Le Trochiscanthe nodiflore [TN]

n°1031 (2026-26)

mardi 30 juin 2026

"Lettre hebdomadaire" du site "Rencontres Sauvages"
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Claudio MONTEVERDI - Si dolce I tormento

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Nuits de juin

L’été, lorsque le jour a fui, de fleurs couverte
La plaine verse au loin un parfum enivrant ;
Les yeux fermés, l’oreille aux rumeurs entrouverte,
On ne dort qu’à demi d’un sommeil transparent.

Les astres sont plus purs, l’ombre paraît meilleure ;
Un vague demi-jour teint le dôme éternel ;
Et l’aube douce et pâle, en attendant son heure,
Semble toute la nuit errer au bas du ciel.

Victor HUGO, Les rayons et les ombres



Nouveau poster pour La Margotte
Hiver et printemps 2026


 
Gökotta photographique
  Loge n°5


Chardonneret élégant
et Bergeronnette grise
Un brocard et un renard passent...
Floraison des Narcisses

Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
fin-mai 2026

Deux matins



Les foins...
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 24 mai 2026



Moment d'Aube
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 24 mai 2026

6h51
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 24 mai 2026


Bergeronnette grise
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 24 mai 2026

Bergeronnette grise
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 24 mai 2026

Dans l'ombre...
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 24 mai 2026

Chardonneret élégant
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 24 mai 2026



Pinson des arbres mâle
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 24 mai 2026

Chardonneret élégant
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 24 mai 2026




A travers la végétation...
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 24 mai 2026

Toilette
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 24 mai 2026



Envol
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 24 mai 2026



Renard
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 24 mai 2026




Milan royal
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 24 mai 2026



Pissenlit et punaise
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 24 mai 2026



Charançon de l'ortie

Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 24 mai 2026



Narcisse des poètes
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 24 mai 2026

La loge
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 24 mai 2026



Moment d'Aube
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
lundi 25 mai 2026



6h51
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
lundi 25 mai 2026



Brocard
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
lundi 25 mai 2026



Dans les foins...
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
lundi 25 mai 2026



Renard
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
lundi 25 mai 2026



Chardonneret élégant
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
lundi 25 mai 2026



Bergeronnette grise
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
lundi 25 mai 2026














Salsifis des prés
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
lundi 25 mai 2026




Punaise arlequin
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
lundi 25 mai 2026













Narcisse des poètes
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
lundi 25 mai 2026





La loge
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
lundi 25 mai 2026











Génisses au repos
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
lundi 25 mai 2026

 


Suggestion de lecture :

"27 août 2018

D’un écrivain et de son œuvre, on peut au moins savoir ceci : l’un et l’autre marchent ensemble dans le labyrinthe le plus parfait qu’on puisse imaginer, une longue route circulaire, où leur destination se confond avec leur origine : la solitude.

Je quitte Amsterdam. Malgré ce que j’y ai appris, j’ignore toujours si je connais mieux Elimane ou si son mystère s’est épaissi. Je pourrais convoquer ici le paradoxe de toute quête de connaissance : plus on découvre un fragment du monde, mieux nous apparaît l’immensité de l’inconnu et de notre ignorance ; mais cette équation ne traduirait encore qu’incomplètement mon sentiment devant cet homme. Son cas exige une formule plus radicale, c’est-à-dire plus pessimiste quant à la possibilité même de connaître une âme humaine. La sienne ressemble à un astre occlus ; elle magnétise et engloutit tout ce qui s’en rapproche. On se penche un temps sur sa vie et, s’en relevant, grave et résigné et vieux, peut-être même désespéré, on murmure : sur l’âme humaine, on ne peut rien savoir, il n’y a rien à savoir.

 Elimane s’est enfoncé dans sa Nuit. La facilité de son adieu au soleil me fascine. L’assomption de son ombre me fascine. Le mystère de sa destination m’obsède. Je ne sais pas pourquoi il s’est tu quand il avait encore tant à dire. Surtout, je souffre de ne pouvoir l’imiter. Croiser un silencieux, un vrai silencieux, interroge toujours le sens – la nécessité – de sa propre parole, dont on se demande soudain si elle n’est pas un emmerdant babil, de la boue de langage.

Je vais fermer ma gueule et te suspendre ici, Journal. Les récits de l’Araignée-mère m’ont épuisé. Amsterdam m’a vidé. La route de solitude m’attend.


I

Aux auteurs africains de ma génération, qu’on ne pourrait bientôt plus qualifier de jeune, T.C. Elimane permit de s’étriper dans des joutes littéraires pieuses et saignantes. Son livre tenait de la cathédrale et de l’arène ; nous y entrions comme au tombeau d’un dieu et y finissions agenouillés dans notre sang versé en libation au chef-d’œuvre. Une seule de ses pages suffisait à nous donner la certitude que nous lisions un écrivain, un hapax, un de ces astres qui n’apparaissaient qu’une fois dans le ciel d’une littérature.

Je me souviens d’un des nombreux dîners que nous avions passés en compagnie de son livre. Au milieu des débats, Béatrice, la sensuelle et énergique Béatrice Nanga dont j’espérais qu’elle m’asphyxie un jour entre ses seins, avait dit toutes griffes dehors que les œuvres des vrais écrivains seules méritaient qu’on débatte à couteaux tirés, qu’elles seules échauffaient les sangs comme un alcool de race et que si, pour complaire à la mollesse d’un consensus invertébré, nous fuyions l’affrontement passionné qu’elles appelaient, nous ferions le déshonneur de la littérature. Un vrai écrivain, avait-elle ajouté, suscite des débats mortels chez les vrais lecteurs, qui sont toujours en guerre ; si vous n’êtes pas prêts à caner dans l’arène pour remporter sa dépouille comme au jeu du bouzkachi, foutez-moi le camp et allez mourir dans votre pissat tiède que vous prenez pour de la bière supérieure : vous êtes tout sauf un lecteur, et encore moins un écrivain.

J’avais soutenu Béatrice Nanga dans sa charge flamboyante. T.C. Elimane n’était pas classique mais culte. Le mythe littéraire est une table de jeu. Elimane s’y était assis et avait abattu les trois plus puissants atouts dont on pût disposer : d’abord, il s’était choisi un nom à initiales mystérieuses ; ensuite, il n’avait écrit qu’un seul livre ; enfin, il avait disparu sans laisser de traces. Il valait, oui, qu’on mît son nez en jeu pour s’emparer de sa dépouille.

Si on pouvait douter qu’ait réellement existé, à une époque, un homme appelé T.C. Elimane, ou se demander si ce n’était pas là le pseudonyme qu’un auteur s’était inventé pour se jouer du milieu littéraire ou s’en sauver, nul, en revanche, ne pouvait mettre en doute la puissante vérité de son livre : celui-ci refermé, la vie vous refluait à l’âme avec violence et pureté.

Savoir si, oui ou non, Homère a eu une existence biographique demeure une question passionnante. À la fin, cependant, elle change peu de chose à l’émerveillement de son lecteur ; car c’est à Homère, qui ou quoi qu’il fût, que ce lecteur rend grâce d’avoir écrit L’Iliade ou L’Odyssée. De la même façon, peu importait la personne, la mystification ou la légende derrière T.C. Elimane, c’était à ce nom que nous devions l’œuvre qui avait changé notre regard sur la littérature. Peut-être sur la vie. Le Labyrinthe de l’inhumain : ça s’intitulait comme ça, et nous allions à ses pages comme les lamantins vont boire à la source.

À l’origine, il y avait une prophétie et il y avait un Roi ; et la prophétie dit au Roi que la terre lui donnerait le pouvoir absolu mais réclamerait, en échange, les cendres des vieillards, ce que le Roi accepta ; il se mit aussitôt à brûler les aînés de son royaume, avant de disperser leurs restes autour de son palais où, bientôt, poussa une forêt, une macabre forêt, qu’on appela le labyrinthe de l’inhumain.


II

Comment nous étions-nous rencontrés, ce livre et moi ? Par hasard, comme tout le monde. Mais je n’oublie pas ce que l’Araignée-mère m’a dit : un hasard n’est jamais qu’un destin qu’on ignore. Ma première lecture du Labyrinthe de l’inhumain remonte à une date très récente, un peu plus d’un mois. Dire qu’Elimane m’était tout à fait inconnu avant cette lecture serait pourtant faux : au lycée, déjà, je connaissais son nom. Il figurait dans le Précis des littératures nègres, une de ces increvables anthologies qui, depuis l’ère coloniale, servaient d’usuels de lettres aux écoliers d’Afrique francophone.

C’était en 2008, classe de première, dans un internat militaire situé au nord du Sénégal. La littérature commençait à m’attirer et je formais le rêve adolescent de devenir poète ; ambition tout à fait banale quand on découvrait les plus grands d’entre eux et qu’on vivait dans un pays que hantait toujours l’encombrant spectre de Senghor ; un pays, donc, où le poème demeurait l’une des plus fiables valeurs à la coterie des séductions. C’était l’époque où les filles se draguaient aux quatrains, mémorisés ou composés.

Je commençai par conséquent à me perdre dans les anthologies poétiques, les dictionnaires de synonymes, de mots rares, de rimes. J’en commis d’affreuses, qui ponctuaient de branlants hendécasyllabes pleins de « larmes blettes », de « ciels déhiscents », de « hyalines aurores ». Je pastichais, parodiais, plagiais. Je feuilletais avec frénésie mon Précis des littératures nègres. Et c’est là que, pour la première fois, à côté des classiques des lettres noires, entre Tchichellé Tchivéla et Tchicaya U Tam’si, je tombai sur le nom, inconnu, de T.C. Elimane. Le commentaire qui lui était consacré était si singulier dans l’anthologie que je m’attardai sur sa lecture. Ça disait (j’ai gardé mon manuel) :

T.C. Elimane est né au Sénégal. Il obtint une bourse d’études, vint à Paris et y publia, en 1938, un livre dont le destin a été frappé au coin de la singularité tragique, Le Labyrinthe de l’inhumain.

Et quel livre ! Le chef-d’œuvre d’un jeune nègre d’Afrique ! Du jamais vu en France ! En naquit une de ces querelles littéraires dont ce pays seul a le secret et le goût. Le Labyrinthe de l’inhumain compta autant de soutiens que de détracteurs. Mais alors que la rumeur promettait à l’auteur et à son livre de prestigieux prix, une ténébreuse affaire littéraire brisa leur envol. L’œuvre fut vouée aux gémonies ; quant au jeune auteur, il disparut de la scène littéraire.

La guerre éclata ensuite. Nul n’a plus eu de nouvelles de ce T.C. Elimane depuis la fin de l’année 1938. Son sort reste un mystère malgré d’intéressantes hypothèses (sur cette question on lira par exemple avec profit le bref récit de la journaliste B. Bollème, Qui était vraiment le Rimbaud nègre ? Odyssée d’un fantôme, Éditions de la Sonde, 1948). Éclaboussé par la polémique, l’éditeur retira le livre des ventes et détruisit tous ses stocks. Le Labyrinthe de l’inhumain ne fut plus jamais réédité. L’ouvrage est aujourd’hui introuvable.

Redisons-le : cet auteur précoce avait du talent. Peut-être du génie. Il est regrettable qu’il l’ait dédié à la peinture du désespoir : son livre, trop pessimiste, alimentait la vision coloniale d’une Afrique de ténèbres, violente et barbare. Un continent qui avait déjà tant souffert, qui souffrait et souffrirait encore, était endroit d’attendre de ses écrivains qu’ils donnassent de lui une image plus positive.

Ces lignes me jetèrent aussitôt sur la piste de poussière d’Elimane, ou plutôt, sur la piste de son fantôme. Je passai les semaines suivantes à essayer d’en savoir plus sur son destin, mais Internet ne m’apprit rien que le manuel ne m’eût déjà dit. Il n’existait aucune photo d’Elimane. Les rares sites qui l’évoquaient le faisaient de manière si allusive que je compris bientôt qu’ils n’en savaient pas plus que moi. Tous ou presque parlaient d’un « auteur africain honteux de l’entre-deux-guerres » sans dire en quoi, précisément, consistait sa honte. Je ne parvins pas non plus à être mieux renseigné sur l’œuvre. Je ne trouvai aucun témoignage qui l’abordât dans le fond ; aucune étude ou thèse qui lui fût consacrée.

J’en parlai à un ami de mon père, qui enseignait la littérature africaine à l’université. Il me dit que l’éphémère vie d’Elimane dans les lettres françaises (il insista bien sur « françaises ») n’avait pas permis la découverte de son œuvre au Sénégal. « C’est l’œuvre d’un dieu eunuque. On a parfois parlé du Labyrinthe de l’inhumain comme d’un livre sacré. La vérité est qu’il n’a engendré aucune religion. Plus personne ne croit à ce livre. Personne n’y a peut-être jamais cru. »

Ma situation dans cet internat militaire perdu en brousse limitait mes recherches. Je les arrêtai et me résignai à cette vérité simple et cruelle : Elimane avait été effacé de la mémoire littéraire, mais aussi, semblait-il, de toutes les mémoires humaines, y compris celles de ses compatriotes (mais il est bien connu que ce sont les compatriotes qui vous oublient toujours les premiers). Le Labyrinthe de l’inhumain appartenait à l’autre histoire de la littérature (qui est peut-être la vraie histoire de la littérature) : celle des livres perdus dans un couloir du temps, pas même maudits, mais simplement oubliés, et dont les cadavres, les ossements, les solitudes jonchent le sol de prisons sans geôliers, balisent d’infinies et silencieuses pistes gelées.

Je me détachai de cette triste histoire et retournai écrire des poèmes d’amour avec mes vers bancals.

Tout compte fait, ma seule découverte majeure fut, sur un obscur forum du web, la longue première phrase du Labyrinthe de l’inhumain, comme si elle était l’unique rescapée de son anéantissement soixante-dix ans plus tôt : À l’origine, il y avait une prophétie et il y avait un Roi ; et la prophétie dit au Roi que la terre lui donnerait le pouvoir absolu mais réclamerait, en échange, les cendres des vieillards, etc...."


Mohamed MBOUGAR SARR - La plus secrète mémoire des hommes


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