Le Trochiscanthe nodiflore [TN]

n°601 (2018-01)

mardi 2 janvier 2018

"Lettre hebdomadaire" du site "Rencontres Sauvages"
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Johann Nepomuk Hummel - Concerto pour Trompette
(Maurice André)

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Collection de
Cartes de Voeux




"Les étoiles mouraient dans ce beau ciel d’automne

Comme la mémoire s’éteint dans le cerveau

De ces pauvres vieillards qui tentent de se souvenir

Nous étions là mourant de la mort des étoiles

Et sur le front ténébreux aux livides lueurs

Nous ne savions plus que dire avec désespoir

ILS ONT MÊME ASSASSINÉ LES CONSTELLATIONS

Mais une grande voix venue d’un mégaphone

Dont le pavillon sortait

De je ne sais quel unanime poste de commandement

La voix du capitaine inconnu qui nous sauve toujours cria


IL EST GRAND TEMPS DE RALLUMER LES ÉTOILES"

Guillaume Apollinaire
(poème écrit pendant la
première guerre mondiale)

Chamois femelle, brume et Château de Joux
La Cluse et Mijoux (Haut-Doubs)
dimanche 4 décembre 2016

Rougegorge
Lac de Saint-Point (Haut-Doubs)
lundi 31 décembre 2012

"Je vous souhaite des rêves à n'en plus finir,
et l'envie furieuse d'en réaliser quelques-uns.
Je vous souhaite d'aimer ce qu'il faut aimer,
et d'oublier ce qu'il faut oublier.
Je vous souhaite des passions.
Je vous souhaite des silences.
Je vous souhaite des chants d'oiseaux au réveil et des rires d'enfants.
Je vous souhaite de résister à l'enlisement, à l'indifférence,
aux vertus négatives de notre époque.
Je vous souhaite surtout d'être vous."


Jacques Brel

Moineau femelle, sur le piquet aux Cladonies
Courvières (Haut-Doubs)
dimanche 18 décembre 2016



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cette nouvelle année 2018.

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Bonne et heureuse année 2018

à toutes et tous.

Merci de votre fidélité.


"Il y a sur la terre de beaux moments bien tranquilles.

[…]


Il y avait tant de lumière qu’on voyait le monde dans sa vraie vérité, non plus décharné de jour mais engraissé d’ombre et d’une couleur bien plus fine. L’œil s’en réjouissait. L’apparence des choses n’avait plus de cruauté mais tout racontait une histoire, tout parlait doucement aux sens. La forêt là-bas était couchée dans le tiède des combes comme une grosse pintade aux plumes luisantes.

« Et, se dit Jourdan, j’aimerais bien qu’il me trouve en train de labourer… »"

Jean GIONO - Que ma joie demeure


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Suggestion de lecture :

"C'est seulement lorsqu'elle posa ses mains sur le volant qu'elle vit qu'elles étaient pleines de sang. Ses paumes collaient au cuir. Elle enclencha quand même la marche arrière et sortit un peu trop brutalement de l'allée du garage. Le gravier crissa sous les pneus.

Le trajet en voiture allait être long. Elle jeta un coup d’œil vers le siège arrière. Sam dormait, enveloppé dans une couverture. Elle aurait dû lui mettre la ceinture de sécurité, mais elle n’avait pas le cœur de le réveiller. Elle conduirait prudemment. Par réflexe, elle leva le pied de l’accélérateur.

La nuit d’été commençait déjà à s’éclaircir. Les heures sombres étaient passées avant même d’avoir eu le temps de s’installer. Pourtant cette nuit paraissait interminable. La donne avait complètement changé. Les yeux bruns de Fredrik fixaient le plafond, immobiles, et elle avait compris qu’elle ne pouvait rien faire. Elle était obligée de se mettre en sécurité avec Sam.

Ne pas penser au sang, ne pas penser à Fredrik.

Il n’y avait qu’un endroit où elle pouvait se réfugier.

Six heures plus tard, ils arrivèrent. Fjällbacka se réveillait tout juste. Elle gara la voiture devant le Sauvetage en mer et se demanda un instant comment elle ferait pour tout emporter.

Sam dormait toujours profondément. Elle trouva un paquet de mouchoirs en papier dans la boîte à gants et s’essuya les mains du mieux qu’elle put. Le sang était tenace, il était difficile à nettoyer. Puis elle sortit les valises du coffre arrière et les tira rapidement vers Badholmen où le bateau était amarré. De peur que Sam ne se réveille pendant son absence, elle avait fermé la voiture à clé pour qu’il ne puisse pas en sortir et tomber à l’eau. Elle descendit péniblement les valises jusqu’au bateau et ouvrit le cadenas de la chaîne censée protéger des vols. Puis elle retourna à la voiture en courant presque et constata avec soulagement que Sam dormait encore paisiblement. Elle le souleva et le porta, enveloppé dans sa couverture. Le regard fixé sur ses pieds, elle parvint à monter à bord sans glisser. Doucement, elle posa Sam directement sur le plancher et tourna la clé de contact. Le moteur toussa, puis démarra à la première tentative. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas piloté ce bateau, mais elle était confiante, elle y arriverait. Quittant l’emplacement en marche arrière, elle sortit du port.

Le soleil s’était levé mais ne chauffait pas encore. Elle sentait ses muscles se relâcher petit à petit, la tension cédait et l’horreur de la nuit perdait un peu de son emprise. Elle regarda Sam. Pourvu qu’il n’en garde pas de séquelles. À cinq ans, on est fragile. Comment savoir si rien ne s’était brisé en lui ? Elle ferait tout ce qui était en son pouvoir pour le guérir. Des bisous pour éloigner le mal, comme quand il tombait à vélo et s’écorchait les genoux.

Elle connaissait bien le trajet. Chaque île, chaque rocher. Elle mit le cap sur Väderöbod et s’éloigna de plus en plus de la côte. Les vagues étaient plus grosses ici, et l’étrave cognait contre l’eau en retombant après chaque crête. Elle savoura la sensation des embruns lui éclaboussant le visage et s’autorisa à fermer les yeux quelques secondes. En les rouvrant, elle aperçut Gråskär au loin. Son cœur frétilla comme toujours quand l’île apparaissait et qu’elle voyait la petite maison et le phare, blanc et fier, dressé vers le ciel bleu. Elle était encore trop loin pour voir la couleur de la maison, mais elle se rappelait sa nuance gris clair et les menuiseries blanches. Et les roses trémières qui poussaient devant le mur le plus abrité. C’était son refuge, son paradis. Son île. Gråskär.


L'église de Fjällbacka était remplie jusqu'au dernier banc et le choeur débordait de fleurs. Des couronnes, des bouquets et des rubans de soie exprimant un dernier adieu.


Patrik eut du mal à poser ses yeux sur le cercueil blanc au milieu de l’océan de fleurs. Le silence dans la grande église en pierre était lugubre. Aux enterrements des personnes âgées, on percevait toujours un certain bruit de fond. On échangeait des phrases comme “vu combien elle souffrait, il faut le voir comme une bénédiction”, en attendant impatiemment le café offert après la cérémonie. Ce jour-là, aucun bavardage de ce genre ne venait perturber la cérémonie. Tous étaient assis en silence, remplis de chagrin et d’un sentiment d’injustice. Personne ne devrait avoir à vivre ça.

Patrik s’éclaircit la gorge et regarda le plafond pour essayer de chasser les larmes. Il serra la main d’Erica. Son costume lui donnait des démangeaisons, il tira sur le col de la chemise pour mieux respirer. Il avait l’impression d’étouffer.

Les cloches se mirent à retentir en haut du clocher, elles résonnaient entre les murs. Beaucoup sursautèrent et tournèrent les yeux vers le cercueil. Harald Spjuth sortit de la sacristie et se dirigea vers l’autel. C’était lui qui les avait unis dans cette église, dans ce qui semblait être une autre vie, une autre réalité. L’ambiance alors était détendue, gaie et lumineuse. À présent, le pasteur avait le visage grave. Patrik essaya d’interpréter son expression. Pensait-il lui aussi que ce n’était pas juste ? Ou bien se consolait-il avec la certitude qu’il y avait un sens derrière tout ce qui arrivait ?

Les larmes lui montèrent de nouveau aux yeux et il les essuya du dos de la main. Discrètement, Erica lui glissa un mouchoir. Quand la dernière note de l’orgue s’éteignit, il y eut quelques secondes de silence, puis Harald prit la parole. Sa voix, tremblante, se fit plus posée à mesure qu’il parlait.

La vie peut changer en un instant. Mais Dieu est avec nous, même aujourd’hui.


Patrik voyait sa bouche remuer, mais il cessa bientôt d’écouter. Il ne voulait pas entendre. Le peu de foi de son enfance qu’il avait encore conservée venait de disparaître. Ce qui était arrivé n’avait aucun sens. De nouveau, il serra la main d’Erica.



Je suis fier de pouvoir vous annoncer que nous sommes dans les temps. Dans un peu plus de quinze jours, nous allons procéder à l’inauguration officielle de Badis à Fjällbacka.

Erling W. Larson s’étira et balaya du regard les membres du conseil municipal, comme s’il attendait une ovation. Il dut se contenter de quelques hochements de tête approbateurs.

Cette restauration est un triomphe pour la région, précisa-t-il. Une rénovation complète de ce qu’il faut sans doute considérer comme un patrimoine architectural. Et nous sommes désormais en mesure de proposer un centre de remise en forme moderne et concurrentiel. Un spa, comme on dit, ajouta-t-il en esquissant des guillemets dans l’air. Il ne nous reste que de menus détails à fignoler, puis nous ferons venir quelques groupes pour tester l’établissement. Et tout sera bien entendu bouclé avant la grande fête d’ouverture.

C’est formidable. Simplement, j’ai quelques questions.


Mats Sverin, qui occupait le poste de directeur financier de la commune depuis deux mois, agita son stylo pour attirer l’attention d’Erling.

Mais Erling fit la sourde oreille. Il détestait tout ce qui était gestion et compte rendu. En un clin d’oeil, il déclara la réunion close et se retira dans son spacieux bureau.

Après l’échec de l’émission de téléréalité Fucking Tanum, personne n’avait cru qu’il se relèverait, et pourtant il était revenu avec un projet encore plus démesuré. Lui n’avait jamais douté, même quand le vent des critiques soufflait la tempête. Il était né pour gagner.

Bien sûr, cela lui avait coûté, c’est pourquoi il était parti à la campagne se ressourcer dans le complexe de bien-être La Lumière. Et il remerciait sa bonne étoile de l’y avoir mené, car sinon, son chemin n’aurait jamais croisé celui de Vivianne. Leur rencontre avait représenté un moment décisif de sa vie, professionnelle comme privée. Elle l’avait envoûté comme aucune autre femme, et c’était son projet qu’il était en train de réaliser à Fjällbacka.

Il ne put résister à la tentation de soulever le combiné et de l’appeler. C’était la quatrième fois aujourd’hui, mais le son de sa voix lui envoyait des décharges électriques dans tout le corps. Il retint sa respiration en écoutant les sonneries.

Salut mon amour. Je voulais juste savoir comment tu vas…


Erling, dit-elle sur ce ton particulier qui lui donnait l’impression d’être un adolescent en mal d’amour. Je vais exactement aussi bien que quand tu m’as appelée il y a une heure.

Tant mieux, dit-il avec un petit rire benêt. Je voulais seulement m’assurer que tout va bien.


Tu prends soin de moi, et c’est pour ça que je t’aime. Mais nous avons encore beaucoup à faire pour l’inauguration… Tu ne veux quand même pas que je travaille le soir, je suppose ?

Non, certainement pas, ma chérie.

Il décida de ne plus la déranger avec ses appels. Leurs soirées étaient sacrées.

Continue de travailler, je vais en faire autant de mon côté.


Il envoya quelques baisers dans le combiné avant de raccrocher. Puis il se renversa dans son fauteuil de bureau, croisa ses mains derrière la tête et se laissa bercer par les réjouissances qui l’attendaient, le soir même.

La maison sentait le renfermé. Annie ouvrit toutes les portes et fenêtres et laissa le vent frais s’engouffrer dans les pièces. Un vase se renversa dans le courant d’air, mais elle le sauva in extremis.

Elle avait installé Sam dans la petite pièce derrière la cuisine. De tout temps, on l’avait appelée la chambre d’amis, bien que ce fût sa chambre à elle. L’étage était alors réservé à ses parents. Après s’être assurée qu’il dormait, elle mit un châle sur ses épaules, prit la grande clé rouillée qui était toujours accrochée à un clou à côté de la porte d’entrée, puis sortit sur les rochers. Le vent soufflait fort, il traversait les vêtements. Tournant le dos à la maison, elle regarda l’horizon. Le seul autre bâtiment sur l’île était le phare. Le petit hangar à bateaux à côté de l’embarcadère était si petit qu’il ne comptait pas vraiment..."

Camilla Läckberg - Le gardien de phare



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