Le Trochiscanthe nodiflore [TN] n°424 (2014-25)

mardi 1er juillet 2014

"Lettre hebdomadaire" du site "Rencontres Sauvages"
explications sur le nom de cette lettre : [ici] ou [ici]
Si cette page ne s'affiche pas correctement, cliquez [ici]


 
Zbigniew Preisner - Requiem for my friend
Lacrimosa

Pour regarder et écouter,
cliquez sur la flèche au bas de l'image...



ou cliquez [ici]



Nouveautés et Travaux à Courvières :

Installation d'un aquarium...

... et de son occupant :

Angélo (en référence au "Hussard sur le Toit" de Jean Giono)

C'est un "Combattant" (Betta splendens) :
petit poisson très territorial élévé
  à l'origine pour des combats entre mâles (en Asie),
puis pour ses couleurs et sa beauté...
Il possède un organe spécifique dit "labyrinthe" qui
lui permet de respirer de l'oxygène de l'atmosphère
(et ainsi, à l'état sauvage, de survivre dans très peu d'eau : flaques, rizières ! ...)

Pose de carrelage (de récupération) dans la chaufferie...

Isolation, pose de plaques, peinture et installation d'un nouveau plancher,
à l'étage de la grange...

Cette pièce constituera une "annexe" à la future salle d'exposition...




Mésange noire
et Mésange bleue
Haut-Doubs et Suisse
juin 2014


Mésange noire adulte
Bouverans (Haut-Doubs)
samedi 1er juin 2014


A la recherche d'insectes...
Bouverans (Haut-Doubs)
samedi 1er juin 2014

Envol
Bouverans (Haut-Doubs)
samedi 1er juin 2014

De dos
Bouverans (Haut-Doubs)

samedi 1er juin 2014

Acrobatie
Bouverans (Haut-Doubs)

samedi 1er juin 2014

Caché près du tronc, un jeune attend la bécquée...
Bouverans (Haut-Doubs)

samedi 1er juin 2014

Jeune
Bouverans (Haut-Doubs)

samedi 1er juin 2014

A la découverte du vaste monde !
Bouverans (Haut-Doubs)
samedi 1er juin 2014

Bouverans (Haut-Doubs)
samedi 1er juin 2014


De face (jeune)
Bouverans (Haut-Doubs)

samedi 1er juin 2014

A la chasse
Bouverans (Haut-Doubs)

samedi 1er juin 2014

Jeune Mésange noire
Creux du Van (Suisse)

samedi 7 juin 2014

Au soleil
Creux du Van (Suisse)

samedi 7 juin 2014

Les adultes ne sont pas loin !
Creux du Van (Suisse)

samedi 7 juin 2014

Jeune Mésange bleue
Lac de Saint-Point (Haut-Doubs)

dimanche 8 juin 2014

Dans un Saule
Lac de Saint-Point (Haut-Doubs)

dimanche 8 juin 2014

Jeunes Mésanges bleues (toilette)
Lac de Saint-Point (Haut-Doubs)
dimanche 8 juin 2014

Mésange bleue adulte
Lac de Saint-Point (Haut-Doubs)

dimanche 8 juin 2014

Cachées dans le feuillage !
Lac de Saint-Point (Haut-Doubs)

dimanche 8 juin 2014

A la recherche d'insectes
(ou ici, de cochenilles qui ont envahi ce Frêne !)
Lac de Saint-Point (Haut-Doubs)

dimanche 8 juin 2014

Deux jeunes
Lac de Saint-Point (Haut-Doubs)

  dimanche 8 juin 2014



Petit texte :


"A l'approche de l'aube, comme prévu, Demetrios les réveilla et ils retournèrent voir l'Empereur dans sa tourelle.

Ils le trouvèrent en grande agitation. Sitôt qu'ils furent entrés, Yesu leur dit avec un large sourire :

- Vous m'avez guéri.

Jean-Baptiste et maître Juremi restèrent impassibles.

- Je ne me gratte plus. Je n'ai plus d'élancements. Les croûtes les plus grosses sont tombées et les endroits suintants s'assèchent. Vraiment si j'oubliais mes convictions – et les vôtres – je vous dirais que c'est un miracle. Regardez.

Il commença à retirer sa tunique comme une chemise c'est-à-dire qu'il conserva sa ceinture nouée et qu'il ôta successivement les deux manches.

Poncet vint inspecter la lésion.

- C'est en effet beaucoup mieux, dit-il sobrement.
- Vous n'avez pas l'air très enthousiaste, dit le Roi. Je comprends. Vous êtes prudent.Vous voulez être certain que le résultat se confirme. Vous avez raison mais laissez-moi vous dire que, quand même ce soulagement n'aurait été que provisoire, je vous en serais très reconnaissant. Vous m'avez donné des heures de paix après des mois de supplice.
- Majesté, dit enfin Poncet, ce que nous voyons est en effet encourageant. Il y a tout lieu de penser, puisque votre mal est sensible à ce traitement, que d'autres progrès se manifesteront dans les prochains jours. Mais...

Il regarda maître Juremi comme un soldat qui va partir pour une charge douloureuse.

- ... il faut que vous sachiez certaines choses, continua-t-il.
- Je vous écoute.
- La maladie dont vous souffrez peut être soulagée. Elle peut l'être complètement et longtemps, mais elle ne peut être guérie. Le mal reviendra. Il vous faudra apprendre à vivre avec lui et sans doute...

Il laissa passer un instant. Le Roi regardait fixement sans ciller. Jean-Baptiste s'entendit prononcer la fin de sa phrase et parut étonné lui-même :

- ... à en mourir.

Demetrios, après avoir traduit ces paroles, fixa le Roi pour attendre sa réponse. Elle ne vint pas tout de suite. Le Négus se leva, marcha vers un des angles de la pièce, disparut presque dans l'ombre puis revint et parla :

- Je n'aime pas ce que vous me dites mais j'aime votre langage. Ce n'est pas celui des flatteurs ou de charlatans. Vous avez raison de croire que je peux l'entendre.

Il marqua un temps, le regard vers la flamme de la chandelle puis de nouveau dans les yeux de Jean-Baptiste.

- En combien de temps ce mal m'emportera-t-il ?
- Je l'ignore, dit Poncet.
- C'est faux, s'écria vivement le Roi sur un ton d'autorité et de colère. Combien de temps ?

Jean-Baptiste se troubla.

- Eh bien, il me semble... Il n'y a pas d'exemple, je crois, qu'on ait vu quelqu'un atteint de ce mal vivre... plus de deux années.

Le Roi reçut cette sentence dans une immobilité parfaite. Il se redressa légèrement, fit durer le silence.

- La mort, dit-il enfin, importe bien peu pour moi-même. Je peux mourir demain. J'y suis prêt.

Il se rassit comme pour donner à ses paroles moins de solennité.


- Mais, reprit-il, il y a la charge qui m'incombe.

Son ton était désormais celui de la confidence. Il paraissait tout à fait calmé et seulement désireux de livrer ses pensées.


- Mon fils aîné, continua-t-il, n'a que quinze ans. Il est encore faible et influençable. Je n'aime guère l'éducation que lui ont donnée les prêtres et la cour pendant mes longues absences. Je ne peux partir de cette vie qu'en l'ayant bien assuré sur ce trône. Sinon ce que trois générations de rois viennent d'accomplir sera ruiné.

Il regardait toujours fixement la bougie le long de laquelle coulait lentement un goutte de suif.


- Deux ans ! Dit-il.

Il se leva, marcha jusqu'à une autre chaise, près de la porte par laquelle il était entré. Une étole blanche pliée en rectangle y était posée. Il la jeta sur ses épaules et s'en entoura.

- Quand mon grand-père a hérité la couronne, reprit-il, ce pays était dans la plus grande anarchie. Nos ennemis l'avaient dévasté, nos vassaux avaient repris leur liberté, les prêtres imposaient leur volonté au souverain. Dans les campagnes, le peuple mourait de faim...

Il se retourna et marcha vers eux.

- On a vu des paysans dévorer leurs morts...

Poncet baissa les yeux. Maître Juremi regardait l'ombre...


- Voilà comment était ce pays. Il a fallu tout faire : restaurer l'autorité royale, repousser les ennemis, soumettre les princes, tenir les prêtres. Fasilides, mon aïeul, a commencé, glorieusement, il a fondé cette ville, Gondar, une nouvelle capitale, à l'écart de la corruption qui avait gagné Axum, le siège de la cour depuis des siècles. Ensuite est venu son fils, mon père, aussi intègre, aussi glorieux, aussi déterminé. Moi qui lui ai succédé, j'ai eu la chance de régner longtemps, de recueillir l'héritage et de le faire fructifier. J'ai allégé les charges qui pèsent sur le peuple, j'ai aboli les droits de péage qui coupaient le pays en morceaux autant que l'auraient fait les brigands. Surtout, j'ai appliqué la loi. Elle est dure, sans doute, mais c'est celle de nos pères et chacun la connaît, chacun est égale devant elle.

L'aube arrivait lentement. Un nuage violet coupait la fenêtre en deux : en haut, la nuit ; en bas, un liquide pâle.

- Tout cela nous l'avons accompli seuls, comprenez-vous. Seuls. Il y a longtemps que nous n'attendons plus de secours de nos voisins. Ce sont des mahométans ; ils nous haïssent. Mais il nous a fallu, en plus, nous garder de ceux que nous avions longtemps pris sans les connaître pour nos amis, nos frères, nos parents catholiques d'au-delà des mers. Quand les Turcs ont attaqué ce pays, il y a un siècle, les rois de l'époque ont cru pouvoir faire appel aux Portugais. Ils sont venus. Christophe de Gama, fils du grand Vasco, a même donné sa vie pour nous. Mais ils ne nous ont sauvés que pour nous envoyer, ensuite, leurs jésuites. Quand ils sont arrivés, personnes ici ne savait qui étaient ces prêtres. Nos ancêtres les ont bien accueillis. N'étaient-ils pas nos frères dans le Christ ? Quand ils ont parlé de nous faire obéir au Pape et rejoindre la communauté catholique, il n'y a eu de notre part aucune objection. Pensez-donc ! Nous avions tant souffert d'être coupés du monde... C'est avec joie que nous nous apprêtions à y revenir. Nous leur avons seulement demandé, et c'était bien la moindre des choses, de nous exposer les arguments théologiques qui prouvaient la supériorité de leur interprétation des Evangiles sur la nôtre. Nos prêtres se sont offerts à la controverse sans arrière-pensées mais avec leurs grandes connaissances et ces jésuites, si sûrs d'eux-mêmes, ont dû convenir qu'ils n'avaient pas les réponses à nos questions. Ils sont rentrés à Rome un peu dépités. Le Pape en renvoya d'autres, plus savants mais surtout disposés à employer tous les moyens. Nous les prenions pour des frères et ils agissaient en véritables ennemis. Notre point faible, à l'époque, était le Roi. Le pauvre homme était influençable : il tomba sous la coupe des jésuites, qui lui firent prendre les pires décisions. Il déclara finalement qu'il ordonnait de sa seule autorité la conversion immédiate du pays, et nous avons compris, mais trop tard, qu'au mal venu du dehors et auquel nous étions accoutumés s'ajouterait désormais un autre mal : celui que nous voulaient nos prétendus amis. Je vous fais grâce des péripéties, et il y en eut d'innombrables, au cours desquelles ces religieux francs nous donnèrent mille preuves de leur influences, de nous imposer une foi nouvelle, de nous conquérir par la perfidie et la division. De là datent les plus épouvantables guerres civiles que nous ayons connues ; l'autorité des rois qui, aux pires moments, avait toujours été préservée, s'effondra dès lors que l'un d'entre eux, par faiblesse, prétendit embrasser la foi de ces étrangers. Le peuple se réfugia alors derrière les prêtres, qui furent pourtant incapables de le défendre. Nos ennemis profitèrent de notre abaissement. Il en résulte ce chaos que trois générations, je vous l'ai dit, ont à peine effacé.

Il se calma et reprit plus doucement :

- Voilà où nous en sommes et voilà pourquoi il me faut du temps..."

Jean-Christophe RUFFIN - L'Abyssin





Voir la liste des anciens numéros du"Trochiscanthe nodiflore" (les archives) : cliquez [ici]

Site internet : Rencontres sauvages

Me contacter : pascal@pascal-marguet.com

Calendrier 2014 : Pour le télécharger directement au format pdf (1400 ko), cliquez [ici]

 

Pour vous désinscrire, vous pouvez m'envoyer un e-mail (en répondant à ce message) avec pour objet "désinscription",

ou en cliquant

[ici]

Pour partager cette page sur "FaceBook", cliquez sur le bouton ci-dessous :



Rejoignez-moi sur "FaceBook" en cliquant sur le lien suivant :

[http://www.facebook.com/marguet.pascal]