Le Trochiscanthe nodiflore [TN]

n°754 (2021-05)

mardi 9 février 2021

"Lettre hebdomadaire" du site "Rencontres Sauvages"
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Jean-Joseph de Mondonville - Magnus dominus

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  L'
Automne 2020 - octobre




Mésanges bleues et charbonnières

Courvières (Haut-Doubs)
novembre, décembre 2020, janvier 2021



Mésange charbonnière
Courvières (Haut-Doubs)
dimanche 29 novembre 2020


Courvières (Haut-Doubs)
dimanche 29 novembre 2020


Courvières (Haut-Doubs)
dimanche 29  novembre 2020

Courvières (Haut-Doubs)
dimanche 6 décembre 2020

Courvières (Haut-Doubs)
dimanche 6 décembre 2020

Courvières (Haut-Doubs)
dimanche 6 décembre 2020
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Courvières (Haut-Doubs)
samedi 12 décembre 2020

Courvières (Haut-Doubs)
samedi 12 décembre 2020

Mésange bleue
Courvières (Haut-Doubs)

dimanche 13 décembre 2020

Courvières (Haut-Doubs)
dimanche 13 décembre 2020
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Courvières (Haut-Doubs)
mardi 12 janvier 2021

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Courvières (Haut-Doubs)
mardi 12 janvier 2021


Courvières (Haut-Doubs)
mardi 12 janvier 2021
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Courvières (Haut-Doubs)
mardi 12 janvier 2021

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Courvières (Haut-Doubs)
mardi 12 janvier 2021
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Avec un Moineau mâle
Courvières (Haut-Doubs)

mardi 12 janvier 2021

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Courvières (Haut-Doubs)
samedi 23 janvier 2021

Courvières (Haut-Doubs)
mardi 26 janvier 2021

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Courvières (Haut-Doubs)
mardi 26 janvier 2021

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Courvières (Haut-Doubs)
mercredi 27 janvier 2021




Suggestion de lecture :

" V

J'entends un corbillard rouler sur les pavés de Paris mais ce n'est pas celui de Villon. Tout s'entremêle et se bouscule. Les époques et les scènes se chevauchent. Je sens que ce qui poussait depuis le début de cette nuit est sur le point d'apparaître. Tout craque et va bientôt se répandre. Je crains de n'être pas de taille. A chaque coin de rue, des visions surgissent. Poussez ! Poussez ! Le tumulte monte. Paris est prise par la fièvre. Poussez ! Il est trop tard pour s'enfuir. Mon esprit est assailli et je suis incapable de tout reconnaître. Dans le brouhaha qui monte, j'entends le pas lent de deux chevaux mais aussi l'agitation entière d'une ville qui veut se soulever. Où est-on ? Paris ouvre les écluses de sa mémoire et me remplit d'un bourdonnement de voix. Tout est là ! Je craque comme un navire trop chargé. Poussez ! Poussez ! Ça respire fort et parle haut. Les rues grondent et protestent. Je vois l'insurrection venir. Les silhouettes se précisent. Dans la rue le peuple de Paris court. Il faut agir : Thiers a fait déménager le gouvernement à Versailles et c'est une intolérable provocation. Poussez !... Paris n'en peut plus... Mais dans cette agitation du peuple, il y a aussi le pas lent de deux chevaux. Est-ce que vous l'entendez ? A la gare d'Orléans, au moment même où des groupes se forment pour ériger les premières barricades, un train freine puis s'immobilise dans un dernier crissement de roue. Victor Hugo en sort, la tête basse, les joues creusées par la fatigue, l'oeil triste. Poussez ! Paris ne le voit pas encore et continue de s'agiter. Je le contemple, moi, celui qui vient de perdre son fils. Il descend sur le quai et rajuste sa redingote. Il regarde autour de lui, cherche des yeux un appui. Ceux qui l'entourent lui offrent un bras. De la voiture de tête, déjà, on descend le cercueil de Charles, avec précaution. La longue marche vers le cimetière va pouvoir commencer mais partout autour de la gare les rues s'échauffent ! Hugo époussette son habit, met son chapeau, accepte le bras d'un ami et prend la direction du Père-Lachaise. Longue marche dans les rues de Paris au pas lent du corbillard. Longue marche du sud au nord à travers une ville en fièvre. D'un côté la fureur, de l'autre le silence. D'un côté, l'envie de se battre, de l'autre le corps sans force de celui qui pleure. Et les deux se croisent. Le peuple de Paris voit passer le cortège funéraire. Dans la foule, on demande qui est mort. Le nom de Victor Hugo est prononcé, puis repris de bouche en bouche. La nouvelle se répand - « C'est son fils... » Elle ne cesse de grossir et devance le cortège. Elle file le long du trottoir. La foule est toujours plus nombreuse. Tout le monde se presse pour apercevoir le grand homme. Les chapeaux s'abaissent, les discussions s'arrêtent. Ce même jour où naît l'insurrection, le temps se suspend pour laisser passer la tristesse. L'Est de Paris sent le soufre et la révolte mais Hugo traverse le faubourg Saint-Antoine au pas lent du deuil et monte vers Ménilmontant. Les ouvriers le saluent. Et lui, dans sa douleur, doit bien sentir ce respect de la rue, cet hommage du silence partout où il passe. Du fond de son deuil, il reçoit ce geste. Elle existe, la consolation. Au coeur du tourment, tandis que la fatigue lui fait traîner le pas et que le désespoir lui voûte le dos, il la reçoit, de tous ces visages qui se sont figés avec respect et lui offrent leur immobilité. Mais, ça y est, les premiers coups de fusil claquent à Montmartre et sur les Grands Boulevards. Victor Hugo les entend-il, depuis le Père-Lachaise ? Encore ! Poussez ! Tressage d'époques et fouillis de souvenirs. Encore ! Je ne sais plus où je suis. Je vois des temps différents, j'enjambe des décennies. Sous l'Arc de Triomphe, tout est immobile. Paris s'est figée. Un corbillard s'ébranle, tiré par deux chevaux. C'est lui que j'entendais depuis le début. Est-ce que je mélange tout ? Les chevaux avancent, mais c'est quatorze ans plus tard. Les insurgés de la Commune sont morts ou en exil. La société de l'Ordre a fait construire le Sacré-Coeur pour expier la faute du peuple qui voulait être libre. Honte aux pauvres, qui ont eu l'audace de croire en leur émancipation. Encore ! Encore ! Il y a tant à montrer. A l'Etoile, c'est au tour de Victor Hugo lui-même de reposer en son catafalque. Une grande toile de tulle noir a été suspendue et elle oscille avec majesté dans l'air du soir. Il est veillé toute la nuit par des cuirassiers à cheval. Au matin, le convoi s'ébranle. « Je vais fermer l'oeil terrestre, mais l'oeil spirituel restera ouvert, plus grand que jamais. », écrit-il dans son testament. Et comme il dit vrai, il voit les milliers de Parisiens venus se presser le long des avenues pour le saluer. Il voit le corbillard qui le porte. « Je désire être porté au cimetière dans le corbillard des pauvres », et c'est bien ainsi qu'il ira : deux chevaux et une calèche toute simple. Le peuple de Paris est là. L'oeil de Hugo reste ouvert et il voit deux millions de Parisiens l'accompagner jusqu'au Panthéon. Il voit la descente des Champs-Elysées, la traversée de la Seine. Le cortège passe devant l'Assemblée nationale, remonte le boulevard Saint-Germain, puis celui de Saint-Michel jusqu'à la rue Souflot et, tout du long, des milliers d'hommes et de femmes le pleurent parce qu'ils savent que cet homme leur appartenait. Malgré sa vie d'ogre et sa notoriété, il était des leurs parce qu'il a toujours voulu parler par leurs bouches. « Je repousse l'oraison de toutes les églises, je demande une prière à toutes les âmes. » - et il l'obtient. Paris l'aime et Paris pleure. La foule a décidé qu'il était le nom de la nation. Les chevaux font sur le pavé un bruit glaçant de sabots. Je suis au pied du Panthéon et je les vois arriver. La foule est si dense qu'on ne peut quasiment pas bouger. Une fraction de seconde, je me souviens de cet instant où, âgé de neuf ans, je suis hissé sur les épaules de mon père. La foule était nombreuse aussi dans cette même rue, mais c'était pour célébrer la victoire. C'était la joie, alors, qui s'avançait vers le Panthéon. Tandis que là, les têtes se baissent au passage des chevaux et les gens pleurent. Je regarde autour de moi. La rue est vide. Est-ce que j'ajoute ma prière à la leur ? Est-ce cela que je fais ? Une prière de mots à chaque vision qui m'assaille ? Ici ont vécu tant de vies englouties... Villon vient de tuer. Il court dans la rue Saint-Jacques. Hugo monte lentement et sur le boulevard Saint-Michel, un peu plus bas, éclatent les tirs des combats de la Libération. Paris n'arrive plus à compter tout ce qui a vécu, crié et saigné en elle. Elle est trop pleine et cherche des bouches pour la dire. Il faut retourner les morts, mais il y en a trop..."


Laurent GAUDE - Paris, mille vies



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