Le Trochiscanthe nodiflore [TN]

n°659 (2019-10)

mardi 5 mars 2019

"Lettre hebdomadaire" du site "Rencontres Sauvages"
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Lachrimae Caravaggio
(auteur anonyme)

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Blanc, gris et noir...

Aigrette, Héron et Cormoran

La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs)
février 2019



Grande Aigrette
La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs)
samedi 16 février 2019


Envol
La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs)

samedi 16 février 2019
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La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs)
samedi 16 février 2019

Harle bièvre au repos
La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs)

samedi 16 février 2019

La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs)
samedi 16 février 2019
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La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs)
samedi 23 février 2019

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La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs)
samedi 23 février 2019
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La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs)
samedi 23 février 2019

En compagnie d'un jeune Héron cendré
La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs)

samedi 23 février 2019
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Un Héron cendré adulte chasse le jeune...
La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs)

samedi 23 février 2019

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La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs)
samedi 23 février 2019

La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs)
samedi 23 février 2019
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Héron cendré adulte en vol
La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs)

dimanche 24 février 2019
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La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs)
dimanche 24 février 2019

Cormoran adulte
La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs)

samedi 23 février 2019

Le Cormoran doit sêcher régulièrement ses plumes...
La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs)

samedi 23 février 2019

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Avec un Goéland sp.
La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs)
samedi 23 février 2019
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La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs)
dimanche 3 mars 2019

La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs)
dimanche 3 mars 2019
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Suggestion de lecture :

"Le vin me rendait buvard. Je n'avais rien mangé depuis la matin et j'étais bien. Un peu soûl, un peu gai, un peu décapité.

Je regardais, j'observais, je posais des questions et j'apprenais. Le curieux, le documentaliste, ce bon à rien de dilettante, s'en fourrait jusque-là.

... les poissons rouges décolorés, les renoncules fatiguées, la finesse du verre dans lequel je buvais, les chaises Napoléon-III, la grande table sauvée du réfectoire d'un pensionnat anglais, son plateau en bois sombre, presque noir, poli par deux siècles de roulements d'assiettes et de chahuts orchestrés au tam-tam des couverts en étain – tout du long et tout autour, un chapelet de petit creux en témoignait -, les fillettes juchées sur des piles de catalogues Artcurial, les chandeliers comme des saules pleureurs, larmoyant leurs coulures de cire isabelle, la suspension de Poul Henningsen, sa patine tellement chic et sa feuille (écaille ?) brisée, la liste des courses, les toiles désencadrées, les petits maîtres oubliés, la brioche complétement ratée d'un Chardin complétement raté et tous ces paysages abandonnés, oubliés, perdus dans une succession, remontés d'un lot, sauvés par Isaac et rendus à la lumière.

Des dessins plus récents, des gravures, des pastels très beaux, et ceux des enfants, aimantés sur la porte du réfrigérateur : une lune qui bronze, des coeurs en forme de ronds et des princesses aux bras démesurés.

Des photomaton qui n'avaient pas été agréés par le ministère de l'Intérieur. Des Photomaton sans personne dessus ou alors un bout d'oreille de doudou en bas à droite, peut-être... Les circulaires de l'école, les jours de piscine et le grand retour des poux. Les théières, les bols anciens, les boîtes à thé. La fonte, le grès, l'osier et le bois tourné. La laque et le petit fouet en bambou. La passion d'Alice pour la céramique. Le raku, la cendre, les céladons, les bleus de cuivre, la porcelaine et les terres enfumées.

Ce qu'elle m'apprenait des différentes couvertes (couche vitreuse, espèce de glacis dont on revêt les pièces au moment de la cuisson) (enfin, je crois...) (elle parlait vite) (et j'étais cuit, moi aussi !) qui ont l'air beaucoup plus rustiques au Japon parce que les témoignages rappelant la supériorité de la nature sur la main de l'homme (asymétries ou irrégularités dues à l'Esprit de la terre, du vent, du soleil, de l'eau, du bois ou encore du feu) étaient perçus comme un signe de perfection tandis que les bols chinois, eux, étaient jugés remarquables de par leur uniformité et leur extraordinaire onctuosité.

Les fours de Ru, de Jun, de Longquan. Ce bol « à la lèvre tellement fine », cette couverte « moelleuse » et celle-ci, en « poils de lièvre ». Les splendeurs de l'époque des Song et le bonheur, surtout, d'entendre parler de la civilisation chinoise plutôt que de ses importations.

La pendule arrêtée, les crânes d'oiseaux déposés sur une étagère entre un paquet de Chocapic et des pots de confiture, la reproduction d'une photo de Jacques-Henri Lartigue, cette demoiselle qui, il y a cent ans tout juste, se cassait la figure et découvrait ses jupons en riant. Les annonces d'expositions, les invitations à des vernissages et les petits mots amicaux de galeristes sachant manoeuvrer. « Forcément, tout l'argent qu'Isaac gagne en refourgant ses vieilleries, je le redonne à des artistes vivants ! » La natte de gousses d'ail rose, le piment d'Espelette, les coings ventrus, la grenade momifiée, le gigembre confit dans le tastevin en argent, la collection de poivres, le poivre long, le kampot rouge, le muntok blanc, la brassée de menthe fraîche, le bouquet de coriandre, la broussaille de thym et les cuillères en bois.

L'écuelle du chat, ses croquettes en forme de poissons et sa queue qui serpentait entre mes chevilles, la poubelles qui débordait, les torchons propres, les torchons sales, les livres de cuisine, les recettes d'Olivier Roellinger et de Mapie de Toulouse-Lautrec, l'ordonnance d'une diététicienne oubliée entre la Bible de la tripe et des abats et Le Dictionnaire des noms de cépages en France, la musique en sourdine, le reggae des Caraïbes, le panier rempli d'amandes, les amandes qu'Isaac cassait pour nous et nous offrait à tour de rôle, le goût de ce vin blanc frais et fruité après que l'on avait croqué deux ou trois amandes, l'odeur des clémentines, leur ressources, les petites bougies de fortune dont on héritait si on avait su les dépiauter correctement, le filet d'huile d'olive que l'on y déversait et les lumières qu'on venait d'éteindre pour admirer le tremblant de ces lumignons.

Le grenu de leur bel orange en transparence, le fumet de ce qui était en train de mijoter, l'odeur de la cardamone, de clous de girofle, de miel et de sauce soja en train de compoter dans des sucs de viande, et celle de camomille quand on se penchait au-dessus des chevelures des petites filles pour rallumer une bougie boudeuse...

Les gouttes d'albâtre qu'Alice portait en boucles d'oreilles, sa montre ancienne, minuscule, son chignon lâche et son cou immense. L'émouvante cordillière de fines vertèbres qui couraient derrière sa nuque, sa chemise d'homme monogrammée L.M. Sous le sein droit, son jean brut, la boucle de son ceinturon (simple, martelée, barbare, très Thorgal et Aaricia), la façon qu'elle avait de poser son verre devant ses lèvres et de nous sourire au travers, la façon dont elle riait quand son mari était drôle et son émerveillement à lui, de constater qu'il y arrivait encore, que ça marchait toujours, qu'elle pouffait aussi sûrement et aussi bêtement que la première fois quand ils s'étaient rencontrés – il était justement en train de me le raconter – au rayon Rosy de feu La Samaritaine alors qu'il accompagnait sa pauvre maman qui désespérait trouver un panty à sa taille tandis qu'elle étudiait quelque guêpière insensée destinée à en abasourdir un autre que lui et que, pour la séduire, il s'était lancé dans une imitation en version originale et sous-titrée de Sophia Loren dans La Diablesse en collant rose après avoir jailli d'une cabine d'essayage tel un diable de sa boîte vêtu desdits collants.

La délicatesse avec laquelle – elle le lui avouait seulement à l'instant – elle avait attendu qu'ils se fussent éclipsés pour continuer à fureter sans vergogne dans sa came de pouf et comment, arrivée devant la caisse, elle s'était déballonnée : elle ne voulait plus sauver son couple, elle voulait rire encore avec ce petit gros en costume de lin clair qui parlait le yiddish du métro Saint-Paul avec sa mère et l'italien d'Aldo Maccione avec elle. Elle voulait qu'il lui fasse aussi, comme il le lui avait promis, La Paysanne aux pieds nus et La Pépée du gangster. De sa vie elle n'avait jamais rien voulu d'autre avec autant de rage et de désespoir. Elle les avait cherchés partout, leur avait couru après dans la rue et, quai de la Mégisserie, essouflée, cramoisie, haletante, devant la vitrine d'une oisellerie en effervescence, l'avait invité à diner pour le soir même. « Mon fils, mon fils, s'était inquiétée la vieille dame, est-ce que nous avons oublié de payer quelque chose ? - Non, maman, non. Ne t'inquiète pas. C'est juste cette demoiselle qui vient te demander ma main. - Ah ! Tu m'as fait peur ! » et comment, le coeur encore en vrac, elle les avait de nouveau regardés s'éloigner, bras dessus bras dessous, sous les quolibets de dizaines d'oiseaux moqueurs.

Tous mes sens étaient sollicités, flattés, fêtés. Ce n'était pas le vin qui m'enivrait, c'était eux. Eux deux. Cette escalade, ce jeu entre eux, cette façon qu'ils avaient de se couper sans cesse la parole en me tendant la main pour me hisser à bord, à leur bord, et me faire rire de nouveau. J'adorais ça. J'avais l'impression d'être un morceau de barbaque qu'on aurait mis à décongeler au soleil.

Je ne me souvenais plus que j'avais tant de repartie, que j'étais si poreux, si tendre et à ce point digne d'attention. Oui, je l'avais oublié. Ou peut-être ne l'avais-je jamais su...

Je vieillissais, je rajeunissais, je fondais de plaisir..."


Anna Gavalda - Des Vies en mieux



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