Le Trochiscanthe nodiflore [TN]
n°1032 (2026-27)
mardi
7 juillet 2026
"Lettre hebdomadaire" du site "Rencontres
Sauvages"
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Pour regarder et écouter,
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme Dans le déroulement infini de sa lame, Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.
Tu te plais à plonger au sein de ton image
;
Vous êtes tous les deux ténébreux et
discrets :
Et cependant voilà des siècles innombrables
Charles
BAUDELAIRE |
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![]() Dans l'ombre Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 vendredi 29 mai 2026 ![]()
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 vendredi 29 mai 2026 ![]() Moment où la loge sert de gnomon Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 vendredi 29 mai 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 vendredi 29 mai 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 vendredi 29 mai 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 vendredi 29 mai 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 vendredi 29 mai 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 vendredi 29 mai 2026 ![]()
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![]() Moment d'Aube
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 31 mai 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 31 mai 2026
![]() Géranium découpé Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 31 mai 2026 ![]() ![]() ![]() ![]() Gesse de Bauhin Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 31 mai 2026 ![]() La loge
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 31 mai 2026 ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Génisses au repos Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 31 mai 2026 ![]() Courvières
(Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 31 mai 2026 [à suivre...]
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"1 Dong, dong, retentit un son étouffé digne d’une cloche vétuste. Reito interrompit son jeu sur son portable et dirigea son regard vers le coin de l’écran LCD. Il était vingt-deux heures passées de quelque cinq minutes. Il fourra son appareil dans la veste de son samue et tourna lentement le cou, produisant un petit craquement sec. Ayant du temps devant lui, il avait escompté jouer quelques instants seulement, mais avait été absorbé pendant plus de vingt minutes. C’était effrayant. Il se leva à moitié et tira légèrement les rideaux. En jetant un œil par l’interstice, il découvrit un homme bien bâti qui se dressait, seul, vêtu d’une veste de sport, à côté d’une lanterne de pierre tōrō qui luisait faiblement. Les cheveux courts et la physionomie austère, il devait avoir une cinquantaine d’années. Reito enfila ses baskets sur le tataki, prit un petit sac en papier qu’il avait préparé, ouvrit la porte coulissante et quitta le bureau d’accueil du sanctuaire. À la vue de Reito, l’homme debout, à l’extérieur, afficha une mine surprise. — Monsieur Toshiaki Saji ? interrogea Reito. — Certes… Reito inclina la tête. — Bonsoir. Je vous attendais. M. Saji dirigea sur Reito un regard qui semblait l’évaluer. — C’est donc toi, le nouveau ? — Oui. Je m’appelle Naoi. À partir de ce mois-ci, je serai de garde auprès du camphrier. Enchanté de faire votre connaissance. — La personne responsable du sanctuaire me l’a déjà expliqué, oui. Il paraît que vous êtes de la même famille. — Je suis son neveu. — Je vois. Comment tu t’appelles, déjà ? — Naoi. Reito Naoi. — Naoi, hein. Je m’en souviendrai. Le visage de M. Saji, qui scrutait celui de Reito, se teintait de curiosité. Sans doute souhaitait-il savoir en détail comment un jeune homme bien sous tous rapports en était venu à occuper ce poste. Rien n’interdisait à Reito de lui raconter son histoire, mais celle-ci s’annonçait longue. — Monsieur Saji, dit Reito d’une voix affectée en lui tendant son sachet en papier. Voici vos bougies. Elles se consument en deux heures environ. Cela vous convient-il ? — Oui. J’aurai terminé vers minuit, comme d’habitude. — Avez-vous des allumettes ? — J’en ai apporté, tout va bien. — Dans ce cas, prenez toutes les précautions lorsque vous les manipulerez. — Je sais, on me le dit chaque fois. — Veuillez m’excuser. Sur ce, je vous laisse. Prenez garde à vos pieds. Monsieur Saji, je prie de tout mon cœur pour que votre esprit atteigne le camphrier. Il était enfin parvenu à articuler avec fluidité cette tirade qu’il peinait auparavant à sortir sans se mordre la langue. — Merci. M. Saji appuya sur l’interrupteur de sa lampe torche. Il tourna le dos à Reito et se mit lentement en marche. Ses pas l’emmenèrent vers un fourré dans le coin droit de l’enceinte du sanctuaire. En poursuivant un peu sa route, il trouverait une pancarte, invisible dans l’obscurité, sur laquelle était écrit : Chemin rituel. Derrière débutait un sentier étroit et entouré de végétation. Reito regagna le bureau où il prit une lampe torche à son tour, saisit une chaise pliante adossée contre un mur et ressortit. Alors qu’il s’apprêtait à la placer juste devant l’entrée et à s’y asseoir, quelque chose bougea en périphérie de son champ de vision. Surpris, il dirigea son regard dans cette direction. Une forme grise remuait dans le bosquet, au fond de l’enceinte. Un chat errant ? Non, c’était plus gros. Une silhouette humaine, sans aucun doute. À en juger par ses mouvements, synchrones avec les vacillements de la lumière, il semblait que ses pieds avançaient à la lueur d’un bâton lumineux. Qui cela pouvait-il bien être, à une heure pareille ? Il ne pouvait s’agir d’un voleur : aucun objet de valeur, pas même une boîte à offrandes, ne se trouvait dans l’enceinte de ce sanctuaire qui n’en possédait que le nom. Reito s’approcha, lampe éteinte, en prenant garde à ne pas faire le moindre bruit. La silhouette s’était immobilisée vers l’endroit où M. Saji avait disparu, autrement dit, juste devant l’entrée du chemin menant au camphrier, comme si elle épiait le fond des fourrés. De dos dans son pull à capuche clair, elle était de petite taille et ne prêtait aucune attention à ce qui pouvait se passer derrière elle. — Que faites-vous ici ? interpella Reito avant d’allumer sa lampe torche. La petite silhouette laissa échapper un cri et fit volte-face, pétrifiée. C’était une jeune femme. Son visage était fin, mais ses yeux écarquillés faisaient forte impression. Manifestement éblouie par la lampe torche, elle tendit la paume de sa main devant son visage. — Qui êtes-vous ? Reito baissa légèrement le faisceau. — Que faites-vous ici ? La jeune femme prit une petite inspiration, comme si elle s’apprêtait à dire quelque chose, mais aucun mot ne sortit de sa bouche. — Vous êtes une connaissance de M. Saji ? Elle restait figée, comme gelée sur place. — Vous ne pouvez pas emprunter ce chemin comme bon vous semble, à cette heure-ci. Si vous voulez prier, il faut d’abord faire une… À cet instant, la jeune femme s’élança à petites foulées sans mot dire, comme si elle cherchait à s’enfuir. La lumière d’un smartphone éclairait ses pieds. Elle l’utilisait manifestement en guise d’éclairage. Son comportement était clairement suspect, mais lui courir après pour l’interroger serait exagéré. C’était une jeune femme ; il risquait de s’attirer des ennuis. Reito revint sur ses pas et s’assit à nouveau sur sa chaise. Il sortit son téléphone de sa poche intérieure et commença à regarder un film de science-fiction. De temps en temps, il relevait la tête de son écran pour observer les environs, mais aucun autre intrus ne fit son apparition. La jeune femme de tout à l’heure était, semblait-il, rentrée chez elle. Un peu avant minuit, Toshiaki Saji apparut à l’orée du bosquet. Reito se leva et s’approcha de lui. — J’ai fini, dit M. Saji. — Formidable. — J’ai une réservation pour demain, également. Je compte sur toi. — Je vous attendrai. Faites attention à vous sur le chemin du retour. Il hésitait : devait-il lui parler de la jeune femme de tout à l’heure ? Finalement, il se tut. M. Saji lui souhaita bonne nuit et s’en fut. Reito se mit à arpenter le sentier rituel vers le camphrier au fond du fourré en éclairant ses pieds à l’aide de sa lampe torche. Pris en étau au milieu de la végétation, le chemin était à peine assez large pour permettre à deux personnes de se croiser. Une fois le bois traversé, l’horizon s’ouvrait tout à coup, révélant une créature colossale. Il s’agissait en vérité d’un camphrier. Cet arbre gigantesque devait mesurer cinq mètres de diamètre et plus de dix de haut. Les épaisses et innombrables branches s’étirant en méandres dans sa partie supérieure avaient l’aspect d’énormes serpents entremêlés. La première fois qu’il l’avait vu, il était resté muet, écrasé par sa présence. Ses grosses racines solidement attachées au sol sinuaient, tortueuses. Tout en prenant garde à ne pas trébucher, Reito contourna le tronc par la gauche. Sur le flanc du grand arbre s’ouvrait un trou si large qu’un adulte aurait facilement pu s’y glisser s’il s’était un peu penché. Reito y pénétra avec précaution. À l’intérieur du tronc se trouvait un espace semblable à une caverne, large de près de trois tatamis. Une partie des murs en bois était creuse, formant une étagère d’environ cinq centimètres de large. On la disait façonnée par la main de l’homme, mais nul ne savait celle de qui. Sur l’étagère était posé un chandelier. Reito l’avait placé là avant l’arrivée de M. Saji. Les bougies ainsi disposées ne mesuraient plus qu’un pauvre centimètre de haut et leurs mèches étaient éteintes. Juste devant le chandelier, on avait déposé une enveloppe blanche mentionnant des “frais de chandelles”. Il en vérifia le contenu : un billet de dix mille yens y était glissé. Eh bien, dix mille yens pour des bougies, songea Reito. Les valaient-elles vraiment ? Pour certains, peut-être, après tout. Il glissa l’enveloppe dans la poche de son vêtement, souleva le chandelier et, après s’être assuré que les alentours n’avaient rien d’inhabituel, sortit. Sans y penser, il leva les yeux vers le ciel et aperçut une lune ronde y flotter. Elle s’arrondissait depuis la nuit dernière, s’approchant d’un beau cercle parfait. Le lendemain, elle serait enfin pleine. Il regagna le bureau et fit du rangement. Une fois le gros du travail terminé, il tourna son regard vers le petit réfrigérateur, mais se retint d’y prendre une canette de chūhai fraîche. Un réveil matinal l’attendait. Après s’être brossé les dents puis lavé le visage au petit lavabo de la pièce de vie, il éteignit la lumière et s’emmitoufla dans son futon. Cette longue journée était enfin terminée. Il sentait que, dès qu’il fermerait les paupières, il sombrerait aussitôt dans le sommeil. Tandis que son esprit s’engourdissait, un doute naïf affleura en lui. Est-ce vraiment la réalité ? Ne se réveillerait-il pas dans un tout autre lieu, en se demandant ce qui avait bien pu se passer ? Dire qu’à peine un mois auparavant il se trouvait dans un endroit radicalement différent, à la couchette encore moins confortable que celle-ci. Rien d’étonnant à cela : il dormait alors dans une cellule de commissariat..."
Keigo HIGASHINO - Le
gardien du camphrier
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