Le Trochiscanthe nodiflore [TN]

n°921 (2024-21)

mardi 21 mai 2024

"Lettre hebdomadaire" du site "Rencontres Sauvages"
explications sur le nom de cette lettre : [ici] ou [ici]
Si cette page ne s'affiche pas correctement, cliquez [ici]


 
Gustav MAHLER - Symphonie n°4

Pour regarder et écouter,
cliquez sur la flèche au centre de l'image...



ou cliquez [ici]



Essai d'installation du printemps...

Episode II

Chardonneret élégant et Linotte mélodieuse

Courvières (Haut-Doubs),
loge n° 5

mi-avril 2024 - 3 matinées



Au lever du soleil...
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 12 avril 2024




Bergeronnette grise
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 12 avril 2024


Mésange noire
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 12 avril 2024

Chardonneret élégant
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 12 avril 2024

<image recadrée>

Linotte mélodieuse femelle
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 12 avril 2024

Mésange noire
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 12 avril 2024

Accouplement de Linotte mélodieuse
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 12 avril 2024
<image recadrée>




Pigeon ramier
(et Bergeronnette, au fond...)

Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 12 avril 2024

<image recadrée>



Herbe de Sainte-Barbe
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 12 avril 2024



Primevère sp.
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 12 avril 2024



Anémone sylvie (fleur blanche)
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 12 avril 2024



Anémone sylvie (fleur rose)
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 12 avril 2024



La loge
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 12 avril 2024




Au lever du soleil...
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
samedi 13 avril 2024



Bergeronnette grise

Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
samedi 13 avril 2024



Grive draine
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
samedi 13 avril 2024

Chevrette...
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
samedi 13 avril 2024



... suivie d'un jeune Brocard (en velour)
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
samedi 13 avril 2024



Chardonneret élégant (envol) et Linotte mélodieuse (mâle)
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
samedi 13 avril 2024



Linotte mélodieuse (mâle)
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
samedi 13 avril 2024



Pissenlit à fleur multiple (au moins six !!)
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
samedi 13 avril 2024



La Loge
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
samedi 13 avril 2024



Au lever du soleil...
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 14 avril 2024



Lièvre (dans l'ombre)

Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 14 avril 2024



Linotte mélodieuse mâle
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 14 avril 2024



Linotte mélodieuse femelle
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 14 avril 2024



Ouverture des fleurs de Pissenlit
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 14 avril 2024



Linotte mélodieuse mâle
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 14 avril 2024




Bergeronnette grise
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 14 avril 2024




















Pissenlit à fleurs multiples (6)
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 14 avril 2024



Vesce sp.
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 14 avril 2024






Anémone sylvie (fleur blanche)
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 14 avril 2024







Cardamine des prés
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 14 avril 2024






Pâquerette
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 14 avril 2024




Abeille domestique sur un Pissenlit
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 14 avril 2024






Luzerne lupuline
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 14 avril 2024





Anémone sylvie (fleur rose)
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 14 avril 2024









La Loge
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 14 avril 2024


[à suivre...]






Suggestion de lecture :

"J'ouvre les yeux. Je me dis que cette journée est belle puisque nous allons nous voir ce soir. Je souris à l'idée de ce rendez-vous et sens, dès le matin, cette boule dans le ventre qui dit que je t'aime peut-être plus que je ne le pensais. Une longue attente s’étale devant moi jusqu’à te voir. Aurons-nous le temps de nous aimer ? Je me prépare. Je veux que tu tombes à la renverse en me voyant et tu tomberas. Je m’habille. Je ne mets pas de soutien-gorge. Puis je change d’avis. J’en mets un en me promettant de l’enlever, plus tard, dans la journée, lorsqu’il sera temps d’aller te rejoindre. Je prends plaisir à imaginer cette fin de journée. Une partie de moi voudrait y être, une autre, que l’attente dure encore. Ce long retardement, de toi à moi, est un délice. Pouvoir imaginer ces moments, faire tourner dans ma tête tout ce que je te dirai, tout ce que je te ferai. Je mets mon pantalon large, parce que tu m’as dit un jour que tu aimais la dégaine que j’avais avec. Ce sont tes mots. La dégaine. Tu n’as pas dit que j’étais belle et c’était mieux. La dégaine, c’est le charme et c’est de cela que j’ai envie: te charmer. Comme il sera long d’attendre ce soir. Mais j’aime cette journée qui nous sépare. Je ne sais pas si je suis celle qui t’embrassera ou celle qui sera embrassée, celle qui posera la main sur ton bras ou celle qui recevra ta caresse mais il me tarde d’être face à toi, hésitante et enflammée à la fois. Je me lève moi aussi. Une parmi tant d’autres. Peu importe mon nom, Lisa, Prune ou Leïla. Nous sommes tant. Toutes différentes et si proches. Nous nous levons aux quatre coins de la ville. Jour normal que rien ne désigne si ce n’est ce nom, vendredi, qui le rend aimable. Nous sourions. C’est le dernier jour avant le week-end. Nous avons hâte. Nous nous levons, sans imaginer qu’ils se lèvent eux aussi, dans d’autres lieux de la ville, prennent un café eux aussi, en mangeant peut-être, comme nous, des tartines. Nous n’y pensons pas. Comment pourrions-nous imaginer ? Nous ne savons rien d’eux, ni eux de nous. À cette heure, nous sommes inconnus les uns des autres. Personne n’a de nom. Seul le malheur en donnera un à certains d’entre nous, bien plus tard, lorsqu’il faudra établir des listes. Pour l’heure, nous vaquons à notre vie, simple vie. Nous nous préparons, sortons, allons travailler, passons des coups de fil que nous jugeons importants, marchons d’un bon pas car c’est le début de la journée et nous avons mille choses à faire. Le temps est magnifique. C’est étrange en cette période de l’année. C’est pour cela qu’il y aura tant de monde aux terrasses des cafés ce soir, parce que les Parisiens sentent bien que c’est peut-être la dernière soirée douce avant l’hiver et je n’arrive pas à démêler, en mon esprit, si c’est un détail plus cruel encore, comme un piège que le beau temps fait à la jeunesse ou, au contraire, un dernier cadeau de la vie. Nous allons, venons, pris dans la course des jours. Pour l’heure, c’est la vie, juste la vie qui nous entoure. Y a-t-il un bruit que le malheur aurait fait en se levant et que nous aurions dû reconnaître ? Avons-nous raté un signe qui nous aurait alertés et peut-être sauvés ? Bientôt la violence va surgir en sidérant nos prévisions de bonheurs mais, pour l’heure, c’est encore inimaginable. Aucun d’entre nous ne fait rien de bien particulier, ne prend de risque inconsidéré. Nous sommes juste ce que nous sommes.

Vous quittez vos appartements tandis que moi, j’y retourne. Longue nuit de veille. Au chevet de corps qui n’ont plus de force et acceptent nos mains comme seuls témoins de leur faiblesse. Je m’appelle peut-être Gaëlle ou Gloria. Peu importe. Nous sommes si nombreuses. Allons être si nombreuses. Je rentre d’une nuit de garde à l’hôpital Saint-Antoine. J’ai hâte d’être chez moi. Je me ferme aux regards des autres dans le métro. Je suis fatiguée. Je pense simplement aux courses que je dois faire ou à mes filles qui sont à l’école. Si j’ai des filles, oui, il est certain que je pense à elles à cet ins  tant. Je suis Véronique ou Babeth. Je prends peut-être un café avec les collègues. Parce que la nuit a été longue et que c’est la fin de la semaine. Peut-être Virginie a-t-elle dû insister, “Allez, les filles, juste un café…”, et nous avons cédé, moi et d’autres. C’est vrai que ça fait du bien, ce petit repos de l’âme. Parler d’autre chose. Se demander en rigolant ce qu’on pense du jeune et fringant nouveau médecin-chef. Ou peut-être suis-je seule ? À une table. Besoin de silence. À moins que je n’aie pressé le pas dès que j’ai franchi la porte de l’hôpital, justement pour ne pas être hélée par une collègue. Parce que j’ai hâte de rentrer pour retrouver l’autre bout de ma vie. Alors, si c’est cela, je suis déjà en train de descendre les escaliers qui mènent aux rames du métro. J’essaie d’oublier les visages que je viens de quitter, ceux des patients du couloir A, bâti  ment 4, et pourtant le couloir A ne disparaît pas, pas encore. C’est normal. J’ai l’habitude. Cela prend du temps. Il est là, avec ses portes ouvertes, ses charriots de nourriture, les pieds à perfusion et les lits à roulettes. Il faut encore quelques minutes pour qu’il s’estompe… J’essaie de me concentrer sur autre chose, pour que commence le repos. Je vais de mon travail à mon domicile, comme mille fois auparavant, songeant à demain, à ce que j’aimerais faire dimanche. Et puis je finis par fermer les yeux pour que disparaisse le wagon du métro qui est si lent, si laid…


Je suis contente de t’avoir convaincue. Ce sera Paris. C’est toi qui viens cette année. Tu as pris quelques jours, tu as acheté ton billet, laissé tes affaires derrière toi, vérifié que les fenêtres de ton studio n’étaient pas restées ouvertes, puis tu as fermé la porte. Est-ce que tu es heureuse de quitter Barcelone ? Ou est-ce que tu as fait un effort pour me faire plaisir ? Tu as dû sentir que je n’avais pas très envie de bouger. Quelque chose dans ma voix, dans le silence après ta proposition de venir, même lorsque tu as ajouté que ce serait bien, que nous nous baignerions, en plein mois de novembre, après avoir mangé des tapas sur le front de mer. Tu t’y voyais déjà, mais tu as entendu ce léger silence et tu as compris. Alors tu t’es reprise et tu as dit “Paris ou Barcelone, c’est comme tu veux !”. Et comme j’hésitais encore, tu as répondu “Paris”, et moi j’ai souri sans que tu puisses le voir. J’étais contente. Ma sœur. À Paris. Je me suis promis de choisir un restaurant sympa. Ce matin, quand j’ai vu qu’il faisait si beau, je me suis dit qu’on avait bien fait. J’aurais eu honte de fêter notre anniversaire sous la pluie. Mais tout nous sourit, le ciel et les passants. Tu es avec moi. Ma jumelle. De quelques secondes de vie mon aînée. Car nous l’avons décidé. Tu te souviens ? L’écriture de l’obstétricien était illisible sur l’acte de naissance. Impossible de savoir laquelle était née la première. Cela nous a valu des querelles d’enfance interminables. Jusqu’à ce jour, à quinze ans, le soir de notre anniversaire, une fois la fête terminée, lorsque nous étions au lit dans l’obscurité d’une chambre qui retrouvait son calme, tu te souviens ? Là, j’ai dit : ce sera toi, l’aînée. Pour toujours. Et nous avons juré. Alors depuis, c’est toi, ma jumelle, entrée plus tôt dans le monde de quelques minutes. Nous trinquerons ensemble ce soir et c’est toi qui boiras la première. Comme toujours. Car c’est toujours toi qui ouvres le chemin et je te suis, moi, avec délice. Il n’y a que toi qui le saches, parce que nous l’avons décidé il y a bien longtemps : je suis ta petite sœur jumelle et je te suis.

La journée passe. Pour nous tous. Bientôt, il sera difficile d’en dire quoi que ce soit. Nous oublierons les regards que nous avons échangés, les mots que nous avons adressés, les gens que nous avons vus. Nous oublierons si c’était une bonne ou une mauvaise journée. Mais pour l’heure, c’est un jour comme un autre – ce qui veut dire banal pour certains, extraordinaire pour d’autres. D’aucuns sont restés chez eux, d’autres ont raté leur bus, oublié leur rendez-vous. Il en est qui se sont séparés, d’autres qui ont été déçus. Pour la plupart, nous avons travaillé, rêvé, mangé. Nous avons fait des projets. Un jour normal – ce qui veut dire que rien n’empêchait le cours de nos vies. Certains ont été chanceux, d’autres pas, mais ce n’est pas cela qui va marquer cette journée. Bientôt, nous oublierons parce que tout ce qui précède va être avalé par ce qui vient. C’est comme un trou noir en fin de journée qui va dévorer tout ce que nous aurons vécu pour arriver jusqu’à lui. Seul compte l’abîme. Et il est tout près.

“Vas-y, pars !” C’est ce que j’ai dit. Ma voix était dure. Je le sais. Je le voulais ainsi. Tu as hésité un instant, tu étais sur le point de prononcer des phrases plus conciliantes, de revenir sur ta décision, de dire que c’était bon, que j’avais gagné, que ce n’était plus la peine puisque je faisais une tête pareille, mais que c’était ridicule… Tu étais sur le point de dire cela, avec un air renfrogné, prête à une soirée de silence, chacun dans sa tranchée, sans plus un mot prononcé, pour me faire payer, et c’est peut-être l’idée de cette soirée, d’avoir pris le temps de l’envisager, qui t’a fait tenir, mais au fond je ne crois pas… Je crois que c’est mon visage. Une expression que tu as vue et qui t’a exaspérée. La certitude dans mes yeux que tu céderais, que tu ne résisterais pas à cette image de moi devant toi, dans le couloir, tenant notre petite fille dans les bras, que cela te ferait flancher, forcément, et que donc tu resterais. Cela t’a horripilée. Tu as pris ta décision. Tu t’es approchée. Tu étais furieuse mais, le temps d’une seconde, tu as fait disparaître cette colère pour venir embrasser Lila sur le front et puis tu t’es retournée, en me disant “À plus tard”, lèvres pincées, sourcils froncés, avec un air de soldat buté, et tu es partie. J’ai suivi ton pas dans l’escalier et même là, on entendait que tu m’en voulais et que tu aurais pu donner des coups de poing dans les murs. En sortant de l’immeuble, tu as probablement respiré un grand coup et tu t’es félicitée de n’avoir pas cédé. Tu venais de gagner ta soirée. Elle s’ouvrait devant toi et ce goût, là, celui de la liberté, cela faisait longtemps que tu ne l’avais pas éprouvé.

La journée a été lente, si lente… J’ai eu l’impression que les minutes conspiraient à ralentir, que tout s’engluait… Mais enfin l’heure approche. Je n’en peux plus. Si le mot “impatience” a été inventé, c’est pour un jour comme aujourd’hui. Je suis repassée à la maison. J’ai enlevé mon soutien-gorge. J’ai senti la douceur du pull en cachemire sur mes seins. Cela m’a fait du bien. J’ai souri. J’ai hâte. Je ne sais pas encore qui verra l’autre en premier, qui trouvera l’autre belle à couper le souffle, qui, de toi ou de moi, rougira ou se mordra la lèvre doucement pour contenir son désir, mais j’ai hâte.

Il faut s’asseoir. Trouver une table. Choisir une place. Décider de qui prend quelle chaise. Dos au bar ou à la rue ? Personne ne se doute que ce sera si important, que c’est une question de vie ou de mort. Certains d’entre nous renoncent, jugent la terrasse déjà trop bondée, n’aiment pas cela : être si proche de gens qu’on ne connaît pas, dont on entend toute la conversation, qui vous rejettent la fumée de leur cigarette dans les cheveux et font trembler votre chaise à chaque fois qu’ils bougent. Certains vont plus loin, disparaissent à la recherche d’un peu de calme. Ils vivront. N’en reviendront pas d’avoir échappé à cette histoire. À peu de chose près. Si peu de chose près. Pour ceux qui restent, il faut choisir. Premier rang de terrasse ou deuxième ? Côte à côte ou face à face ? Nous choisissons. Sans nous douter que nous nous asseyons sur la trajectoire de balles qui vont bientôt être tirées
..."

Laurent GAUDE - Terrasses ou Notre long baiser si longtemps retardé


Voir la liste des anciens numéros du"Trochiscanthe nodiflore" (les archives) : cliquez [ici]

Site internet : Rencontres sauvages

Me contacter : pascal@pascal-marguet.com

Calendrier 2024 : Pour le télécharger directement au format pdf (1300 ko), cliquez [ici]

 

Pour vous désinscrire, vous pouvez m'envoyer un e-mail (en répondant à ce message) avec pour objet "désinscription",

ou en cliquant

[ici]

Rejoignez-moi sur "FaceBook" en cliquant sur le lien suivant :

[http://www.facebook.com/marguet.pascal.1654]

Rejoignez-moi sur "Instagram" en cliquant sur le lien suivant :

[https://www.instagram.com/marguet_pascal/]