Le Trochiscanthe nodiflore [TN]

n°841 (2022-41)

mardi 18 octobre 2022

"Lettre hebdomadaire" du site "Rencontres Sauvages"
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JS BACH - Cantate BWV 14

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Chardonneret, Rougequeue,

Cloporte et Pholcus

Courvières (Haut-Doubs),
La Margotte
septembre 2022



Chardonneret élégant dans les Cardères
La Margotte, Courvières (Haut-Doubs)
dimanche 4 septembre 2022


Chardonneret élégant
La Margotte, Courvières (Haut-Doubs)
dimanche 4 septembre 2022




Chardonneret élégant
La Margotte, Courvières (Haut-Doubs)
dimanche 4 septembre 2022

<image recadrée>

Chardonneret élégant
La Margotte, Courvières (Haut-Doubs)
dimanche 4 septembre 2022



Chardonneret élégant dans les Cardères
La Margotte, Courvières (Haut-Doubs)
dimanche 4 septembre 2022

<image recadrée>



<image recadrée>



Rougequeue noir mâle
La Margotte, Courvières (Haut-Doubs)
dimanche 4 septembre 2022

<image recadrée>



Chardonneret élégant
La Margotte, Courvières (Haut-Doubs)
dimanche 18 septembre 2022

<image recadrée>

<image recadrée>



<image recadrée>

Chardonneret élégant
La Margotte, Courvières (Haut-Doubs)
dimanche 18 septembre 2022




Chardonneret élégant
La Margotte, Courvières (Haut-Doubs)
dimanche 18 septembre 2022




Chardonneret élégant
La Margotte, Courvières (Haut-Doubs)
dimanche 18 septembre 2022

Cloporte
La Margotte, Courvières (Haut-Doubs)
jeudi 22 septembre 2022



Cloporte
La Margotte, Courvières (Haut-Doubs)
jeudi 22 septembre 2022



Toile de Pholcus... au soleil
La Margotte, Courvières (Haut-Doubs)
jeudi 22 septembre 2022



Pholcus et sa toile

La Margotte, Courvières (Haut-Doubs)
jeudi 22 septembre 2022



Pholcus mâle
La Margotte, Courvières (Haut-Doubs)
mercredi 28 septembre 2022



Pholcus femelle
La Margotte, Courvières (Haut-Doubs)
mercredi 28 septembre 2022

Pholcus mâle
La Margotte, Courvières (Haut-Doubs)
mercredi 28 septembre 2022





Suggestion de lecture :

"Je traînais derrière ma mère en ne faisant qu'à moitié attention à ce qu'elle me racontait, lorsqu'elle s'est arrêtée si brusquement devant un tableau que j'ai failli lui rentrer dedans.

« Oh, désolée ! » m'a-t-elle lancé sans me regarder, se reculant pour faire de la place. A voir son visage, l'on aurait dit que quelqu'un avait braqué une lumière dessus.

« Le voici, celui dont je te parlais. Est-ce qu'il n'est pas incroyable ? »

J'ai incliné la tête vers ma mère, dans une attitude d'écoute attentive, tandis que mes yeux vagabondaient de nouveau vers la fille. Elle était accompagnée d'un curieux bonhomme âgé aux cheveux blancs que j'imaginais être de sa famille vu ses traits aigus, son grand-père peut-être : il portait un manteau pied-de-poule et des chaussures à lacets longues et étroites, lustrées comme un miroir. Ses yeux étaient rapprochés et son nez crochu et aquilin ; il marchait en boitant – en fait son corps entier était incliné sur un côté, avec une épaule plus haute que l'autre ; si ce dos voûté avait été plus prononcé, on aurait presque pu le croire bossu. En même temps, il émanait de lui quelque chose d'élégant. Et de toute évidence, à voir la façon amusée et sympathique avec laquelle il clopinait à ses côtés, on sentait qu'il adorait la fille, faisant très attention à l'endroit où il posait ses pieds, la tête penchée dans sa direction.

« Et voici le premier tableau que j'ai vraiment aimé, expliquait ma mère. Tu ne le croiras jamais, mais je l'ai découvert dans un livre que j'avais l'habitude d'emprunter à la bibliothèque quand j'étais petite. Je m'asseyais par terre à côté de mon lit et je scrutais la page pendant des heures, totalement fascinée par ce petit bonhomme ! Et tu vois, en fait c'est incroyable tout ce que l'on peut apprendre d'un tableau en passant beaucoup de temps sur une reproduction, même de qualité moyenne. J'ai commencé par aimer l'oiseau comme on aimerait un animal domestique, et pour finir j'ai aimé la façon dont il était peint. (Elle rit.) La Leçon d'anatomie était dans le même livre, d'ailleurs, mais elle me flanquait la trouille. Quand je l'ouvrais à cette page-là par erreur, je refermais toujours le livre d'un coup sec. »

La fille et le vieil homme étaient à présent sur nos talons. Je me penchai timidement vers l'avant pour regarder le tableau. Il était petit, c'était le plus petit de l'exposition, et le plus simple : un oiseau jaune sur un fond simple et pâle, enchaîné à un perchoir par sa cheville fine comme une brindille.

« C'était l'élève de Rembrandt, le maître de Vermeer, continuait ma mère. Et ce petit tableau est bel et bien le chaînon manquant entre les deux – cette lumière du jour claire et pure, on comprend ici d'où Vermeer tient la qualité de la sienne. Bien sûr, j'ignorais tout de cela quand j'étais enfant, et je me fichais bien de la signification historique. Mais elle est là. »

Je reculai pour mieux voir. C'était une petite créature simple et prosaïque, sans rien de sentimental ; quelque chose dans la façon soignée et compacte dont elle était repliée sur elle-même – sa vivacité, son expression éveillée et vigilante – m'évoqua des photos que j'avais vues de ma mère petite : un oiseau aux yeux calmes.

« Il s'agit d'une tragédie célèbre dans l'histoire de la Hollande. Une énorme partie de la ville a été détruite.

  • Quoi ?

  • Le désastre de Delft. Qui a tué Fabritius. Tu n'as pas entendu l'instit là-bas qui en parlait aux enfants ? »

Si, si. Il y avait un trio d'horribles paysages d'un peintre du nom d'Egbert van der Poel représentant des vues différentes de la même terre désertique et fumante : des maisons brûlées et en ruine, un moulin à vent aux ailes déchirées, des corbeaux tournoyant dans des cieux enfumés. Une femme à l'air officiel expliquait d'une voix forte à un groupe de collégiens qu'une poudrerie avait explosé à Delft dans les années 1600, et que le peintre avait été tellement hanté et obsédé par la destruction de sa ville qu'il n'avait cessé de la peindre.

« Eh bien, Egbert avait le voisin de Fabritius, il a plus ou moins perdu la tête après ce drame, en tout cas c'est mon avis, mais Fabritius a été tué et son atelier détruit. Ainsi que presque tous ses tableaux, sauf celui-ci. » Elle semblait attendre une réaction de ma part, mais comme elle ne venait pas, elle poursuivit : « C'était l'un des plus grands peintres de son époque, à l'une des plus grandes époques de la peinture. Fort fort célèbre en son temps. Mais c'est triste parce que, de tout son travail, seuls cinq ou six de ses tableaux peut-être ont survécu. Tout le reste est perdu, tout ce qu'il a peint. »

La fille et son grand-père flânaient en silence à nos côtés, écoutant ma mère parler, ce qui était un peu gênant. Je détournai le regard, puis, incapable de résister, je jetai de nouveau un œil vers eux. Ils étaient très près, à tel point que j'aurais pu tendre le bras et les toucher. La fille tapait et pinçait la manche du vieil homme, tirant son bras pour lui chuchoter quelque chose à l'oreille.

« Quoi qu'il en soit, à mon avis, ceci est le tableau le plus extraordinaire de toute l'exposition, disait ma mère. Fabritius y dévoile quelque chose qu'il a découvert seul et qu'aucun peintre au monde ne savait avant lui – pas même Rembrandt. »

Très doucement – si doucement que c'était à peine audible – j'entendis la fille chuchoter : « Et il a passé toute sa vie comme ça ? »

Je m'étais posé la même question ; entravant la patte, la chaîne était terrible. Le grand-père murmura une réponse mais ma mère (qui ne semblait pas les avoir remarqués alors qu'ils étaient juste à côté de nous) se recula et dit : « C'est un tableau si mystérieux, si simple. Vraiment tendre – il invite à s'approcher, tu vois ? Tous ces faisans morts là-bas, et ici cette petite créature vivante. »

Je me permis un autre coup d'oeil furtif en direction de la fille. Déhanchée, elle s'était plantée sur une jambe. Puis, tout à coup, elle se retourna et me regarda au fond des yeux ; je détournai le regard, le cœur sursautant à cause du trouble éprouvé.

Comment s'appelait-elle ? Pourquoi n'était-elle pas en cours ? J'avais tenté de déchiffrer le nom griffonné sur l'étui de sa flûte traversière, mais même en me penchant aussi loin que je l'osais sans me faire remarquer, je ne parvenais toujours pas à lire les traits assurés et pointus du feutre, davantage dessinés qu'écrits, l'on aurait dit un tag peint à l'aérosol sur une rame de métro. Le nom de famille était court, juste quatre ou cinq lettre ; la première semblait être un R, ou était-ce un P ?

« Les gens meurent, bien-sûr, disait ma mère. Mais la façon dont nous perdons les choses alors qu'il est possible de l'éviter, c'est un vrai crève-coeur. Il faudrait que la négligence pure et simple n'existe plus ; ni les incendies et les guerres. Dire que le Parthénon a été utilisé comme entrepôt de munitions. Je suppose que ce que nous réussissons à préserver de l'Histoire est un miracle. »

Le grand-père s'était éloigné à quelques tableaux de là ; mais la fille traînait plusieurs pas en arrière et n'arrêtait pas de jeter des coups d'oeil à ma mère et moi. Sa peau était superbe, d'un blanc laiteux, ses bras faisaient penser à du marbre sculpté. Elle avait l'air sportif, pas de doute, mais trop pâle pour être une joueuse de tennis ; peut-être une ballerine ou une gymnaste, ou encore une plongeuse de haut vol qui s'entraînait tard le soir dans des piscines couvertes et mystérieuses emplies d'écho et de réfraction et dallées de carrelages sombres. Reins cambrés et orteils pointés, dans un maillot noir brillant, elle plongeait jusqu'au fond de la piscine avec un bang silencieux, et des bulles s'amassaient puis ruisselaient sur son petit corps tendu..."

Donna TARTT - Le Chardonneret

  A Vivaldi - Concerto pour flute n°3 Op 10 en Ré majeur
"Il Cardellino"
(= le Chardonneret)

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Le Chardonneret
Toile de Carrel Fabritius - 1654
La Haye (Pays-Bas)



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