Le Trochiscanthe nodiflore [TN]
n°1047 (2026-42)
mardi
20 octobre 2026
"Lettre hebdomadaire" du site "Rencontres
Sauvages"
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Pour regarder et écouter,
À la forêt de Gastine
Couché sous tes ombrages vers Pierre de RONSARD, Les Odes |
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![]() Campanule sp. Frasne (Haut-Doubs) vendredi 4 septembre 2026 ![]() Citron sur une fleur de Knautie Frasne (Haut-Doubs) vendredi 4 septembre 2026
![]() Sympetrum rouge sang femelle Frasne (Haut-Doubs) vendredi 4 septembre 2026
Frasne (Haut-Doubs) vendredi 4 septembre 2026
Bouverans (Haut-Doubs) vendredi 4 septembre 2026
Bouverans (Haut-Doubs) vendredi 4 septembre 2026
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![]() Abeille domestique sur une fleur de Bourrache Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot dimanche 6 septembre 2026
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Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot dimanche 6 septembre 2026
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot dimanche 6 septembre 2026
Azuré sp. sur une
fleur de Bourrache
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot samedi 19 septembre 2026
Cuivré commun sur
une fleur de Seneçon jacobée
Linaire commune
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot dimanche 20 septembre 2026 |
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"- Pose ton sabre, dit le maître. Aujourd'hui, je vais t'enseigner le thé. Ibuki soupira en silence, mais fit ce que lui demandait le vieille homme. Ils ne prirent pas place sur la natte couleur de blé. Le breuvage se buvait à l'intérieur, mais s'enseignait à l'extérieur. Ils suivirent ainsi le chemin du sud, celui qui menait vers les prairies.
Ibuki écoutait sans trop comprendre. A quoi bon pouvait lui servir tout cela ? Elle ne rêvait pas de tranquillité, mais d'action. Elle ne cherchait pas l'harmonie, mais l'honneur. C'était pourtant un beau jour d'été. Ils traversaient un champ de riz vert et le bruit du vent était frais. Maître Sohô était intarissable.
Elle tendit l'oreille. Et perçu un chant lointain. Quelques instants plus tard, ils firent face à d'immenses plantations de thé, avec leurs rangées sans fin de buissons touffus et verdoyants. Et au milieu, une vingtaine de cueilleuses... qui chantaient. Toutes avaient revêtu un kimono rouge et un élégant chapeau de paille.
Leur chant était pareil à un thé fumant : intense et mélodieux. Ibuki oublia un moment le but de sa quête. Les ciseaux d'or reflétaient les rayons du soleil encore tièdes du soleil. Et le chant des jeunes femmes – comme une mer immense – berçait la vallée. Tout était calme et paisible. En paix.
Maître Sohô parla longuement du thé. Jusqu'à la nuit noire. Ils retournèrent à Okazaki guidés par les étoiles et une lune parfaitement pleine. Devant la maison, ils retirèrent leurs sandales en paille. Peu après, la bouilloire sifflait.
Le maître ouvrit une petite boîte ronde, opaque et étanche, sur laquelle était dessiné un grand soleil.
La poudre était d'une finesse extrême et d'un vert lumineux. On aurait dit de la poussière de jade. Le maître jeta délicatement une pincée dans chaque bol et referma aussitôt la boîte. Il versa lentement l'eau à ébullition. Puis saisit un fouet en bambou et mélangea le tout. Quand une légère mousse apparut, il demanda à son élève de fermer les yeux.
La première gorgée fut amère et corsée. La deuxième, plus crémeuse, avait un léger goût de noisette. Quand Ibuki but la troisième, elle ne put s'empêcher d'ouvrir les yeux. C'était frais, sucré, et divin ! Comme si un plant entier de thé avait trempé dans sa tasse.
Le maître but à son tour et tourna ensuite son visage radieux vers Ibuki.
Ibuki sourit. Puis ils finirent leur bol en silence. Se jetant de temps à autre un regard du coin de l'oeil, chacun à sa place, comblés. Dehors, la lune était une immense boule de fraîcheur.
Ibuki hocha imperceptiblement la tête.
Et en disant cela maître Sohô écarta les deux pans de son kimono.
Il y eut un bref silence, puis le vieille homme ajouta, comme s'il avait gardé cette phrase trop longtemps en lui :
Cyril GELY - Le
dernier thé de maître Sohô
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