Le Trochiscanthe nodiflore [TN]
n°1017 (2026-12)
mardi
24 mars 2026
"Lettre hebdomadaire" du site "Rencontres
Sauvages"
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Voi
che
sapete che cosa è amor, Vous
Mesdames
qui savez de quoi est fait l'amour, WA
Mozart - Les noces de Figaro Pour
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![]() Au lever du jour... Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 mercredi 21 janvier 2026 ![]() 8h48 Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 mercredi 21 janvier 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 mercredi 21 janvier 2026 ![]()
Coucher de lune et
givre
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 8 février 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 8 février 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 8 février 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 8 février 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 8 février 2026 ![]()
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![]() La loge Givre Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot dimanche 8 février 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 22 février 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 22 février 2026
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot vendredi 27 février 2026
Bergeronnette grise
![]() 8h43 Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 8 mars 2026 ![]() Pigeon ramier
Courvières
(Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 8 mars 2026 ![]() ![]() ![]() Rosée Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 8 mars 2026 ![]() ![]() Petite tortue Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 8 mars 2026 ![]() ![]() Drave printanière Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 8 mars 2026 ![]() Potentille
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 8 mars 2026 ![]() Crocus Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 8 mars 2026 [à suivre...] |
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"Undr Voici ce qu'écrit Adam de Brème : .…. « De tous les pays
limitrophes du désert qui se déploie sur l’autre rive du
Golfe, au-delà des terres où procrée le cheval sauvage, le
plus remarquable est celui des Urniens. L'incertaine ou
fabuleuse information donnée par les marchands, les risques
du voyage et les déprédations des nomades firent que je ne
pus jamais atteindre leur territoire. Je suis pourtant
certain que leurs villages, précaires et isolés, se trouvent
dans les basses terres de la Vistule. À ces informations d'ordre
général j’ajouterai la relation de mon entretien avec
l'Islandais UIf Sigurdarson, homme aux propos austères et
mesurés. Nous nous rencontrâmes à Upsala, près du temple. Le
feu de bois s'était éteint ; les fentes entre les lattes
disjointes de la paroi laissèrent pénétrer le froid et
l’aube. Au-dehors sans doute devait-on voir sur la neige les
traces prudentes des loups gris qui dévorent la chair des
païens sacrifiés aux trois dieux. Notre conversation avait
débuté en latin, comme il est d'usage entre clercs, mais
nous ne tardâmes pas à passer à la langue nordique qui se
pratique de la lointaine Thulé jusqu'aux marchés de l’Asie.
L'homme déclara : Sur la place suivante je
vis un poteau rouge avec un cercle. Orm me dit de nouveau
que c'était la Parole. Je le priai de me la dire. Il se
borna à me répondre qu'il n’était qu'un modeste artisan et
qu'il ne la connaissait pas. Les gardes me firent
reculer au fond de la pièce. Un homme prit ma place et resta
debout. Il pinça les cordes de la harpe comme pour les
accorder et il répéta à voix basse la parole que j'aurais
voulu comprendre et que je ne compris pas. Quelqu'un dit
avec révérence : Maintenant cela ne veut plus rien dire. Je fis quelques pas. Une main me retint par l'épaule. On me dit :
Je lui répondis :
Il hésita un instant et reprit :
Hâtons-nous, car ta vie est en danger. Je te cacherai dans ma maison, où l’on n’osera pas venir te prendre. Si les vents sont favorables, tu t’'embarqueras demain matin en direction du Sud. C’est ainsi que commença une aventure qui allait durer tant d’hivers . Je ne raconterai pas ses vicissitudes et n'essaierai pas de me rappeler la logique de ses péripéties. Je fus tour à tour rameur, marchand d'esclaves, bûcheron, détrousseur de caravanes, chanteur, sourcier, prospecteur de minerais. Je fus aux travaux forcés pendant un an dans des mines de mercure, où l’on perd ses dents. Je pris du service avec des hommes venus de Suède dans la garde de Mikligarthr (Constantinople). Au bord de la mer d’Azov, je fus aimé par une femme que je n’oublierai pas ; je la quittai, ou elle me quitta, ce qui revient au même. Je fus trahi et je trahis. Plus d’une fois le destin m'’obligea à tuer. Un soldat grec me provoqua en duel et me fit choisir entre deux épées. L'une avait un empan de plus que l’autre. Je compris qu'il cherchait à m'’effrayer et je choisis la plus courte. Il me demanda pourquoi. Je lui répondis que de mon poing à son cœur la distance était la même. Sur une rive de la mer Noire se trouve l'épitaphe runique que je gravai pour mon compagnon Leiïif Arnarson. J'ai combattu avec les Hommes Bleus de Serkland, les Sarrasins. Au cours du temps j'ai été plusieurs personnes, mais ce tourbillon ne fut qu’un long rêve. L'essentiel était la Parole. Il m'arriva de douter d'elle. Je me dis et redis qu'il était absurde de renoncer à ce jeu magnifique qui consiste à combiner entre eux des mots magnifiques et que se mettre en quête d’un mot unique, peut-être illusoire, était insensé. Ce raisonnement fut vain. Un missionnaire me proposa le mot Dieu, que je rejetai. Un certain matin, au bord d’un fleuve s’élargissant en mer, je crus avoir enfin la révélation de ce que je cherchais. Je retournai au pays des
Urniens, où j'eus du mal à retrouver la maison du chanteur.
Je m'exécutai du mieux que je pus et lui donnai force détails que j'omets ici. Il m'interrompit avant que j'aie terminé :
Sa question me prit au dépourvu.
J'obéis à son ordre. Puis il y eut un long silence.
Il prononça le mot Undr qui veut dire merveille. Je me sentis transporté par le chant de cet homme qui se mourait tandis que dans son chant, dans l'accord qu'il plaquait je voyais mes propres travaux, la jeune esclave qui me fit connaître le premier amour, les hommes que je tuai, les aubes frissonnantes, l'aurore sur les eaux, les courses à force de rames. Je pris la harpe et je chantai une parole différente.
Jorge Luis BORGES - Le
livre de sable
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