Le Trochiscanthe nodiflore [TN]
n°1035 (2026-30)
mardi
28 juillet 2026
"Lettre hebdomadaire" du site "Rencontres
Sauvages"
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Pour regarder et écouter,
"Chaque
fois
que, dans un monastère de Kyôto ou de Nara, l’on
me montre le chemin des lieux d’aisance
construits à la manière de jadis, semi-obscurs
et pourtant d’une propreté méticuleuse, je
ressens intensément la qualité rare de
l’architecture japonaise. Un pavillon de thé est
un endroit plaisant, je le veux bien, mais des
lieux d’aisance de style japonais, voilà qui est
conçu véritablement pour la paix de l’esprit.
Toujours à l’écart du bâtiment principal, ils
sont disposés à l’abri d’un bosquet d’où vous
parvient une odeur de vert feuillage et de
mousse ; après avoir, pour s’y rendre, suivi une
galerie couverte, accroupi dans la pénombre,
baigné dans la lumière douce des shôji et
plongé
dans ses rêveries, l’on éprouve, à contempler le
spectacle du jardin qui s’étend sous la fenêtre,
une émotion qu’il est impossible de décrire. Au
nombre des agréments de l’existence, le Maître
Sôséki comptait, paraît-il, le fait d’aller
chaque matin se soulager, tout en précisant que
c’était une satisfaction d’ordre essentiellement
physiologique ; or, il n’est, pour apprécier
pleinement cet agrément, d’endroit plus adéquat
que des lieux d’aisance de style japonais d’où
l’on peut, à l’abri de murs tout simples, à la
surface nette, contempler l’azur du ciel et le
vert du feuillage. Au risque de me répéter,
j’ajouterai d’ailleurs qu’une certaine qualité
de pénombre, une absolue propreté et un silence
tel que le chant d’un moustique offusquerait
l’oreille, sont des conditions indispensables.
Lorsque je me trouve en pareil endroit, il me
plaît d’entendre tomber une pluie douce et
régulière. Et cela tout particulièrement dans
ces constructions propres aux provinces
orientales, où l’on a ménagé, au ras du
plancher, des ouvertures étroites et longues
pour chasser les balayures, de telle sorte que
l’on peut entendre, tout proche, le bruit
apaisant des gouttes qui, tombant du bord de
l’auvent ou des feuilles d’arbre, éclaboussent
le pied des lanternes de pierre, imprègnent la
mousse des dalles avant que ne les éponge le
sol. En vérité ces lieux conviennent au cri des
insectes, au chant des oiseaux, aux nuits de
lune aussi ; c’est l’endroit le mieux fait pour
goûter la poignante mélancolie des choses en
chacune des quatre saisons, et les anciens
poètes de haïkaï ont dû trouver là des thèmes
innombrables. Aussi n’est-il pas impossible de
prétendre que c’est dans la construction des
lieux d’aisance que l’architecture japonaise
atteint aux sommets du raffinement. Nos
ancêtres, qui poétisaient toute chose, avaient
réussi paradoxalement à transmuer en un lieu
d’ultime bon goût l’endroit qui, de toute la
demeure, devait par destination être le plus
sordide et, par une étroite association avec la
nature, à l’estomper dans un réseau de délicates
associations d’images. Comparée à l’attitude des
Occidentaux qui, de propos délibéré, décidèrent
que le lieu était malpropre et qu’il fallait se
garder même d’y faire en public la moindre
allusion, infiniment plus sage est la nôtre, car
nous avons pénétré là, en vérité, jusqu’à la
moelle du raffinement. Les inconvénients, s’il
faut à tout prix en trouver, seraient
l’éloignement, et l’inconfort qui en résulte
lorsqu’on est obligé de s’y rendre en pleine
nuit, et d’autre part le risque, en hiver, d’y
prendre un rhume ; si toutefois, pour reprendre
un mot de Saitô Ryoku.u, « le raffinement
est chose froide », le fait qu’il règne en
ces lieux un froid égal à celui de l’air libre
serait un agrément supplémentaire. Il me déplaît
souverainement que, dans les toilettes de style
occidental des hôtels, l’on en soit venu à
dispenser la chaleur du chauffage central." Junichirô
TANIZAKI - Eloge de l'ombre |
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![]() Moment d'Aube Courvières (Haut-Doubs), Loge n°5 dimanche 14 juin 2026 ![]()
Courvières (Haut-Doubs), Loge n°5 dimanche 14 juin 2026 ![]()
Courvières (Haut-Doubs), Loge n°5 dimanche 14 juin 2026
Courvières (Haut-Doubs), Loge n°5 dimanche 14 juin 2026
Courvières (Haut-Doubs), Loge n°5 dimanche 14 juin 2026
Courvières (Haut-Doubs), Loge n°5 dimanche 14 juin 2026
Courvières (Haut-Doubs), Loge n°5 dimanche 14 juin 2026
Courvières (Haut-Doubs), Loge n°5 dimanche 14 juin 2026
Courvières (Haut-Doubs), Loge n°5 dimanche 14 juin 2026 ![]() Fleurs d'Ortie Courvières (Haut-Doubs), Loge n°5 dimanche 14 juin 2026
![]() Larve de Coccinelle Courvières (Haut-Doubs), Loge n°5 dimanche 14 juin 2026
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Courvières (Haut-Doubs), Loge n°5 dimanche 14 juin 2026
Courvières (Haut-Doubs), Loge n°5 dimanche 14 juin 2026
Courvières (Haut-Doubs), Loge n°5 dimanche 14 juin 2026
![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Lotier Courvières (Haut-Doubs), Loge n°5 dimanche 21 juin 2026 ![]() ![]() Feuilles de Laitue serriole Courvières (Haut-Doubs), Loge n°5 dimanche 21 juin 2026 ![]() ![]() Gazé sur une fleur de Centaurée Courvières (Haut-Doubs), Loge n°5 dimanche 21 juin 2026 ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Verveine officinale (quel insecte y a pondu ses oeufs ?) Courvières (Haut-Doubs), Loge n°5 dimanche 21 juin 2026 ![]() Chardon penché Courvières (Haut-Doubs), Loge n°5 dimanche 21 juin 2026 ![]() Carotte sauvage Courvières (Haut-Doubs), Loge n°5 dimanche 21 juin 2026 ![]() Knautie à feuilles de cardère Courvières (Haut-Doubs), Loge n°5 dimanche 21 juin 2026 ![]()
![]() La Sylvaine sur un Chardon décapité Courvières (Haut-Doubs), Loge n°5 dimanche 21 juin 2026 ![]() Gesse de Bauhin Courvières (Haut-Doubs), Loge n°5 dimanche 21 juin 2026 ![]() ![]() Moro-Sphinx butinant en vol une fleur de Centaurée (premier essai !) Courvières (Haut-Doubs), Loge n°5 dimanche 21 juin 2026 ![]() ![]() Belle Dame Courvières (Haut-Doubs), Loge n°5 dimanche 21 juin 2026 ![]()
![]() ![]() ![]() La loge Courvières (Haut-Doubs), Loge n°5 dimanche 21 juin 2026 ![]() Courvières (Haut-Doubs), Loge n°5 dimanche 21 juin 2026 |
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"CHAPITRE 1 Il y a des gens qui ne supportent pas le chant des grillons. Cette note unique sur la portée musicale qui accompagne les tourments des nuits insomniaques, rappelant dans son frémissement diffus le monde du dehors et les cauchemars qui viendront, amplifiés démesurément par la nuit. C’est le battement du cœur qui monte de la terre pour interrompre toute quiétude, avec le son crissant d’une lime à métaux. Il n’y a rien de pacificateur dans le chant des grillons, dans son insistante monotonie de rosaire. L’été en montagne ne connaît pas le silence. Une vitalité palpitante résiste à l’approche d’un mois d’août décadent, avec ses nuits qui s’allongent, déjà chargées de rosée. Pour le silence, il faut attendre la ouate neigeuse de l’hiver, le rigor mortis du gel de janvier. Angela s’était elle aussi décidée à s’évader du puits de chaleur de la ville en se soustrayant aux vapeurs de souffle bovin qui y stagnaient et, dès son arrivée à Montepiano, elle eut la sensation de s’être échappée d’une cocotte-minute. Soneri avait loué la maison d’une de ses relations, une petite villa à un étage entourée d’un jardin clos et qui suscitait à première vue un sentiment de discret bien-être. — Alors c’est ici que tu viens donner libre cours à tes fantasmes d’évasion, constata Angela en observant la maison. Le commissaire ne répondit pas. La question était trop délicate et risquait de réanimer de vieilles discussions sur l’hostilité de sa compagne envers ce monde de prés et de forêts dont elle sentait Soneri imprégné, au point de susciter sa jalousie. Cette osmose avec l’environnement lui semblait insondable, tel un secret ou une trahison qui l’exclurait. La fraîcheur qui descendait des hauteurs, semblable à une invisible et silencieuse avalanche, éteignit la controverse. Ils dînèrent dans la véranda tandis que l’ombre des montagnes obscurcissait les champs. Il était si agréable de rester assis dans la douce brise du soir qu’ils n’échangèrent pas une parole. L’oppression de la chaleur s’étant dissipée, ils se sentirent soudain comme remis d’une fièvre. Après le repas, ils firent l’amour avec des tendresses hésitantes. Angela eut un rire en quittant le lit sans la moindre goutte de sueur. — On le fera toujours à sec ! — Pas complètement, répliqua le commissaire. Puis ils s’assirent à nouveau dans la véranda, l’obscurité s’installait déjà et les étoiles faisaient leur apparition. Ce fut alors que s’éleva le chant des grillons. — Je ne vais pas tarder à les trouver insupportables, éclata Angela. Le bruit des voitures, c’est presque mieux. — Ce qui est naturel pour toi, c’est l’artificiel : la ville et sa rumeur. C’est la réaction opposée à celle des paysans qui émigrent en banlieue. — Je suis arrivée à un stade d’évolution supérieur au tien, ironisa Angela. Tu gardes une racine primitive que moi j’ai arrachée. — Les cavernes sont dans les villes. Chacun dans son logis en toutes saisons à communiquer avec des claviers. C’est juste un peu plus confortable. La lune venait de se lever. D’abord une vague lueur derrière la ligne des collines, puis un éclat toujours plus vaste jusqu’à ouvrir une voie lumineuse dans l’habit de deuil du ciel. C’était une lune enceinte, pas encore tout à fait ronde, mais gonflée d’un côté, comme chargée de promesses. Quand elle dépassa la ligne de crête de la montagne, les trilles des créatures des bois commencèrent à se faire entendre et semblèrent venir la saluer. Angela s’agita sur sa chaise. Ensuite, elle s’appuya au dossier et ferma les yeux. Ce fut alors qu’au milieu du chant des grillons, un cri retentit. — Qu’est-ce que c’est ? sursauta-t-elle. Soneri demeura silencieux, le regard braqué sur le profil sombre des montagnes, en attente. Quelques secondes après, un nouveau cri, cette fois plus long et plus fort. Angela prit peur et bondit sur ses pieds, comme si elle devait échapper à une menace imminente. Peu après, des ombres apparurent le long de la rue. Quelqu’un se précipitait par petites courses successives. Puis les pas, indécis, allèrent en s’étouffant dans l’obscurité. La situation était pour le moins ambiguë dans ce silence empli de tension. Ce fut alors qu’un troisième cri retentit, semblable à une plainte déchirante. Il arrivait de loin, d’un pli profond dans la vallée. Il flotta sur la brise jusqu’au village. Une note vibrante d’angoisse, tel le bêlement d’un mouton. C’était ce lointain imprécis qui faisait peur, comme une voix inhumaine échappée d’une fissure de l’écorce terrestre. À ce stade, les doutes n’étaient plus permis. — C’est quelqu’un dans les bois, jugea Angela. Soneri demeurait silencieux, dans une immobilité attentive et tendue de chien à l’arrêt. Tout lui paraissait sinistre et de mauvais augure, tandis que la rue se peuplait du rassemblement spontané qui se forme en cas de malheur. — Tu devrais aller voir, lui suggéra Angela. — Tu as peur ? demanda le commissaire. Cette question lui était venue presque involontairement, comme sortie de son inconscient. Elle fit non de la tête. Soneri ouvrit le portail et se mêla aux autres. Un peu plus loin, la route qui sortait du village côtoyait la forêt descendant en pente douce du mont Corno, une masse de frênes, de rouvres et de charmes avec quelques taches plus claires de châtaigniers qui en mai faisaient ressembler ces hauteurs arrondies à une coiffure de femme avec des mèches. Dans l’obscurité, Soneri reconnut Garzi, le boulanger, et Morini, qu’on surnommait « Puleggia1 » parce qu’il était mécanicien et qu’il était rondouillard, huileux et toujours en mouvement. Quelqu’un avait apporté des torches électriques mais les petits cônes de lumière ne pouvaient rien contre la densité terrible de la nuit. La lune illuminait les clairières isolées de sa lueur métallique. C’était à l’ouïe qu’il fallait se fier dans cette partie de colin-maillard. Les cris continuaient, avec des intervalles de silence. Ils semblaient parfois proches, parfois très lointains. Les courants d’air entre les ravins engendraient des échos trompeurs. Puleggia lança quelques appels en direction du bois qui s’amorçait au bord de la route dans une barrière de ronces hostiles. Garzi avait enjambé le caniveau mais n’osait pas s’aventurer au-delà, retenu par une crainte obscure. Quelques minutes plus tard apparurent des tout-terrain accompagnés de nuages de phalènes virevoltantes. Le maire, Soratti, descendit de l’un d’eux. — Vous avez compris d’où venait la voix ? demanda-t-il en examinant le versant de la montagne tandis que les véhicules orientaient les phares vers les arbres. Puleggia lança un nouvel appel mais seule une chouette attirée par la lumière des voitures lui répondit. L’homme élargit les bras en les laissant retomber le long du corps. Les bois leur faisaient face, hostiles, lieux de traquenards silencieux, d’égarements et de pièges féroces. Garzi, qui venait de faire une incursion vers la montagne au milieu des arbres, fit son retour avec les yeux qui semblaient briller de peur. — On ne voit rien là-dedans, dit-il avec une pointe d’effroi. Ils ne savaient que faire. Les carabiniers arrivèrent eux aussi, attirant dans leur sillage une autre foule de curieux. Le capitaine Gualtieri n’était pas du pays. Il avait dû songer à passer le versant de la montagne au peigne fin mais renonça tout de suite à l’idée. — Appelons les secours en montagne et la protection civile, proposa-t-il. Le maire secoua la tête..."
Valério VARESI - La
peur dans l'âme
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