Trochiscanthe nodiflore [TN]

n°1041 (2026-36)

mardi 8 août 2026

"Lettre hebdomadaire" du site "Rencontres Sauvages"
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JP RAMEAU - Hippolyte et Aricie
"Rossignols amoureux"

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« Un monde asséché de sa source poétique est un monde brutal, un monde dé-solidarisé et dé-couragé, dont le projet est essentiellement réduit à un tournoi quantitatif. Une société d’unités discrètes, de cellules isolées, de boîtes et de cubicules, de flèches et de cibles, d’objectifs et de mesures, le village épuré du on/off, qui donne un si beau confort technique, un divertissement si parfait, l’engourdissement suprême qui étourdit le client et paralyse la volonté collective. Alors le discours public se tarit, les correspondances se perdent, et chacun résiste comme il peut dans son coin. À l’inverse, on attend d’un projet social qu’il autorise le rêve. Le droit de rêver la vie que nous espérons pour nous et pour tous est un droit politique. Ce n’est pas au monde de définir la poésie, c’est la poésie qui définit le monde. »

Serge BOUCHARD (Compter les lucioles, extrait de La vie habitable – Poésie en tant que combustible et désobéissances nécessaires, Documents 06, 2014)




 
Gökotta photographique
  Loge n°5


Jeune Bergeronnette grise et jeune Rougequeue noir,
à leur toilette

Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
fin-juillet 2026 - été

  Quatre matins



Moment d'Aube
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mardi 28 juillet 2026




Pigeon ramier (adultes)
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mardi 28 juillet 2026



Chardonneret élégant (dans l'ombre)

Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mardi 28 juillet 2026


Depuis l'affût - 7h12
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mardi 28 juillet 2026



Chardonneret élégant adulte
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mardi 28 juillet 2026



Pinson des arbres mâle

Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mardi 28 juillet 2026



Laitue serriole
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mardi 28 juillet 2026



Campanule sp.
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mardi 28 juillet 2026

Virgule sur Cirse vulgaire
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mardi 28 juillet 2026

Mouches
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mardi 28 juillet 2026



Liseron
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mardi 28 juillet 2026



Moro-Sphinx au repos
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mardi 28 juillet 2026



Azuré sp.
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mardi 28 juillet 2026

Cirse acaule
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mardi 28 juillet 2026



Ononis
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mardi 28 juillet 2026



Cirse laineux
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mardi 28 juillet 2026

Moro-Sphinx au repos
(dans le Cirse laineux)

Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mardi 28 juillet 2026





Cirse laineux
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mardi 28 juillet 2026


La loge
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mardi 28 juillet 2026



10h37
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mardi 28 juillet 2026

Moment d'Aube
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mercredi 29 juillet 2026



Jeune Rougequeue noir
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mercredi 29 juillet 2026

Pigeon ramier adulte
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mercredi 29 juillet 2026




Depuis l'affût - 7h16
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mercredi 29 juillet 2026



Jeune Rougequeue noir
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mercredi 29 juillet 2026



Chardonneret élégant adulte
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mercredi 29 juillet 2026



Jeune Bergeronnette grise
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mercredi 29 juillet 2026



Laitue serriole (en fruit)
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mercredi 29 juillet 2026



Carotte sauvage
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mercredi 29 juillet 2026

Azuré sp.
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mercredi 29 juillet 2026



La loge
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mercredi 29 juillet 2026



10h17
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mercredi 29 juillet 2026



Moment d'Aube
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
jeudi 30 juillet 2026



Jeune Renard en chasse
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
jeudi 30 juillet 2026



Jeune Rougequeue noir
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
jeudi 30 juillet 2026



Chardonneret élégant adulte
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
jeudi 30 juillet 2026


Depuis l'affût - 7h14
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
jeudi 30 juillet 2026



Jeune Merle noir
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
jeudi 30 juillet 2026



Jeune Rougequeue noir
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
jeudi 30 juillet 2026



Jeune Bergeronnette grise
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
jeudi 30 juillet 2026



Mésange bleue
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
jeudi 30 juillet 2026



Devant une génisse...
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
jeudi 30 juillet 2026









Jeune Bergeronnette grise à sa toilette
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
jeudi 30 juillet 2026













Toilette (détail)
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
jeudi 30 juillet 2026
<image recadrée>




ça gratte !
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
jeudi 30 juillet 2026

















Géranium sp.
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
jeudi 30 juillet 2026



La loge
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
jeudi 30 juillet 2026



9h53
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
jeudi 30 juillet 2026



Moment d'Aube
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 31 juillet 2026









Jeune Rougequeue noir
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 31 juillet 2026



Chardonneret élégant adulte
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 31 juillet 2026




Jeune Bergeronnette grise
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 31 juillet 2026




Essai en "flou-filé"
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 31 juillet 2026





Depuis l'affût - 7h14
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 31 juillet 2026






Jeune Rougequeue noir
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 31 juillet 2026










Toilette
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 31 juillet 2026





Blaireau au soleil...
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 31 juillet 2026



Jeune Pinson des arbres
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 31 juillet 2026





La loge
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 31 juillet 2026



9h20
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 31 juillet 2026

[à suivre...]

 


Suggestion de lecture :

"Un jour, Léo était arrivé à pied. Je ne l’avais jamais vu, je ne le connaissais pas : crâne rasé, la trentaine, vêtu sport aventure, jumelles au cou, et comme hanté, c’est ce dont je me souviens le mieux, par un regard clair tapi dans des orbites profondes. Il nous avait expliqué qu’il aimerait placer un affût sur notre terrain en bordure du pré, ajoutant que Les Hautes-Huttes, c’était un lieu spécial. Nous le savions. Qu’ils étaient là autour de nous. Nous le savions. Le mois suivant, il était revenu avec son frère et du matériel. Je les avais entendus bosser toute une journée. Le soir, en repartant, ils m’avaient confié le double d’une clé de cadenas.

Une clé si petite que je l’avais attachée à une ficelle et rangée dans une boîte au fond d’un tiroir. Elle y était restée dix ans.

Nils, la fin venue, m’a dit qu’il s’était toujours méfié de cette cabane, qu’elle lui semblait contenir un truc pas possible, et qu’il aurait pu me le dire à l’avance où ça me mènerait d’y entrer, qu’il le savait d’expérience. Mais moi, j’ai voulu savoir aussi. J’ai voulu suivre ce garçon, arrivé un de ces bizarres matins d’avril du futur où il faisait déjà chaud comme en juillet, et qui avait des jumelles au cou. J’ai cru qu’il était un genre de sorcier Yaqui sachant tout du langage des cerfs et qu’il allait m’y initier. Il l’a fait, mais il m’a aussi tout droit conduite à ce que je ne voulais pas savoir.

Je n’avais donc jamais sorti la clé de son tiroir. Jusqu’à ce que, le lendemain de la nuit où j’ai croisé Wow, un 28 octobre, je décide d’entrer dans l’affût, prenne la clé, un carnet, mon téléphone, et descende droit sur lui à travers les moraines : un amas de rochers tellement chaotique que j’ai pensé me casser le cou deux ou trois fois.

On aurait dit un gros dos sombre, dissimulé sous un fouillis de faux lierre, recouvert, pour faire encore plus illusion, de quelques vraies branches de pin tordues. Avec le temps, je m’étais habituée à sa présence, mais pourquoi est-ce que je le sentais encore comme un poste d’observation installé en contrebas de la maison d’où nos allées et venues auraient pu être épiées ?

Un geai m’a dénoncée en criant.

Les fougères mortes de l’année passée craquaient sous mes pas comme de vieilles chips grises tandis que les nouvelles frondes, dressées sur leur base, déjà rousses, m’arrivaient à la taille. M’encerclaient. Un muret à franchir et déjà j’y étais. Penchée sur le cadenas, j’ai eu du mal avec sa clé minuscule, du mal à faire pivoter son anse dorée, du mal à tirer vers moi la porte faite de planches, avant d’entrer dans l’ombre en me baissant.

C’était une simple cabane d’affût éclairée par une lucarne vitrée, pourvue d’une banquette, et vide. Vraiment vide. Personne ne semblait y être venu depuis longtemps. Elle avait été placée là rien que pour qu’on puisse y attendre l’apparition d’êtres d’une autre espèce que nous, sans être certain que ceux-ci se manifesteraient, car on a beau y retourner des semaines à la file, s’obstiner des heures, se concentrer, vouloir les faire apparaître, s’épuiser les yeux : rien. Et puis un soir, tassé dans son obscurité, on pense à tout autre chose, on relève la tête : ils sont là.

Qu’il fallait de la chance pour les voir, et ensuite, si on voulait les revoir, ne compter que sur une observation passionnée des indices et des traces, des heures et des lieux, sur une véritable ascèse, y donner tout son temps, y consumer son être, je l’ai su plus tard.

Quand j’ai refermé la porte, je me suis retrouvée dans une boîte sombre avec la bizarre impression de m’être introduite dans mon crâne pour m’y asseoir, de n’être que mon regard tapi derrière mes yeux. Qu’est-ce qui allait se montrer ?



Ça faisait longtemps que nous les avions repérés autour de nous, Nils et moi. Dès le premier hiver, autrefois, quand nous étions encore sur le qui-vive, tout si étrange, nous tellement jeunes, j’avais perçu que la nuit était habitée par des êtres mystérieux qui campaient autour de la maison, enfouis dans les ténèbres, occupés à leur vie.

Au début, ce n’était que de légers craquements, d’imperceptibles frôlements, moins que le vent, mais le matin, je découvrais des endroits où de toute évidence quelqu’un s’était posé : l’herbe était froissée ou la neige avait fondu. Je n’en avais encore jamais aperçu en réalité, quand, une nuit, tout au commencement, nous venions d’arriver aux Hautes-Huttes, je m’étais réveillée. Le silence, l’inconnu, l’hiver, les montagnes. J’avais regardé par la fenêtre que j’entrouvrais pour dormir malgré le froid, même quand il gelait horriblement, et je revois avec précision son allure lente, sombre, erratique sous une longue houppelande qui traînait dans la neige, raidie de glaçons. Un Solitaire.

L’année d’après, il avait été rejoint par d’autres. Peu à peu, un réseau de pistes discrètes s’était superposé à nos sentiers. Puis, chaque fois mi-juillet, ni avant ni après, la nuit, de grandes cérémonies guerrières se déroulaient sous la maison : ça frappait, frappait, tambourinait dans le noir, comme pour nous intimider. Au réveil nous allions découvrir quels résineux récemment plantés avaient été écorchés vif, ou carrément démembrés. C’était suivi par un silence de deux mois. Et ça reprenait mi-septembre, accompagné cette fois de hoquets, de grincements de dents, d’énormes mélopées et de galops de fureur, ou de triomphe, on ne savait pas. J’avais mis longtemps à comprendre qu’il s’agissait de cerfs.

J’avais alors rassemblé des livres sur ces êtres qui savent se rendre invisibles à deux doigts de nous, hyperéveillés quand nous dormons, dont l’odorat infinitésimal est surpuissant, dont l’ouïe capte les plus lointaines menaces, dont la masse de muscles et d’os se nourrit de frêles pousses d’érable et de châtaignier, de fleurs et de graminées délicates comme la flouve et le brome, puis l’hiver venu, de ronces, de lierre, de houx, ou encore de lichens, de bruyères, de mousses, et qui portent sur la tête une architecture de branches aussi haute et large qu’une coiffe de grand chef indien. Même si d’un côté il s’agit d’une ramure d’os, et de l’autre d’une parure de plumes d’aigle, la même souveraineté reliée au cosmos y semble à l’œuvre..."


Claudie HUNZINGER - Les grands cerfs


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