Le Trochiscanthe nodiflore [TN]

n°700 (2020-01)

mardi 7 janvier 2020

"Lettre hebdomadaire" du site "Rencontres Sauvages"
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Praetorius - Allein Gott in der Höh sei Ehr

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Chamois

La Cluse et Mijoux (Haut-Doubs)
lundi 30 décembre 2019



Chamois (harde)
La Cluse et Mijoux (Haut-Doubs)
lundi 30 décembre 2019

Chamois mâle
c'est la fin du rut...

Dans l'ombre



Au soleil

Chamois mâle : le balafré !


Cabris

La Cluse et Mijoux (Haut-Doubs)
lundi 30 décembre 2019

Deux cabris

La Cluse et Mijoux (Haut-Doubs)
lundi 30 décembre 2019

Portrait du "balafré"
<image recadrée>

Il marque son territoire à l'aide de glandes odorantes,
situées à la base des cornes...


Ombres des chamois

Chamois femelle
(à travers les branches)


La Cluse et Mijoux (Haut-Doubs)
lundi 30 décembre 2019

<image recadrée>

Chamois mâle

La Cluse et Mijoux (Haut-Doubs)
lundi 30 décembre 2019

Cabri

<image recadrée>

Jeune femelle

Mâle

La Cluse et Mijoux (Haut-Doubs)
lundi 30 décembre 2019




Suggestion de lecture :

"Blanc dehors, c'est la tempête. D'épais flocons de neige s'accouplent avec la bise mordante. Les paillettes s'amenuisent et révèlent sept faux soleils sur l'horizon.

La lumière est si vive. C'est le soleil nouveau. Les flocons enflent encore une fois, emportant les visions. La neige se met à osciller entre fines paillettes et épais flocons, et ce rythme quasi respiratoire sème le chaos. Je suis témoin. Je suis nue, mais je n'ai pas froid. Nous avons pris forme de chair d'âme. En marche vers le soleil, nous errons sur la terre et, pour me nourrir, je découpe un bout de chair après mes os. C'est la seule viande que je trouve et mon âme crie famine. Ça ne fait pas mal. J'ai faim, faim de justice, faim de vérité. Ma chair repousse toujours, mais je n'aime pas les cicatrices. Elles sont trop dures à mâcher, alors j'entame constamment de nouvelles zones de chair fraîche. On atteint l'os sur mes deux mollets. J'ai une colonne vertébrale élastique. Je suis grise, engourdie, affamée. Il fait de plus en plus froid. Je ne sens rien.

La bise m'emporte, je ne touche plus à terre, elle me repose au ras du rivage. Elle veut m'aider à remplir mon ventre. Quelle chance énorme que Bise soit de bonne humeur, elle qui peut tuer par caprice. Inexplicablement, la mer est libre. On ne voit jamais d'eau libre à ce temps-ci de l'année. Je dois me nourrir. On trouve sur la rive des oeufs de sterne arctique qu'on suce goulûment ; au fond de moi germe un nouvel espoir. Un or liquide, tellement chaud, circule dans ma gorge et resplendit comme un soleil.

Le soleil parle à mon gosier en signe de reconnaissance. Je prends des forces. Je pousse, ma colonne se redresse, l'or se répand. Mes bras se changent en tentacules, je fouette l'eau et j'extrais les oeufs du ventre des ombles arctiques avec une précision alarmante. L'or m'inonde jusqu'aux yeux, jusqu'au bout des doigts. Mes vertèbres s'encliquettent comme des pièces de Lego et on s'allonge de dix pieds. Je suis meurtrière. J'ai une faim de louve. Les oeufs de poisson me chatouillent le gorgoton, ils font plisser mes yeux et sautiller mes oreilles. De l'or, encore de l'or. L'horizon présente un orage. Gris noir bleu se précipitent vers nous. Le soleil prend peur, il lance des étoiles dans le ciel pour distraire l'orage. L'électricité absorbe les étoiles, ses forces se décuplent. Le soleil s'avoue vaincu et replonge dans l'océan, ses imitateurs sur les talons. Je dois partir. Le seul radeau qui s'offre à moi est une grande plaque de glace. Le vent change et m'emporte vers le large.

Je vogue à la dérive, bien en chair, brûlée par le vent. Ensuite vient la peur. La glace commence à se briser. L'océan s'en repaît, la lèche et croque dedans. Elle se fend de larges crevasses et l'eau m'appelle par mon nom. Je vais mourir dans la mer glacée. Les êtres humains ne peuvent pas survivre dans l'eau glaciale, même sous forme spirituelle (la plupart du temps). La glace se rompt en petits morceaux et je sombre dans l'eau si froide qu'elle me brûle. Je nage sur place, je sens la vie quitter mon corps, j'accepte.

Je succombe. Les morceaux de glace, dont le nombre a quadruplé, sont devenus si petits que je ne peux plus les attraper. Ils se métamorphosent en ours polaires miniatures, ils sont des douzaines à me longer sur le flanc tout en poussant des vagissements dans une langue indécryptable, mais je vois bien qu'ils s'efforcent de me réconforter. Un des ours grandis, il nage à mon côté ; pour moi, sa sphère de réalité réchauffe l'océan. Il m'a fait don de sa corporalité. La mer est comme un bain chaud.

Montée sur son dos, je le chevauche. Mes cuisses l'étreignent, parcourue d'un fourmillement de lumière. Nous sommes amants. Nous nous marions. Il nage avec une force ahurissante, on voyage vite. Il veille sur moi qui m'enivre de sa dignité. Les ours miniatures rapetissent et finissent engloutis par des crevettes boursoufflées. Après l'offrande de nourriture, l'océan se réchauffe de toute cette vie. Ma peau fond là où elle entre en contact avec mon amant. La mer est notre amour nous fusionnent, l'ours polaire et moi. Il est moi, sa peau est ma peau. Notre chair ne fait qu'une. Son visage, c'est ma vulve affamée. Une fourrure blanche pousse sur mes jambes, puis me recouvre toute. Je sens chaque poil se former à l'intérieur de moi et percer ma peau d'ourse coriace. Mon corps tout entier l'absorbe, nous formons un être neuf. Je suis invincible. Mère ourse, fille lièvre, dévoreuse de phoques. Bien-aimée de l'ours, amante humaine, envoûteuse de glace. Je vivrai une autre année..."


Tanya TAGAQ - Croc fendu



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