Le Trochiscanthe nodiflore [TN]

n°846 (2022-46)

mardi 22 novembre 2022

"Lettre hebdomadaire" du site "Rencontres Sauvages"
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CW GLUCK - La clémence de Tito
Se mai senti spirarti sul volto

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  Nouveau poster pour la "Margotte" !



 
Printemps et Eté 2022 - Rougequeue et Bergeronnette



 
Mésanges, Moineaux, Pies...

Courvières (Haut-Doubs),
derrière la Margotte
octobre 2022



Mésange charbonnière
Courvières (Haut-Doubs), derrière la Margotte
samedi 22 octobre 2022




Pie
Courvières (Haut-Doubs), derrière la Margotte
samedi 22 octobre 2022



Moineau domestique femelle
Courvières (Haut-Doubs), derrière la Margotte
samedi 22 octobre 2022




Jeux d'eau !
Courvières (Haut-Doubs), derrière la Margotte
samedi 22 octobre 2022

Courvières (Haut-Doubs), derrière la Margotte
samedi 22 octobre 2022

Portrait
Courvières (Haut-Doubs), derrière la Margotte
samedi 22 octobre 2022

Courvières (Haut-Doubs), derrière la Margotte
samedi 22 octobre 2022



Mésange charbonnière
Courvières (Haut-Doubs), derrière la Margotte
samedi 22 octobre 2022



Moineau domestique mâle
Courvières (Haut-Doubs), derrière la Margotte
samedi 22 octobre 2022





Mésange bleue
Courvières (Haut-Doubs), derrière la Margotte
samedi 22 octobre 2022



Moineau domestique mâle
Courvières (Haut-Doubs), derrière la Margotte
mercredi 26 octobre 2022

<image recadrée>

Moineau domestique femelle
Courvières (Haut-Doubs), derrière la Margotte
mercredi 26 octobre 2022



<image recadrée>



Etourneau sansonnet
Courvières (Haut-Doubs), derrière la Margotte
mercredi 26 octobre 2022



<image recadrée>



Pie

Courvières (Haut-Doubs), derrière la Margotte
mercredi 26 octobre 2022



Mésange bleue
Courvières (Haut-Doubs), derrière la Margotte
dimanche 30 octobre 2022



Corneille noire
Courvières (Haut-Doubs), derrière la Margotte
dimanche 30 octobre 2022

Courvières (Haut-Doubs), derrière la Margotte
dimanche 30 octobre 2022



<image recadrée>



<image recadrée>

Pie
Courvières (Haut-Doubs), derrière la Margotte
dimanche 30 octobre 2022



Suggestion de lecture :

" La Havane, 1939

Daniel Kaminsky mettrait plusieurs années à s'accoutumer aux bruits jubilatoires d'une ville ancrée dans le vacarme le plus insolent. Il avait très vite découvert que tout y était traité et réglé à grands cris, tout grinçait sous l'effet de l'oxydation et de l'humidité, les voitures avançaient au milieu des explosions, du ronflement des moteurs ou des longs beuglements des klaxons, les chiens aboyaient avec ou sans raison, et les coqs chantaient, même à minuit, tandis que chaque vendeur de rue utilisait pour s’annoncer un sifflet, une clochette, une trompette, un sifflement, une crécelle, un pipeau, un couplet bien timbré ou un simple hurlement. Il avait échoué dans une ville où, pire encore, chaque soir, à neuf heures précises, un coup de canon résonnait sans qu’il y ait de guerre déclarée ou de forteresse à fermer et où toujours, invariablement, dans les époques prospères comme dans les moments critiques, quelqu’un écoutait de la musique et, en plus, la chantait. Dans les premiers temps de son séjour havanais et pour autant que le lui permettait son esprit à peine peuplé de souvenirs, l’enfant tenterait souvent d’évoquer les silences pâteux du quartier des bourgeois juifs de Cracovie où il était né et avait passé ses premières années. Par pure intuition de déraciné, il s’accrochait à ce territoire magenta et froid de son passé comme à une planche de salut capable de le sauver du naufrage qu’était devenue sa vie, mais quand ses souvenirs, vécus ou imaginés, abordaient la terre ferme de la réalité, il réagissait immédiatement et tentait de s’en échapper, car dans la silencieuse et sombre Cracovie de son enfance, une clameur excessive ne pouvait signifier que deux choses : ou c’était jour de marché ou un danger allait fondre sur eux. Au cours des dernières années de son existence polonaise, le danger était devenu plus fréquent que les cris des marchands. Et la peur, une compagne assidue.

Comme il fallait s’y attendre, après avoir atterri dans la ville assourdissante, Daniel Kaminsky subirait pendant longtemps les assauts de ce niveau sonore explosif comme une rafale de signaux d’alarmes qui le faisaient sursauter, jusqu’au jour où il comprit, les années passant, que dans ce nouveau monde le silence précédait généralement le plus grand danger. Une fois cette étape surmontée, quand enfin il arriva à vivre dans le bruit sans écouter les bruits, comme on respire l’air sans avoir conscience de chaque inspiration, le jeune Daniel découvrit qu’il avait perdu sa capacité d’apprécier les qualités bénéfiques du silence. Mais il serait surtout fier d’avoir su se réconcilier avec le vacarme de La Havane, car en même temps il atteindrait le but qu’il s’était obstinément fixé, sentir qu’il appartenait à cette ville turbulente où l’avait précipité, par chance pour lui, la force d’une malédiction historique ou divine – jusqu’à la fin de ses jours, il hésiterait quant à la plus juste de ces deux attributions. Le jour où Daniel Kaminsky commença à endurer le pire cauchemar de sa vie et, en même temps, à identifier les premiers signes de son destin privilégié, l’odeur pénétrante de la mer et un silence intempestif, presque solide, s’abattaient sur l’aube havanaise. Son oncle Joseph l’avait réveillé beaucoup plus tôt que d’habitude, quand il l’envoyait au collège hébreu du Centre israélite où, en plus d’une éducation académique et religieuse, l’enfant recevait les indispensables cours de langue espagnole dont dépendait son insertion dans le monde bigarré et multiracial où il allait vivre, Dieu seul savait pour combien de temps. Mais le jour s’avéra bien différent quand, après lui avoir donné la bénédiction du shabbat et souhaité une bonne fête de Chavouot, l’oncle sortit de sa réserve habituelle et déposa un baiser sur le front du garçon. L’oncle Joseph, également Kaminsky et bien entendu polonais, que ses connaissances appelaient déjà Pepe Cartera – Jo Portefeuille – à cause de la maestria avec laquelle il exerçait son métier de fabricant de sacs, de portefeuilles et de cartables, entre autres articles de cuir, avait toujours respecté et respecterait avec ferveur jusqu’à sa mort les préceptes de la foi judaïque. Aussi, avant de l’autoriser à goûter à son petitdéjeuner anticipé, déjà disposé sur la table, rappela-t-il à l’enfant qu’ils ne devaient pas se limiter aux ablutions et aux prières habituelles de ce matin très spécial, car par la grâce du Seigneur, bénit soit-Il, la grande fête millénaire de Chavouot, célébrée en souvenir de la remise des Dix Commandements au patriarche Moïse et de l’enthousiaste acceptation de la Torah par les fondateurs de la nation, tombait le jour du shabbat. Ce matin-là, comme le lui rappela son oncle dans son discours, ils devaient aussi adresser bien d’autres prières à leur Seigneur pour que sa divine intercession les aide à résoudre au mieux ce qui, pour l’instant, semblait s’être compliqué de la pire des façons. Toutefois, les complications ne les concerneraient peut-être pas, ajouta-t-il en souriant avec malice. Au bout de presque une heure de prières durant laquelle Daniel crut défaillir de faim et de sommeil, Joseph Kaminsky lui indiqua enfin qu’il pouvait attaquer l’abondant petitdéjeuner où le lait de chèvre tiède (comme c’était samedi, l’Italienne María Perupatto, apostolique et romaine, choisie de ce fait par l’oncle comme “goy du shabbat”, l’avait chauffé sur les charbons ardents de leur réchaud) fut suivi de galettes carrées de pain azyme, de confitures de fruits et même d’une bonne part de baklava débordant de miel, un banquet qui amena l’enfant à se demander d’où son oncle avait sorti l’argent pour de tels luxes : car de ces années Daniel Kaminsky se rappellerait, pour le restant de sa longue présence sur terre, non seulement les tortures que lui infligeaient les bruits ambiants et l’horrible semaine qu’il vivrait à partir de cet instant-là, mais aussi la faim insatiable, d’ailleurs jamais rassasiée, qui le poursuivait inlassablement comme le chien le plus fidèle. Après ce petit-déjeuner aussi inhabituel que somptueux, le garçon profita du long séjour de son oncle, toujours constipé, dans les toilettes collectives du phalanstère* où ils habitaient, pour grimper sur le toit en terrasse de l’immeuble. Les dalles y étaient encore fraîches à cette heure, juste avant le lever du soleil. Bravant les interdictions, il osa se pencher sur l’auvent pour contempler le panorama des rues Compostela et Acosta, où s’était installé le cœur de la juiverie havanaise qui ne cessait de s’accroître. L’immeuble du ministère de l’Intérieur, un ancien couvent catholique de l’époque coloniale, toujours bondé, demeurait hermétiquement fermé comme s’il était mort. Sous l’arche contiguë, appelée l’Arche de Bethléem, passait la rue Acosta où rien ni personne ne circulait. Le cinéma Ideal, la boulangerie des Allemands, la quincaillerie des Polonais, le restaurant Moshé Pipik que l’appétit de l’enfant voyait toujours comme la plus grande tentation possible en ce bas monde maintenaient les rideaux baissés et les vitrines éteintes. Même si de nombreux juifs habitaient dans les environs et si la majorité des commerces leur appartenaient et fermaient le samedi dans certains cas, le calme ambiant n’était pas seulement dû à l’heure matinale ou à la fête de Chavouot, jour de shabbat et de la synagogue, car à cet instant, tandis que les Cubains dormaient sur leurs deux oreilles en ce jour férié de Pâques, la plupart des ashkénazes et des séfarades du quartier choisissaient leurs plus beaux vêtements et s’apprêtaient à sortir, animés de la même intention que les Kaminsky. En réalité, le silence de l’aube, le baiser de l’oncle, le petitdéjeuner inespéré et même l’heureuse coïncidence de la fête de Chavouot tombée un samedi, étaient seulement venus confirmer l’attente de l’enfant quant au prévisible caractère exceptionnel de cette journée. Car la cause de son réveil anticipé était l’arrivée prévue à l’aube, dans le port de La Havane, du paquebot S.S. Saint Louis, parti de Hambourg quinze jours auparavant, avec neuf cent trente-sept juifs à son bord, autorisés à émigrer par le gouvernement national-socialiste allemand. Parmi les passagers du Saint Louis se trouvaient le médecin Isaías Kaminsky, son épouse Esther Kellerstein et leur fille, Judith, soit le père, la mère et la sœur du petit Daniel Kaminsky..."

* Employé ici pour évoquer le solar, une construction ancienne et délabrée où logent plusieurs familles disposant généralement d’une seule pièce et devant partager l’usage des sanitaires. (Toutes les notes sont de la traductrice.)

Leonardo PADURA - Hérétiques





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