Trochiscanthe nodiflore [TN]
n°1030 (2026-25)
mardi
23 juin 2026
"Lettre hebdomadaire" du site "Rencontres
Sauvages"
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![]() Brume sur la loge Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 vendredi 22 mai 2026 ![]() Moment d'Aube Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 vendredi 22 mai 2026
![]() 7h00 Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 vendredi 22 mai 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 vendredi 22 mai 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 vendredi 22 mai 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 vendredi 22 mai 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 vendredi 22 mai 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 vendredi 22 mai 2026
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![]() Chant Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 vendredi 22 mai 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 vendredi 22 mai 2026
Début des foins !
![]() Géranium découpé Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 samedi 23 mai 2026 ![]() ![]() ![]() ![]() Graines de Pissenlit Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 samedi 23 mai 2026 ![]() ![]() Géranium des bois Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 samedi 23 mai 2026 ![]() Azuré sp. Courvières
(Haut-Doubs), loge n° 5
samedi 23 mai 2026 ![]() Pisaure et sa proie Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 samedi 23 mai 2026 ![]() ![]() Sedum sp. Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 samedi 23 mai 2026 ![]() ![]() ![]() ![]() Foins Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 samedi 23 mai 2026 ![]() ![]() ![]() Génisses au repos
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 samedi 23 mai 2026 [à suivre...] |
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"I.
Le Puant – Maman, le Puant arrive ! s’exclama le jeune Louis, le nez collé à la fenêtre. Jeanne, qui couvait la cuisinière, aperçut Narcisse Rognard, le chasseur de loups. Elle s’essuya rapidement les mains sur son tablier, se signa et se précipita à l’étable. – Claude ! Le Puant est sur le chemin. Claude-Auguste marmonna. L’homme était en avance et il n’avait pas fini de s’occuper de ses bestiaux. Il demanda à sa femme d’accueillir le chasseur et de lui servir du vin chaud. Claude-Auguste donna une fourche de bonne paille et deux de foin à ses animaux, puis il leur offrit quelques betteraves et de gros choux cuits par la neige qu’il avait glanés dans les champs malgré le froid. Cela faisait déjà quatre jours qu’il ne laissait plus ses animaux aller seuls à l’abreuvoir, pendant qu’il changeait leur litière, à cause du loup. La présence de la bête le tracassait. Il regarda son tas de foin, l’air pensif. Les sourires d’avril étaient encore loin. Louis, le visage toujours plaqué contre la vitre, ne quittait plus le chasseur des yeux. Il avait entendu parler du Puant à plusieurs reprises, mais jamais il ne l’avait vu. Un homme de grande taille, robuste, vêtu d’un ample manteau et d’un large chapeau qui lui cachait la moitié du visage. Une hotte, bourrée de peaux de bêtes, ballottait dans son dos au rythme de ses pas. Un pas assuré, qui foulait la neige en tourbillon en laissant une trace profonde. Comme guidé par son flair de sauvage, il avançait vers la maison en abandonnant derrière lui des bandes de brouillard opaques qui s’aiguisaient à la lumière de la neige. Louis se réfugia près de la cheminée lorsque l’ombre du chasseur captura la clarté à la fenêtre. Les clous de ses bottes crissèrent sur la pierre du seuil avant qu’il ne frappât. Le Rouquin, le chien de la maison, rejoignit Louis près du feu et se mit à trembler de tous ses membres, comme le jour où le loup avait attaqué le troupeau. Louis le caressa tout en regardant sa mère se précipiter pour ouvrir. – Bonjour bonnes gens ! salua le Puant en poussant les ténèbres, le froid et un fumet infect de gibier devant lui. Il tapa ses chaussures sur le sol pour en retirer la neige, enleva son chapeau et se baissa pour entrer. Le Rouquin aboya. Jeanne le fit taire tout en s’emparant du manteau et du chapeau du Puant pour les déposer hors du poêle, en raison de l’odeur. – Claude termine à l’étable, il va arriver. Venez vous réchauffer. – C’est pas de refus, par ce temps. Le Puant s’approcha de l’âtre en regardant Louis, dont les yeux avaient la couleur indigo des voyages. Le garçon était comme son chien, paralysé, mais tout autant fasciné par le collier que portait le vieil homme. Un bijou de chasse fait de griffes de buses, de pattes de fouines, de défenses de sangliers, d’oreilles de renards et de dents de loups avec qui celui-là avait eu maille à partir. Il croisa le regard du vieux chasseur qui lui posa la main sur le crâne. – Un tueur de loups, tu en bâilles bleu, mon p’tit gars ! ricana le Puant qui détourna une chaise pour s’asseoir. Louis n’arrivait plus à détacher son regard de celui du chasseur. Un regard de loup, d’un bleu azuré à faire pâlir celui du ciel. Un regard qui, comme la malbête, devait voir la nuit. Louis avait entendu dire que le Puant mangeait les yeux des animaux qu’il tuait pour acquérir leur excellente vision nocturne. Louis était effrayé, mais il l’auscultait. Un visage buriné par la vie au grand air, caressé et mordu par les vents, brûlé par le soleil et le froid. Un visage marqué de forêts, de voyages, des villages où on le demandait. Louis le trouvait beau avec sa fierté d’homme respecté, admiré, et cela malgré la longue cicatrice qui boursouflait sa joue droite jusqu’à la narine en soulevant sa moustache. Il contemplait aussi ses grandes mains aux articulations noueuses qu’il frottait lentement devant les flammes pour se réchauffer. Il les déplaça pour saisir le verre de vin chaud que ricana le Puant qui détourna une chaise pour s’asseoir. Louis n’arrivait plus à détacher son regard de celui du chasseur. Un regard de loup, d’un bleu azuré à faire pâlir celui du ciel. Un regard qui, comme la malbête, devait voir la nuit. Louis avait entendu dire que le Puant mangeait les yeux des animaux qu’il tuait pour acquérir leur excellente vision nocturne. Louis était effrayé, mais il l’auscultait. Un visage buriné par la vie au grand air, caressé et mordu par les vents, brûlé par le soleil et le froid. Un visage marqué de forêts, de voyages, des villages où on le demandait. Louis le trouvait beau avec sa fierté d’homme respecté, admiré, et cela malgré la longue cicatrice qui boursouflait sa joue droite jusqu’à la narine en soulevant sa moustache. Il contemplait aussi ses grandes mains aux articulations noueuses qu’il frottait lentement devant les flammes pour se réchauffer. Il les déplaça pour saisir le verre de vin chaud que Jeanne venait de lui offrir et Louis sentit qu’il se détendait.
Claude-Auguste arriva en raclant ses sabots sur le sol.
– Salut Narcisse !
Ce dernier se mit à rire en montrant ses dents cassées et jaunies par le tabac.
– Sacré Clauguste, t’es bien le seul à m’appeler ainsi.
Claude-Auguste esquissa un sourire tout en se servant un verre de vin.
– Tu ne voudrais quand même pas que je te dise des grands « monsieur Rognard » comme ces coquins de lieutenants de louveterie ? – Point donc ! Propres par-devant, puants par-derrière, et plus de gueule devant le loup… glosa le Puant dont le rire taquinait la cicatrice qui fendait sa joue.
Jeanne et son fils regardaient le chasseur avec, en eux, cette peur profonde qui envahissait quotidiennement les familles paysannes face à l’anxiété et à la précarité de la vie. Évoquer le loup ravivait les souvenirs des récits rapportés par les anciens sur l’animal lors des longues soirées d’hiver. Jeanne, qui avait perdu un frère mordu par un loup enragé ou un chien sauvage – nul ne l’avait su –, ne sortait plus depuis quatre jours. Une peur que Narcisse Rognard sentait comme il reniflait celle des hommes qui l’accompagnaient lorsqu’il chassait le loup, celle de l’animal traqué, blessé. Une peur qu’il connaissait bien avec son odeur de sueur fétide qui dilatait les narines avant de donner la nausée. Elle l’avait mordu un jour de décembre, quelques jours avant Noël, et si fort qu’il lui avait fallu rassembler tout son courage pour l’abattre avant le loup qui dévorait son visage, et ainsi échapper à la mort. Une expérience hors du commun, unique, à la frontière de l’au-delà, et qui l’avait fait devenir l’individu qu’il était aujourd’hui. On ne survivait pas à l’agression d’un vieux loup solitaire affamé sans devenir un autre homme. Un animal qui l’avait attaqué par-derrière, renversé et mordu sévèrement au visage. Rognard avait hurlé tout en donnant un coup de reins pour se redresser. L’animal, surpris, affaibli par plusieurs semaines de jeûne, avait lâché prise quelques secondes avant de saisir le bras de sa victime, arrachant la manche de son manteau, de sa chemise, découvrant une chair déjà ensanglantée. Rognard n’avait pas tiré sur son bras, cherché à fuir. Il s’était jeté de tout son poids sur la bête, l’enserrant par le cou dans un corps à corps avant de lui saisir la patte avant gauche pour l’amener à lui jusqu’à ce qu’elle rompît, qu’il entendît les os craquer. C’était à ce moment qu’il avait croisé le regard du vieux loup, qu’il avait vu la mort miroiter dans ses yeux comme le soleil sur un morceau de verre. Le reflet de cette mort qu’il devait donner pour sauver sa vie et qui ne l’avait jamais quitté depuis. Il se souvenait avoir englouti l’oreille de la bête dans sa bouche, serré les mâchoires, mêlé son sang au sien. Le vieux loup avait desserré l’étau sur son bras et, malgré la douleur, Rognard avait pu s’emparer de son poignard et, visant le cou, l’enfoncer jusqu’à la garde dans la gorge de la bête en le tournant dans la plaie. Le vieux loup avait gémi, faibli. Rognard était resté couché sur le flanc de l’animal jusqu’à la fin, jusqu’à ce que son agonie se perdît dans la mort, puis il s’était relevé lentement, couvert de sang, perclus de douleurs. Il avait regardé la bête sans fierté, habité par quelque chose d’étrange qui venait, lui avait-il semblé, du tréfonds d’elle-même. Il avait bu une copieuse rasade de gnôle avant de suspendre le vieux loup à une branche par les membres antérieurs. Il l’avait éventré, vidé de ses entrailles pour récupérer la peau. La tête tranchée, il en avait extrait les yeux et les canines pour enrichir le collier qu’il portait comme un talisman. Oui, c’était bien depuis ce combat à mains nues avec ce vieux loup qu’il savait tuer et que tous le respectaient et l’admiraient..."
Roger FAINDT - Le
chant du loup
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