Le Trochiscanthe nodiflore [TN]
n°1007 (2026-02)
mardi
13 janvier 2025
"Lettre hebdomadaire" du site "Rencontres
Sauvages"
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Pour regarder et écouter,
"Ne laisse pas le jour finir sans avoir
grandi un peu,
Carpe Diem – Walt WHITMAN |
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![]() Pinson du nord mâle Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot samedi 22 novembre 2025 ![]()
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot samedi 22 novembre 2025 ![]() Moineau domestique femelle Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot samedi 22 novembre 2025
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot samedi 22 novembre 2025
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot samedi 22 novembre 2025
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot dimanche 23 novembre 2025
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Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot dimanche 23 novembre 2025
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot samedi 13 décembre 2025
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot dimanche 14 décembre 2025
Pinson du nord
femelle
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot vendredi 26 décembre 2025 |
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"14 De l'endroit où il était assis, Joe Leaphorn voyait par une fenêtre la forme étrange de la Montagne du Ute qui Dort et, par une autre, le Casino Ute à quinze cents mètres environ en contrebas. S'il regardait droit devant lui, il pouvait observer Louisa et Conrad Becenti, son interprète. Ils étaient assis à une table à jouer et ils mettaient une nouvelle bande magnétique à leur appareil d'enregistrement. Derrière eux, sur un sofa en plastique bleu vif, contre le mur, était assise une femme immensément vieille et frêle appelée Bashe Lady, avec sa petite-fille rondelette, âgée d'une quarantaine d'années, et une gamine d'environ douze ans qu'il supposa être l'arrière-petite-fille. Leaphorn lui-même était perché sur une chaise à dossier étroit, et perché là depuis beaucoup trop longtemps, sans fin perceptible en vue. Seules Bashy Lady semblaient prendre plaisir à cette séance : la vieille femme visiblement très fière de l'attention dont elle était l'objet, et Louisa dans son rôle de chasseuse de mythes satisfaite de sa récolte. Leaphorn luttait contre le sommeil, et les autres occupantes du sofa présentaient le visage de personnes ayant déjà entendu tout cela, bien trop souvent. Ils venaient d'écouter Bashy Lady leur raconter qu'elle était née dans le groupe Mogche des Utes du Sud mais qu'elle s'était mariée dans le groupe Kapot. Ce point une fois réglé, elle avait pratiquement passé l'heure suivante à relater avec enthousiasme à Louisa l'histoire des origines de ces deux groupes. L'intérêt de Leaphorn avait résisté une trentaine de minutes, surtout maintenu par les connaissances techniques du professeur Bourebonette : les questions qu'elle choisissait pour mener son interview et la façon dont elle s'assurait qu'elle comprenait la traduction de Becenti. Il était en partie en Ute, en partie Navajo et vraisemblablement en partie autre chose. Il avait suivi les cours de mythologie dispensés par Louisa à Arizona Nord et semblait avoir conservé cette attitude de crainte et d'admiration mêlées que nourrissent les étudiants à l'égard de leurs professeurs. Leaphorn se tortilla sur son siège pour trouver une position un peu moins inconfortable. Il regarda un camion qui tractait un fourgon à chevaux se garer sur le parking du Casino Ute, vit ses occupants humains mettre pied à terre et prendre la direction des tables de jeux, remarqua une longue colonne de véhicules qui se traînait lentement vers le sud sur l'US 666 ; ce bouchon était causé par un semi-remorque plateau en surcharge, transportant ce qui semblait être une plate-forme de forage. Il en vint à se demander si la campagne orchestrée par les intégristes catholiques pour faire remplacer le numéro de cette voie de circulation, qui correspondait au « chiffre de la bête », par quelque chose de moins épouvantable (certains avaient suggéré de retourner les panneaux afin d'obtenir 999) avait le moindre effet sur la clientèle du casino. Probablement pas. Puis il tenta de deviner comment les dirigeants de l'établissement résolvaient le problème des jetons qui avaient dû être prélevés sur les tables de roulette quand les lumières s'étaient éteintes durant le vol. Ils en avaient sans doute emprunté un jeu différent à un autre casino. Mais l'inconfort que lui causait le bois de la chaise chassa cette pensée. Il changea de position, se prépara à se lever, tendit la main vers son verre vide... dans l'intention de s'éclipser vers la cuisine sans se montrer impoli. Pas de chance. L'arrière-petite-fille le regardait depuis un moment et, apparemment, cherchait une excuse pour s'échapper. Elle se leva d'un bond et vint se poster devant lui.
Il reprit sa position et, à ce moment précis, la conversation devint intéressante.
Becenti posa la question. Bashe Lady répondit par un discours incompréhensible pour Leaphorn, à l'exception des références aux Couteaux Rouges, qui était le surnom donné par les Utes aux Navajos honnis. Au début, cela ne l'avait pas ennuyé. Après tout, le cérémonial guérisseur des Navajos se référait aux Utes pour symboliser les ennemis du peuple, et les l'expression que les Hopis utilisaient pour désigner les Navajos était « Briseurs de Crânes », impliquant que ses lointains ancêtres tuaient les gens en les frappant avec des pierres. Mais cela faisait maintenant à peu près deux heures qu'il entendait l'interprète débiter des remarques peu flatteuses sur le dine. Ça commençait à l'agacer..."
Tony HILLERMAN - Blaireau
se cache
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