Le Trochiscanthe nodiflore [TN]

n°1029 (2026-24)

mardi 16 juin 2026

"Lettre hebdomadaire" du site "Rencontres Sauvages"
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GRISSINI PROJECT - Princesse Mononoke

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Retour des beaux jours

Il est temps pour les abeilles

D’essaimer la vie

Auteur inconnu


 
Au bord de l'eau
Foulque macroule, abeille, libellules...

La Rivière-Drugeon et Bouverans (Haut-Doubs)
mai 2026



Dans l'ombre
La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs), au bord du Drugeon
vendredi 1er mai 2026


Foulque macroule
La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs), au bord du Drugeon
vendredi 1er mai 2026




Toilette
La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs), au bord du Drugeon
vendredi 1er mai 2026

Toilette
La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs), au bord du Drugeon
vendredi 1er mai 2026


Etirement
La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs), au bord du Drugeon
vendredi 1er mai 2026

Dans la végétation
La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs), au bord du Drugeon
vendredi 1er mai 2026





Sur le barrage
La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs), au bord du Drugeon
vendredi 1er mai 2026


Bergeronnette grise
La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs), au bord du Drugeon
vendredi 1er mai 2026


Foulque macroule
La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs), au bord du Drugeon

vendredi 1er mai 2026



L'étang
La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs), au bord du Drugeon
vendredi 22 mai 2026



Foulque s'ébrouant au milieu des moucherons

La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs), au bord du Drugeon
vendredi 22 mai 2026



Essais en "flou-filé"
La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs), au bord du Drugeon
lundi 25 mai 2026

Foulque (en "flou-filé")
La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs), au bord du Drugeon
lundi 25 mai 2026

Abeille domestique s'abreuvant (au pied de mon affût !)
La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs), au bord du Drugeon
lundi 25 mai 2026



Abeille domestique à sa toilette
La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs), au bord du Drugeon
lundi 25 mai 2026



Lézard des Murailles mâle et Petite Tortue
La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs), au bord du Drugeon
lundi 25 mai 2026



Agrion sp.
La Rivière-Drugeon (Haut-Doubs), au bord du Drugeon
lundi 25 mai 2026



Géranium Herbe-à-Robert
Bouverans (Haut-Doubs), Entonnoir
vendredi 29 mai 2026



Géranium des bois
Bouverans (Haut-Doubs), Entonnoir
vendredi 29 mai 2026



Caloptérix éclatant mâle
Bouverans (Haut-Doubs), Entonnoir
vendredi 29 mai 2026



Caloptérix éclatant mâle
Bouverans (Haut-Doubs), Entonnoir
vendredi 29 mai 2026



Caloptérix éclatant femelle (?)
Bouverans (Haut-Doubs), Entonnoir
vendredi 29 mai 2026



Véronique germandrée
Bouverans (Haut-Doubs), Entonnoir
vendredi 29 mai 2026



Saintfoin - Esparcette à feuilles de Vesce - Onobrychis viciifolia
Bouverans (Haut-Doubs), Entonnoir
vendredi 29 mai 2026



Aubépine
Bouverans (Haut-Doubs), Entonnoir
vendredi 29 mai 2026



Accouplement de Punaise arlequin
Bouverans (Haut-Doubs), Entonnoir
vendredi 29 mai 2026



Polémoine bleue (à fleur bleue)
Bouverans (Haut-Doubs), au bord du Drugeon
vendredi 29 mai 2026




Polémoine bleue (à fleur blanche)
Bouverans (Haut-Doubs), au bord du Drugeon
vendredi 29 mai 2026



Bouverans (Haut-Doubs), au bord du Drugeon
vendredi 29 mai 2026

 


Suggestion de lecture :

"Dalva

7 avril 1986, 4 h du matin – Santa Monica

Aujourd’hui, ou plutôt hier, il m’a dit qu’il importait de ne pas accepter la vie comme une approximation brutale. Je lui ai répondu que les gens de ce quartier ne parlaient pas comme ça. La luciole qui vole maintenant près de moi dans le noir devient toutes les lucioles que j’ai jamais vues. Je suis sur le divan ; à mon réveil j’ai cru entendre des voix au bord de la rivière, un bras de la Niobrara où, vêtue d’une robe blanche, j’ai été baptisée avec ma sœur. Un garçon a crié Serpent d’eau, et le prédicateur a dit Passe ton chemin, ô serpent, ce qui nous a tous fait rire. Le serpent s’est éloigné dans le courant, puis les chants ont commencé. Ici, il n’y a pas de rivière dans les environs. J’allume la lampe au-dessus du divan et constate qu’il n’est plus là. Malgré l’heure tardive j’entends le chuintement des pneus d’une voiture sur la route de la côte. Il y a toujours des voitures. La fille en maillot de bain vert a été renversée sept fois avant que la dernière voiture ne l’envoie bouler dans le fossé. Selon l’autopsie, elle avait pris un mélange d’héroïne et de cocaïne californiennes. Son maillot de bain était de la même couleur que le blé d’hiver dans mon souvenir, un vert presque phosphorescent à la fonte des neiges. C’était si bon de voir une autre couleur sur la terre, en dehors de l’herbe marron, de la neige blanche et des arbres noirs. Maintenant, entre deux voitures, j’entends l’océan ; et la brise qui soulève les rideaux bleu pâle apporte une odeur marine semblable à celle de ma peau. Je suis plutôt heureuse, même si je vais sans doute devoir déménager après toutes ces années, sept en fait. J’ai une éraflure à la cuisse, on dirait une brûlure superficielle, à cause de sa moustache. Quand il m’a proposé de raser celle-ci, je lui ai répondu qu’il serait perdu sans elle. Ma réponse l’a mis en colère, comme si sa vanité ne dépendait que d’un attribut aussi dérisoire qu’une moustache. Bien sûr, il n’écoutait pas mes paroles, mais toutes les résonances imaginaires qu’elles suscitaient en lui. Lorsque j’ai éclaté de rire, il s’est mis à arpenter la pièce d’un pas furieux, seulement vêtu de son caleçon qui flottait sur ses fesses. C’était plutôt chaleureux et amusant, mais quand il a voulu me saisir aux épaules pour me secouer, je lui ai dit de rentrer à son hôtel et de se branler devant la glace jusqu’à ce qu’il ait vraiment envie d’être à nouveau avec moi. Là-dessus, il est parti.

 Je croyais écrire ceci à mon fils au cas où je ne le verrais jamais et s’il m’arrivait quelque chose, pour que ces mots lui disent qui est sa mère. Mon ami d’hier soir m’a rétorqué : Et s’il n’en vaut pas la peine ? Cela ne m’était jamais venu à l’esprit. J’ignore où il se trouve et je ne l’ai jamais vu, sinon quelques instants après sa naissance. Je n’ose me mettre à sa recherche, car je ne suis pas certaine qu’il connaisse mon existence. Ses parents adoptifs ne lui ont peut-être jamais dit qu’il a été adopté. Il s’agit moins d’un problème sentimental que d’un projet laissé en plan, le désir de rencontrer quelqu’un que je n’ai pas vraiment le droit de connaître. Mais faire la connaissance de ce fils parachèverait cette liberté que les hommes de mon entourage semblent considérer comme un dû. Et puis, mon fils me cherche peut-être ?


Je m’appelle Dalva. C’est un prénom assez étrange pour une femme originaire du nord du Middle West, mais l’explication en est simple. Le frère aîné de mon père céda à l’esprit de révolte et à l’attrait des magazines d’aventures ; il se fit marin sur des navires marchands, chercheur d’or et de métaux précieux, et enfin géologue. Vers la fin de la Grande Dépression, Paul écumait l’intérieur du Brésil ; il dilapida à Rio presque tout son argent, puis revint à la ferme avec quelques cadeaux, dont un disque 78 tours des sambas de l’époque. L’une de ces sambas – en portugais, bien sûr – s’intitulait Estrella Dalva, soit « Etoile du Matin », et mes parents adorèrent cette chanson. Naomi, ma mère, m’a raconté que par les chaudes soirées d’été mon père et elle mettaient le fameux disque sur le Victrola, puis dansaient sur toute la longueur de l’immense véranda de la ferme. Avant de disparaître à nouveau, mon oncle Paul leur avait appris les pas de ce qu’il croyait être la samba.

 Je songe brusquement qu’on ne peut connaître un homme qu’à travers ses intentions. Quand mon père et ma mère se sont rencontrés, puis courtisés dans les années 30, leurs intentions étaient claires ; tous deux appartenaient à des familles qui vivaient de la terre depuis quatre générations, et leur objectif consistait à se marier pour perpétuer des traditions qui avaient procuré un bonheur raisonnable à leurs prédécesseurs. Cela ne sous-entend certes pas qu’il s’agissait d’êtres frustes vêtus de salopette et de robe sac en guingan. Il y avait plusieurs milliers d’acres de maïs et de blé, des taureaux Hereford, des cochons et même un modeste abattoir qui à une certaine époque avait fourni en bœuf de première qualité certains restaurants des lointains Chicago, Saint Louis et Kansas City. Les carnets que Mère a conservés contiennent des relations de leurs voyages à Chicago, La Nouvelle-Orléans, Miami, et une fois à New York, la ville préférée de ma mère. Il y a une photo de mon père pendant la Seconde Guerre mondiale, alors qu’il était pilote de chasse basé en Angleterre ; on le voit avec trois messieurs devant le bureau d’enregistrement des Herefords à Hereford, en Angleterre. Avec son chapeau fantaisie, l’on dirait l’une des premières photos de Howard Hughes. Comme le répète volontiers Naomi : « Nous avons ça dans le sang », et l’instabilité de mon père se manifestait par sa passion pour les avions. Loin d’être appelé sous les drapeaux, il rempila dans l’aviation pendant la guerre de Corée, car il voulait apprendre à piloter les chasseurs à réaction. Entre cinq et neuf ans j’ai donc connu mon père, et je n’ai pas encore épuisé les souvenirs de ces années-là. Beryl Markham a rapporté que, lors de son escale à Tunis, tandis qu’elle retournait en Europe dans son petit avion, elle avait rencontré une prostituée qui voulait rentrer dans son pays, mais qui ne savait pas où se trouvait celui-ci, car on l’avait arrachée à ses parents à l’âge de sept ans. Elle savait seulement que chez elle il y avait de grands arbres et que parfois il faisait froid.

 Mais je ne suis pas de ces gens innombrables qui vivent et se nourrissent du souvenir, considèrent le passé et l’avenir comme un espace ou une sphère indépendants que nous pouvons visiter à notre guise, plutôt que comme un continuum de la vie que nous avons déjà vécue et que nous allons vivre. Quel homme était réellement mon père ? Les gènes fournissent la plus ténue des continuités.

À la ferme nous possédions un petit avion, un Stinson Voyager. Le dimanche, quand le temps le permettait, nous faisions un tour dans le ciel. Si, malade, j’avais manqué l’école, mon père m’assurait que je me sentirais mieux, voire que je serais guérie, quand nous aurions atterri ; et je le croyais. J’aimais voir, sur les bancs de sable du Missouri, les oiseaux aquatiques s’envoler en nuées, puis se poser à nouveau au passage de notre ombre immense.

 Ce qui me peine, c’est l’amertume terrifiante et irréductible de l’existence, celle par exemple que j’ai observée de près chez certains amis, et surtout chez ma sœur qui considère son âge adulte comme une prison polaire bien qu’elle vive à Tucson. Elle n’a jamais beaucoup aimé sortir de chez elle. Elle habite une belle maison décorée en gris et blanc, adossée aux monts Catalina dont elle n’a jamais foulé les pentes. Hier, alors que je marchais sur la plage, j’ai pensé à elle. Quelqu’un avait bombé le mot MENACE sur les bancs de Palisades Park, sur les marches qui descendaient vers la mer et sur une passerelle au-dessus de la route. J’ai arrêté de compter à vingt. Par chance, la plupart des cinglés n’ont pas l’énergie d’un Charles Manson. Je me suis intéressée à quelqu’un qui pouvait passer toute une nuit à bomber le mot MENACE face à l’océan Pacifique. Ce vandale incarne peut-être l’aspect sombre de ma sœur. Je n’ai jamais compris comment les gens riches peuvent se sentir si épuisés et victimisés. Elle se laisse chahuter comme un bouchon de part et d’autre de cette ligne qu’elle prend pour l’insupportable présent, mais elle m’a pourtant surprise en mars dernier, à Pâques, quand ma mère et moi lui avons rendu visite. Je lui ai demandé comment il était possible de vivre sans jamais nommer les choses, sans le moindre nom. À ce moment-là elle attendait le seul et unique verre qu’elle s’autorisait quotidiennement à six heures.

Pourquoi ne pas t’abstenir pendant six jours et boire sept verres le dimanche ? s’est enquise Naomi.

Ma mère ne recule devant aucune des formes que peut prendre la vie.

Ça te ferait une vraie fête.

Ma sœur restait assise là, les yeux fixés sur son martini qu’elle allait faire durer une heure, à penser aux noms, comme sur le point de prononcer la phrase qui, ma mère et moi le savions, ne viendrait jamais. Ruth s’est installée au piano afin de jouer un exercice de Mozart que ma mère aimait et qui servait aussi de signal pour que je commence à préparer le dîner.

Les noms sont aujourd’hui un fardeau pour les gens, a dit ma mère. Peut-être l’ont-ils toujours été. Parle-moi de ton dernier amant.

Michael travaille au département d’histoire de Stanford. Il a entendu parler de nos journaux voici quelques années, et l’automne dernier, dans le Nebraska, il a retrouvé ma trace, puis m’a suivie jusqu’à Santa Monica. Il se prend au sérieux et pèse une dizaine de kilos de trop. Il a tendance à s’exprimer sur le ton de la conférence ; il te débitera par exemple une histoire de la nourriture au dîner, une histoire de la pluie s’il pleut. Il est incollable sur toutes les atrocités qui ont eu lieu depuis la nuit des temps. Il est brillant sans être trop vaniteux. C’est un mauvais amant, mais j’aime bien sa compagnie.

Je trouve ça absolument parfait. J’ai toujours eu un faible pour les hommes un peu loufoques. Quand ils essaient de ressembler aux vedettes de cinéma, ils deviennent vite fatigants. J’ai eu une passade avec un ornithologue parce que j’aimais sa manière de grimper aux arbres, de remonter les torrents ou de patauger dans les étangs pour prendre des photos…

Ma mère a soixante-cinq ans.


Nous n’avions pas remarqué que la musique s’était interrompue, mais Ruth se tenait juste derrière nous à la porte de la cuisine. Grand-père, qui était à moitié sioux oglala, l’appelait Oiseau Timide Qui Fuit À Tire-d’Aile. Bien qu’ayant seulement un huitième de sang sioux, Ruth ressemble de plus en plus à une Sioux en vieillissant ; c’est sans doute le calme qu’elle a imposé autour d’elle qui me donne cette impression.

Je crois que tu as raison pour les noms. Pense à « voiture », « maison », « piano », « repas », « prêtre ».

Nous étions prêtes à écouter le flot de paroles qui ne jaillissait qu’une fois par jour quand nous lui rendions visite.

Nous avons toujours été des méthodistes déchus, mais j’ai rencontré un prêtre et nous parlons de l’amour et de la mort, de l’art et de Dieu, bref de noms auxquels je crois. Ce prêtre ne travaille pas dans une église, mais dans une œuvre de bienfaisance au service des Indiens ; je sens et je sais qu’il me considère en partie comme une âme charitable. Il adore conduire la voiture que Ted m’a envoyée pour Noël.

Ted est l’ancien mari de Ruth, dont elle est séparée depuis quinze ans, le père de son fils, un homme qui a découvert à vingt-huit ans que, sans l’ombre d’un doute, il était homosexuel. Née quatre ans avant la mort de Père en Corée, Ruth a perdu les deux principaux hommes de sa vie à cause des soubresauts de l’histoire et de la sexualité. Ted et Ruth se sont rencontrés à l’école de musique Eastman, où ils avaient l’intention de devenir célèbres dans le monde de la musique, elle comme pianiste, lui en qualité de compositeur..."


Jim HARRISON - Dalva


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