux pièces multiples, j'avais envie de l'imiter et d'aller habiter là-haut, tant sont convaincantes la force et la certitude que cet arbre met à être un arbre, son obstination à se dresser, lourd et dur, une obstination qu'il exprime jusqu'au bout de ses feuilles

Italo CALVINO – Le baron perché


Camille SAINT-SAENS - Concerto pour violoncelle n°2

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Juillet

Et c'est là, tout au bout, quelques mètres au-dessus, juste à la sortie de la hêtraie, que je l'ai vue. La cabane touchait les nuages.

Nous nous sommes assis devant, sur l'herbe. J'ai enlevé mes chaussures pour marcher pieds nus. Mon père a fait un feu. Nous avons sorti le vin et notre saucisse de foie au goût de sang. On en a toujours fait notre festin, avec mon père, lors de nos vacances sous la tente, dans les vallées du Galbe et d'Astau. La saucisse a rôti sur la pierre chaude, et nous l'avons mangée comme deux morts de faim. Au-dessus, un groupe de chocards à bec jaune voltigeaient.

A l'intérieur, c'était sale. Il y avait des casseroles noircies, de vieux vêtements troués, des couvertures usées et pleines de poussières. Et par terre, près du poêle, des bouteilles de vin vides. Soixante-trois. Je les ai comptées. Probablement abandonnées par des chasseurs. Nous les avons redescendues, ce jour-là, en deux allers-retours, à coups de sacs chargés chacun de sept ou huit bouteilles, l'un sur le ventre, l'autre sur le dos. Drôle de ballet.

Quand la cabane a été vidée, je me suis senti mieux. J'ai eu l'impression qu'elle était devenue immense. Je lui avais permis de retrouver une dignité, à cette petite maison. Je voulais la nettoyer, l'habiller, comme si elle m'appartenait, alors qu'elle était sans doute à un berger. Ou à personne. J'engageais avec elle un lien qui allait durer des années. On peut s'attacher à une cabane comme à un être humain, seuls les enfants le savent. Tôt ou tard, je le sentais, j'y reviendrais.

Olivier GARANCE - Ma cabane


CPE BACH - Concerto pour violoncelle

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Août

Un angle de toit brillait sous la lune.

Mais il est tout à fait certain qu'ils seraient passés sans l'apercevoir si Dampierre ne s'était pas arrêté pile à l'instant où mourait la petite lueur orange. Il demeura sur place, accablé. Maintenant, le fil était coupé. Il n'était plus qu'un fragile amas d'os et de chair, rien qu'une manière de sac à souffrance égaré dans le formidable désert de l'inanimé.

Il ferma, rouvrit, referma les yeux. Des vestiges de pensées dérivaient rapidement sur les eaux maléfiques de la lune et du rêve. C'est alors que, laissant choir un regard inattentif sur l'autre versant, il aperçut sans le vouloir l'objet. On aurait pu le confondre à tout coup avec les pans de roches environnantes s'il n'avait réverbéré la lune avec un peu plus d'éclat. Cet homme était sensible aux valeurs et l'instinct l'avertit qu'il y avait là quelque chose d'autre que la maudite caillasse. Peu à peu, des détails surgirent. C'était une cabane carrée, de petite dimensions, adossée au rocher et construite sur une plate-forme de pierres sèches. A la même seconde, il s'avisa d'autre chose, d'un bruit. Oui, une sorte de très faible murmure fissurait l'infra-silence... Mais il n'y avait pas à s'y tromper  : de l'eau  !

SAMIVEL – Refuge Punckett


Gabriel FAURE - Après un rêve

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Septembre

Ici était une maison forestière, installée sur une pente herbeuse en surplomb d'une clairière légèrement vallonnée. De grosses pierres blanches bordaient un chemin de terre jusqu'à l'escalier en granit qui menait à la terrasse sur laquelle nous nous tenions. Les murs de la maison étaient couverts de planches. Adossée à la forêt, elle possédait un étage et un toit pointu avec une longue cheminée. Face à nous se dressait une montagne qui se teintait de carmin et de doré. En contrebas dans la clairière, on devinait une petit allée qui serpentait au milieu d'un verger. Des poiriers, pommiers, cerisiers et noyers étaient disséminés sans logique apparente, comme si quelqu'un avait lancé les graines en l'air et laissé le hasard s'en occuper. Un immense figuier violet, lourd de fruits gonflés, trônait sur un petit monticule. Plus loin à gauche, on apercevait quelques vignes. Le potager était dominé par de hauts épis de maïs qui semblaient veiller sur les haricots et les melons qui s'enroulaient à leurs pieds. Et partout émergeaient de l'herbe haute de grands tournesols au cœur brun, le duveteux des chardons en graines et la corolle blanche des marguerites des prés.

Nous restâmes là, assises à même le sol en pierre, jusqu'à la tombée de la nuit.

Corinne MOREL DARLEUX - La Sauvagière


Edvard GRIEG - Concerto pour violoncelle

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Octobre

Ce premier soir dans la tente, je demeurai un long moment assis sur la pile bancale de matériel, stupéfié de me retrouver pour de bon à cet endroit. La natation et les lectures d'un copain de chambre m'avaient-elles réellement mené jusqu'ici  ? Je caressais sans discontinuer les oreilles de Boone en me remémorant mon premier jour dans le Montana, songeant à la manière dont cette aventure avait engendré solitude et confusion. J'avais à l'époque trouvé refuge dans la natation et la discipline routinière, familière et rassurante, des entraînements. Je jetai un regard à la pile sous mes fesses, à la faible lumière grise et terne qui traversait la toile de la tente, et je sus que cette fois, il n'y aurait aucun lieu où me réfugier, aucune piscine dans laquelle me jeter, aucun entraîneur pour me crier des instructions.

Je finis par me résoudre à sortir de la tente. Je n'aurais pu y rester une seconde de plus. Me faisant violence, je descendis jusqu'au bras de la rivière que j'étais censé surveiller. Il faisait assez chaud, une encoche dans les montagnes laissant encore, quelques secondes avant le crépuscule, les rayons du soleil caresser les branches des cèdres et des pins. Je tendis la main pour toucher les rubans de lumière jaune qui glissaient entre les branches. Je pouvais presque les sentir sur ma main. Pas leur chaleur, mais comme si chaque rayon avait un poids à lui, comme de la soie entre mes doigts. Mais ce n'était pas le cas.

Pete FROMM – Indian Creek


WA MOZART - Divertimento KV563

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Novembre

21 heures. La piste tourne et là, au bord d’une petite clairière, il y a l’autobus. Une végétation rose recouvre les roues jusqu’au moyeu. Le 142 stationne auprès d’un groupe de trembles à 9 mètres du sommet d’une petite butte, sur une élévation de terrain qui domine le confluent de la Sushana et d’une rivière plus petite. C’est un lieu attrayant, ouvert et lumineux.

Nous nous arrêtons à quelque distance de l’autobus et le regardons un moment en silence. Sa peinture est ternie et s’écaille. Plusieurs vitres manquent. Des centaines de petits os jonchent le sol parmi des milliers de piquants de porcs-épics. Ce sont les restes du petit gibier qui constituait l’ordinaire de McCandless. On distingue un squelette bien plus grand, celui de l’élan qu’il a tiré et qui lui a ensuite donné tant de remords. […]

Je passe devant les os de l’élan, m’approche du véhicule et monte par la portière arrière. Contre la portière, il y a le vieux matelas sur lequel McCandless a expiré. Pour quelque obscure raison je suis surpris de trouver quelques-unes de ses affaires éparpillées sur la toile du matelas : une gourde verte en plastique, un petit flacon de comprimés pour purifier l’eau, un stick de pommade pour les lèvres, un pantalon de l’armée, comme ceux que l’on vend dans les surplus militaires, une édition de poche en mauvais état du best-seller O Jérusalem !, des moufles en laine, un flacon de Muskol (un répulsif pour insectes), une boîte d’allumettes pleine, une paire de bottes marron en caoutchouc portant le nom « Gallien » inscrit à l’encre noire sur le revers.

Jon KRAKAUER – Into the wild


Johannes BRAHMS - Double concerto

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Décembre

Ce soir, alors que nous sirotions nos tasses de thé blanc avant de nous coucher, je me suis dit que la forêt avait sûrement plus à nous offrir qu'un après-midi de fraises. Elle doit sûrement regorger de choses à manger. Les Indiens qui vivaient là ont survécu sans les vergers et les potagers, ils ne se sont nourris que de ce que ces bois mettaient à leur disposition.

Mais j'ignore par où commencer. J'ai étudié la botanique. Je m'y entends en morphologie et physiologie végétales. Je sais comment les plantes poussent et comment elles se reproduisent. Je sais identifier une cellule végétale au miscroscope, dresser la liste des réactions chimiques qui provoquent la photosynthèse. Mais j'ignore le nom des fleurs que nous avons déposées sur la tombe de notre père. J'ignore le nom des mauvaises herbes que nous arrachons du potager ou même quel type de feuilles nous utilisons en guise de papier toilette.

Je sais reconnaître le sumac vénéneux. Je sais distinguer un sapin d'un séquoia. Mais tous les autres noms – latins ou indiens ou usuels – m'échappent. Je suis même loin de deviner quelle plante est comestible ou à quoi d'autre elle peut servir si elle ne l'est pas. Ce buisson, dis-je, cette fleur ou cette mauvaise herbe. Et comment des buissons ou des fleurs ou des mauvaises herbes peuvent-ils nous nourrir, nous vêtir, nous guérir  ?

Jean HEGLAND – Dans la forêt

Georg Mathias MONN - Concerto pour violoncelle

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Bonus
(pour la carte de voeux !)


Le chado – littéralement la voie du thé – ou le cha-no-yu – terme qui désigne d’ordinaire la « cérémonie du thé » – reste entouré d’une aura de mystère aux yeux du plus grand nombre. Pourtant, le principe en est simple : un petit nombre d’amis se réunissent et passent quelques heures à partager un repas et à boire du thé, goûtant ainsi un bref instant de répit au milieu d’une vie quotidienne trépidante. Les invités, après avoir traversé un petit jardin composé d’arbres et de buissons, pénètrent dans l’espace paisible et intime de la chambre de thé, abrité de toute lumière vive. Dans l’alcôve d’honneur, un rouleau est suspendu, qu’orne le plus souvent une parole zen calligraphiée. Quelques fleurs sont sobrement disposées dans un vase. Hôte et convives se rassemblent au sein de cette atmosphère sereine, évoquant celle d’une hutte isolée, et tout en accomplissant les activités les plus ordinaires de la vie quotidienne, communient les uns avec les autres, mais aussi avec chaque détail de leur environnement, sur un mode direct et immédiat, dans la saveur de l’instant.

La voie du thé est un culte fondé sur l’adoration du beau jusque dans les occupations les plus triviales de la vie quotidienne. Elle enseigne la pureté et l’harmonie, le mystère de la compassion réciproque et la dimension romantique inhérente à l’ordre social. Elle est, par essence, un culte de l’Imparfait, en ce qu’elle vise – avec quelle délicatesse ! – au possible dans une vie vouée, comme nous le savons, à l’impossible.

Kakuzô OKAKURA – Le livre du Thé


Etorre PIAZZOLLA - Printemps des Quatre Saisons



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Calendrier pour 2017 - L'Entonnoir de Bouverans et les Tourbières de Frasne (Haut-Doubs)

Texte :  Poussière d'homme - David Lelait

Musique : Folia de la Cantate BWV 212 - JS Bach


Calendrier
pour 2018 : Portraits d'Oiseaux (à l'affût) - Courvières (Haut-Doubs)

Texte :  Tribunal des Flagrants délires - Pierre Desproges

Musique : Oratorio de Noël - JS Bach


Calendrier
pour 2019 : Derrière la Loge n°5 - Courvières (Haut-Doubs)

Texte :  Le Rêve de Ryôsuke - Durian Sukegawa

Musique : Rodrigo's Concerto - Aranjuez



Calendrier
pour 2020

Texte :  La Fin de l'Histoire - Luis SEPULVEDA

Musique : L'Oratorio de la Création - Joseph HAYDN


Calendrier
pour 2021

Textes :  de Victor HUGO

Musique : Vespri per l'Assunzione di Maria Vergine - Antonio VIVALDI


Calendrier 2022

Textes :  Christian BOBIN

Musique :  JS BACH - Glenn GOULD

[numéro 852]
(2023 - 01)

Calendrier 2023

Textes :  Rainer Maria RILKE

Musique :  WA MOZART - La Flute enchantée
[numéro 901]
(2024 - 01)

Calendrier 2024

Textes :  Louis PERGAUD

Musique :  Nuria RIAL


[numéro 953]
(2024 - 53)

Calendrier 2025

Texte : Henri VINCENOT

Musique :  Oeuvres baroques françaises



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