Le Trochiscanthe nodiflore [TN]
n°1037 (2026-32)
mardi
11 août 2026
"Lettre hebdomadaire" du site "Rencontres
Sauvages"
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![]() Corneille noire (envol) Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot samedi 16 mai 2026 ![]()
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot vendredi 22 mai 2026 ![]()
Marchairuz (Suisse) samedi 30 mai 2026
Marchairuz (Suisse) samedi 30 mai 2026
Marchairuz (Suisse) samedi 30 mai 2026
Seslerie bleue
Marchairuz (Suisse) samedi 30 mai 2026
Marchairuz (Suisse) samedi 30 mai 2026
Marchairuz (Suisse) samedi 30 mai 2026
Marchairuz (Suisse) samedi 30 mai 2026
Marchairuz (Suisse) samedi 30 mai 2026 ![]() Daphne camélée Marchairuz (Suisse) samedi 30 mai 2026
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(il dégage une très bonne odeur !!) Marchairuz (Suisse) samedi 30 mai 2026
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot mercredi 17 juin 2026
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot mercredi 17 juin 2026
Sylvaine
![]() Sphaigne Frasne (Haut-Doubs) mardi 28 juillet 2026 ![]() Chevrette et son
chevrillard (en haut à gauche),
au 100 mm (macro) Frasne (Haut-Doubs) mardi 28 juillet 2026 ![]() <image recadrée> ![]() Lysimaque vulgaire Frasne (Haut-Doubs) mardi 28 juillet 2026 ![]() ![]() Epilobe hirsute
Frasne (Haut-Doubs) mardi 28 juillet 2026 ![]() Succise des prés Frasne (Haut-Doubs) mardi 28 juillet 2026 ![]() ![]() Sylvaine sur Grande Pimprenelle Frasne (Haut-Doubs) mardi 28 juillet 2026 ![]() Epilobe à feuilles étroites (fleurs et fruits) Frasne (Haut-Doubs) mardi 28 juillet 2026 ![]() ![]() Reine des prés - Filipendula ulmaria Contrairement à ce que suggère son nom, la Zygène de la Filipendule ne se nourrit pas de cette plante (!), mais du Lotier (et d'autres fabacées). Frasne (Haut-Doubs) mardi 28 juillet 2026 ![]() Oeillet superbe Frasne (Haut-Doubs) mardi 28 juillet 2026 ![]() ![]() ![]() Scabieuse sp. Frasne (Haut-Doubs) mardi 28 juillet 2026 ![]() Succise des prés (en bouton) Frasne (Haut-Doubs) mardi 28 juillet 2026 ![]() ![]() ![]() Sympétrum rouge sang (mâle), dans l'ombre Frasne (Haut-Doubs) mardi 28 juillet 2026
![]() ![]() Sympétrum rouge sang (femelle) Frasne (Haut-Doubs) mardi 28 juillet 2026 ![]() ![]() Sympétrum rouge sang (femelle) Frasne (Haut-Doubs) mardi 28 juillet 2026 ![]() ![]() Azuré sp. Frasne (Haut-Doubs) mardi 28 juillet 2026 ![]() Criquet sp. Frasne (Haut-Doubs) mardi 28 juillet 2026 |
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"I Sainte-Hélène ! Aurel n’imaginait pas qu’ils iraient jusqu’à l’envoyer là-bas. Il faut être au moins Napoléon et avoir été battu à Waterloo pour mériter un tel exil sur cette île perdue de l’Atlantique Sud. C’est une disgrâce de luxe, un bannissement VIP, et il ne pensait pas en être digne. Certes, il savait depuis longtemps que le Quai d’Orsay voulait se débarrasser de lui. À force de tirer au flanc et de s’illustrer dans des enquêtes dont personne ne l’avait chargé, il était devenu la bête noire du service du personnel. Faute de pouvoir le mettre à la porte, puisqu’il était titulaire, les DRH cherchaient à lui rendre la vie impossible et à le faire démissionner. Ils avaient tout essayé : les climats extrêmes (on savait qu’il ne supportait pas la chaleur), les villes infestées par les gangs (dans l’espoir qu’une balle perdue règle la question une fois pour toutes), et même une affectation en Europe (où il serait trop surveillé, croyait-on à tort, pour se livrer à ses frasques habituelles). À chaque fois, il n’en avait fait qu’à sa tête et s’était sorti d’affaire. En l’envoyant maintenant à Sainte-Hélène, ses persécuteurs pensaient sans doute franchir une nouvelle étape dans les tourments qu’ils lui infligeaient. Ils n’avaient d’ailleurs pas osé le lui annoncer eux-mêmes. Pour Paris, il était officiellement nommé en Afrique du Sud. Il était arrivé à Johannesburg tout chiffonné après douze heures de vol, écrasé contre le hublot par un Afrikaner qui devait bien peser ses deux quintaux. Le taxi l’avait déposé directement devant l’ambassade de France à Pretoria. Duboisseau, le consul général, l’avait reçu lui-même séance tenante. Comme il pouvait s’y attendre, cet empressement inhabituel ne présageait rien de bon. Grand, un peu voûté, la quarantaine sportive, le diplomate arborait une calvitie de bon augure pour sa carrière car elle le faisait ressembler à son ministre. — À l’origine, monsieur Timescu, commença-t-il en prenant l’air navré, vous étiez nommé consul adjoint au Lesotho. C’est un territoire montagneux enclavé dans l’Afrique du Sud. Il est rattaché à notre poste. Un très beau pays. Duboisseau releva le nez de son dossier pour se livrer à un petit commentaire personnel. Il avait visité lui-même le Lesotho et tenait à confier ses impressions. — Un petit royaume sympathique. On peut y faire du ski, figurez-vous. Ce n’est pas Courchevel, bien sûr ! La seule piste fait deux cents mètres de dénivelé, enneigée à grands coups de canons hydrauliques. Mais enfin c’est amusant, sur ce continent. Tassé sur son fauteuil, Aurel disparaissait dans les replis de son manteau en tweed. Il aurait donné n’importe quoi pour avaler un verre de blanc et se mettre au lit. Le consul général comprit qu’il était inutile de lui vanter les charmes sportifs du Lesotho. Il conclut sur un ton rogue. — À part ça, un des pays les plus pauvres du monde, des coups d’État réguliers et un taux de sida au plafond. Aurel comprenait mieux les raisons de son affectation dans ce royaume perdu. Il n’imaginait pas que le DRH l’ait envoyé là pour qu’il profite des sports d’hiver. — Vous verrez peut-être ça un jour, mais pour le moment, nous avons dû vous orienter en urgence vers une autre mission. C’est là que, pour la première fois, fut prononcé le nom de Sainte-Hélène. — Cette île aussi est rattachée au poste de Pretoria. Mais rien à voir avec le Lesotho. C’est un territoire britannique d’outre-mer. A British Overseas Territory. Le consul général n’avait pas résisté. Toute occasion d’étaler sa maîtrise du globish, acquise principalement au cours d’un stage d’été dans le Lake District à l’âge de quatorze ans, était bonne. Il accompagnait les mots d’une mimique qu’il devait juger propre à leur donner une complète authenticité anglo-saxonne. La commissure des lèvres tendue vers le bas, il prenait l’expression de quelqu’un qui vient d’avaler cul sec le contenu d’un pot de chambre. — Pour bizarre que cela puisse paraître, nous y entretenons un diplomate. — Du corps consulaire ? demanda Aurel.
L’idée que l’administration ait décidé de l’échouer là-bas ne lui paraissait plus tout à fait impensable. — C’est à vrai dire un poste hybride. Officiellement, il porte le titre de consul honoraire. Mais contrairement à ce que ce titre recouvre d’ordinaire, il est un agent du ministère. Contractuel. Ce dernier mot sauvait l’honneur de la fonction publique. Pas question de compromettre un fonctionnaire dans un emploi aussi modeste et aussi exotique. — À vrai dire, la principale fonction de ce consul honoraire n’est pas consulaire. Il n’y a aucun autre Français sur l’île, les touristes sont rares et les visas sont traités ici, à Pretoria. Son véritable rôle est de garder les Lieux saints. — Les Lieux saints ? Le consul général se redressa sur sa chaise. Il prit un air de jubilation qui, ajouté à son expression naturelle de contentement de soi, le faisait ressembler à un saint de vitrail illuminé par la grâce. — Je plaisante. Le fait devait être suffisamment inhabituel pour qu’il prît soin de le mentionner. — Napoléon, j’imagine que vous le savez, continue d’exciter des passions dans le monde entier. Pardon de vous poser brutalement la question mais votre accent en français semble indiquer que vous êtes originaire… — … de Roumanie. — C’est ce qu’il me semblait. Eh bien, je suis sûr que là-bas aussi… — En effet, j’ai connu quelques personnes qui s’intéressaient beaucoup à l’empereur Napoléon Ier. Aurel se souvenait particulièrement de son vieux professeur d’histoire qui portait le deuil chaque 18 juin, pour commémorer la bataille de Waterloo et la chute de son idole. Ceausescu régnait alors en Roumanie avec l’appui des Russes. Célébrer Napoléon, c’était rendre hommage à quelqu’un qui les avait combattus et qui avait même conquis un temps leur capitale. — Pour ces fanatiques de l’Empire, les lieux où Napoléon a été détenu et où il est mort sont sacrés. Voilà ce que j’appelle les « Lieux saints ». La France les a acquis par achat ou par donation au xixe siècle. Si bien que, sur cette île britannique existent de petites enclaves françaises sur lesquelles nous exerçons notre souveraineté. Telle est la tâche principale de notre consul honoraire : entretenir deux maisons et une tombe. — Il est là-bas depuis longtemps ? — Il occupe ces fonctions depuis trente ans. Quand on sait que l’exil de Napoléon a duré six ans, on mesure la sévérité de cette affectation. — Mais qui est ce consul ? Un habitant de l’île naturalisé ? — Pas du tout. Il est picard. C’est un bon Gaulois comme… Il allait dire « vous et moi ». Il se retint. — Une vocation, alors ? — Il faut croire. En tout cas, il ne se plaint pas et n’a jamais demandé à changer. D’ailleurs nous serions bien à la peine pour le remplacer. Avec le temps, il est devenu un grand spécialiste de la vie de Napoléon à Sainte-Hélène. Il a écrit des ouvrages. Il jouit d’une bonne renommée chez les historiens. Les visiteurs qu’il accueille sont enchantés. Aurel trouvait cette conversation instructive mais, après douze heures de vol, elle risquait de ne pas faire longtemps contrepoids au sommeil qui le gagnait. Et il ne voyait toujours pas quel rôle lui était réservé dans cette affaire. S’agissait-il de servir de renfort et de seconder ce consul honoraire ? Il était difficile pourtant d’imaginer qu’il soit débordé. Voulait-on lui demander de l’inspecter ? Il y avait un service pour cela au Quai d’Orsay et Aurel était bien le dernier à qui on eût fait confiance pour vérifier des comptes. Alors quoi ? Il fallait en avoir le cœur net. Il n’avait plus la patience d’attendre. — Pourquoi voulez-vous m’envoyer là-bas ? Car c’est bien ce que vous comptez faire, n’est-ce pas ? Duboisseau tressaillit. Il n’avait pas l’habitude des questions directes. Il semblait passé maître dans l’art tout diplomatique de l’approche circulaire, ondulante, allusive, variante sanctifiée par les grandes écoles de ce qu’en langage courant on appelle : tourner autour du pot. Il reprit contenance, en baissant le nez vers son dossier et en en tirant une feuille qu’il glissa sur le bureau. — Voici en effet votre carte d’embarquement. Aurel vérifia la date et calcula mentalement. — C’est pour demain ? — Demain matin. Il n’y a qu’un avion par semaine pour Sainte-Hélène. Surtout ne le manquez pas. — Et… le retour ? — C’est prématuré. Tout dépend de ce que vous allez découvrir sur place. Emportez tous vos bagages, c’est plus prudent. Aurel eut une pensée pour son déménagement. Ses caisses attendaient en France, faute d’une adresse à laquelle les envoyer. Compte tenu de l’incertitude de sa mission, il n’était pas près de retrouver ses affaires. Et surtout de revoir son piano. — Bon, je pars demain, c’est entendu. Mais, excusez-moi : vous ne m’avez toujours pas dit pour quoi faire. Le consul général posa les coudes sur le bureau et appuya le menton sur ses mains. Il fixait Aurel dans les yeux mais son regard était flou, comme s’il le traversait et visait un point invisible, loin derrière lui. — Cher ami… Mauvais départ ! Quand un diplomate utilise ce mot, il y a tout à parier qu’il va le faire suivre d’une vacherie, généralement du genre méprisant. Mais Duboisseau, contre toute attente, semblait trop désemparé pour se montrer méchant. Et c’est à lui-même qu’il réserva son ironie. — … je ne vous l’ai pas dit parce que je n’en sais rien moi-même. — Vous ne savez pas ce que je vais faire là-bas ? — Pas précisément. Je peux seulement vous dire, en accord avec M. l’ambassadeur, pourquoi nous vous y envoyons. — Ce sera déjà ça. Le consul général recula sa chaise à roulettes et déplia son long corps. Un pan de sa chemise dépassait de sa ceinture. Il devait être sincèrement préoccupé car il n’y prêta pas attention. Il se mit à marcher dans la pièce, atteignit la fenêtre, regarda dehors. En cette mi-novembre, le printemps austral mettait déjà des feuilles aux arbres et des fleurs sur les parterres. Dans ce quartier diplomatique de Pretoria, les villas sont entourées de grands jardins. Tout respire la paix et il est difficile d’imaginer qu’on se trouve dans la capitale d’un des pays les plus dangereux au monde. — Votre réputation vous a précédé, Aurel Timescu. Elle n’est pas bonne, vous le savez. Toujours groggy par le voyage, Aurel sentit une idée comique lui traverser l’esprit. « Est-ce que le Quai d’Orsay aurait décidé de m’exiler à Sainte-Hélène jusqu’à ma mort pour que j’y expie mes fautes ? » — Vous adorez les affaires de crime, de disparition, d’enlèvement. C’est plus fort que vous : vous vous en mêlez même quand cela ne vous regarde pas. Surtout quand ça ne vous regarde pas. Vous vous êtes fait beaucoup d’ennemis à cause de cela. Mais… — Mais ? — Mais il faut reconnaître que vous avez eu la plupart du temps raison. Il est difficile de vous prendre en faute car vous avez dénoué des cas très délicats, et même vos ennemis doivent le reconnaître. — Quel est le rapport avec la situation présente ? Duboisseau vint prestement se rasseoir et se pencha par-dessus le bureau. — Le rapport, c’est que nous avons décidé de changer de méthode. — Nous ? — L’ambassadeur et moi-même. Surtout l’ambassadeur, à vrai dire. Voilà : nous n’allons plus essayer de vous empêcher d’enquêter. Nous allons au contraire vous demander de le faire. C’est dangereux, parce que rien ne vous arrête quand vous tenez une piste, mais tant pis. De toute façon nous n’avons pas le choix. Il avait parlé fort et frappé sur la table avec le plat de la main. Aurel était tout à fait réveillé. — Voici l’affaire. Hubert Bouize, notre consul honoraire à Sainte-Hélène, est introuvable depuis quelques jours. Il y a sur place en ce moment plusieurs groupes de visiteurs français des lieux napoléoniens. Il les a plantés là, ce qui est totalement contraire à ses habitudes. En temps normal, c’est-à-dire quand on lui interdisait de s’y intéresser, ce genre de situation excitait Aurel au plus haut point. Le fait qu’au contraire on lui donne l’ordre d’agir gâchait un peu son plaisir. — Pourquoi moi ? — Qui d’autre ? Nous n’allons pas demander aux Anglais de se mêler de nos affaires. Les Lieux saints sont territoire français, comme nos ambassades. Ils sont à nous, et c’est à nous de nous débrouiller. — Vous n’avez pas de policiers ici que vous pourriez détacher ? — Bien sûr que nous en avons. Mais le G20 va s’ouvrir la semaine prochaine en Afrique du Sud. Ensuite, plusieurs compétitions sportives de niveau mondial se tiendront dans le pays. Nos policiers doivent d’abord s’occuper de la sécurité des délégations et des Français sur place. Je ne sais même pas comment ils vont y arriver. Et de toute façon, à ce stade, nous n’avons aucune idée de ce qui se passe à Sainte-Hélène. Ce n’est pas nécessairement une affaire criminelle. Duboisseau poussa un soupir, comme s’il s’était résigné à l’inévitable. — Vous ferez office de consul là-bas tant que vous n’aurez pas retrouvé Bouize. Mais surtout vous essaierez de savoir ce qui a pu lui arriver. Vous ne rendrez compte qu’à moi, sur la ligne directe. Et vous ne prendrez aucune initiative sans mon feu vert. Vous m’avez bien entendu : aucune initiative. Aurel et le consul général se regardèrent dans les yeux un long moment. Chacun savait à quoi s’en tenir sur le compte de l’autre. Il n’y avait aucune sympathie entre eux. Seulement l’envie de marquer des points dans un jeu où personne n’avait l’intention de respecter les règles..."
Jean-Christophe RUFFIN - La
folie Sainte Hélène
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