Le Trochiscanthe nodiflore [TN]
n°1028 (2026-23)
mardi
9 juin 2026
"Lettre hebdomadaire" du site "Rencontres
Sauvages"
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![]() Moment d'Aube Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 vendredi 8 mai 2026 ![]()
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 vendredi 8 mai 2026 ![]()
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 vendredi 8 mai 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 vendredi 8 mai 2026
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Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 vendredi 8 mai 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 vendredi 8 mai 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 vendredi 8 mai 2026 ![]()
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![]() Courvières
(Haut-Doubs), loge n° 5
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 vendredi 8 mai 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 vendredi 8 mai 2026
Linotte mélodieuse
femelle
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 samedi 9 mai 2026
Grive draine
7h00 - sous l'affût
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 samedi 16 mai 2026 ![]() ![]() Brocard (à petit bois)
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 samedi 16 mai 2026 ![]() ![]() ![]() Il broute... Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 samedi 16 mai 2026 ![]() ... poursuivi par un Brocard (plus gros !)
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 samedi 16 mai 2026 ![]() ![]() ![]() Le "petit" Brocard repasse... Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 samedi 16 mai 2026 ![]() ![]() ... toujours poursuivi par le "gros" Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 samedi 16 mai 2026 ![]() ![]() Rougequeue noir femelle Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 samedi 16 mai 2026 ![]() ![]() ![]() ![]() Sous la pluie... Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 samedi 16 mai 2026 ![]() ![]() ![]()
![]() ![]() Eclaircie ! Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 samedi 16 mai 2026 ![]() ![]() ![]() ![]() Moment d'Aube Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 17 mai 2026 ![]()
![]() 7h00 - sous l'affût Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 17 mai 2026 ![]() ![]() ![]() Mésange charbonnière (mâle), dans l'ombre Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 17 mai 2026 ![]() ![]() ![]()
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 17 mai 2026 ![]() ![]() ![]() ![]() Toilette Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 17 mai 2026 ![]() ![]() Chardonneret élégant Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 17 mai 2026 ![]()
![]() ![]() ![]() Géranium des Pyrénées Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 17 mai 2026 ![]() ![]() Rosée Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 17 mai 2026 ![]()
![]() Drave printanière (en fruit) Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 17 mai 2026 ![]() ![]() Charançon de l'Ortie Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 17 mai 2026 ![]() ![]() ![]()
![]() La loge Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 17 mai 2026 ![]() ![]() ![]() Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 17 mai 2026 [... à suivre] |
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"LE RÊVE DU CONQUÉRANT
Le rêve commence donc le 8 février 1517, quand Bernai Diaz aperçoit pour la première fois, du pont du navire, la grande cité blanche maya que les Espagnols nommeront le « Grand Caire ». Puis, le 4 mars 1517, quand il voit venir vers le navire « dix canots très grands, qu'on appelle des pirogues, pleins d'Indiens naturels de cette ville, qui voguaient à la voile et à la rame ». C'est la première rencontre du soldat Bernai Diaz avec le monde mexicain. Le rêve peut commencer, encore libre de toute peur, de toute haine. « Sans aucune crainte ils vinrent, et un peu plus d'une trentaine d'entre eux montèrent sur le navire, et nous leur donnâmes à chacun d'eux un assortiment de pierres vertes, et ils restèrent longtemps à examiner les navires ». L'étonnement est alors des deux côtés. Bernai Diaz et ses compagnons s'étonnent de la grandeur des villes, de la beauté des temples et de la laideur des idoles mayas, ces « monceaux de serpents de grande taille, et autres peintures d'idoles d'apparence maléfique et, tout autour d'une sorte d'autel, couvert de sang, et en d'autres parties des idoles, ils avaient comme des sortes de croix, toutes peintes, et nous nous émerveillâmes de cela comme de choses qu'on n'avait encore jamais vues ni entendues.». Les Indiens, eux, s'étonnent de l'apparence des étrangers. Ils leur demandent s'ils viennent « de là où naît le soleilet ils racontent alors pour la première fois cette légende dont, plus tard, le capitaine Cortés et ses hommes sauront tirer profit légende « que leur avaient dite leurs ancêtres, et selon laquelle devaient venir des gens de là où naît le soleil, pour régner sur eux. Le rêve, au commencement, c'est aussi comme dans toute genèse les étrangers donnent les noms aux terres, aux baies, aux îles, aux embouchures des fleuves; boca de Ténninos, rio Grijalva, montagne San Martin, isla de Sacrijicios. On demande l'or. Déjà, c'est l'or qui est la « monnaie » du rêve. Et les Indiens, qui ont l'intuition des dangers attachés à la possession de ce métal, éloignent les étrangers en leur disant seulement « Colua, Colua », et « Mexico, Mexico.Comme plus tard, les Caribes parleront du Pérou. Il y a aussi la première entrevue des Espagnols avec les émissaires de Moctezuma, le roi de Mexico. Ici aussi, l'on sent commencer le rêve de la conquête et de la destruction de l'empire aztèque; l'on sent le destin du peuple mexicain. Au bord du grand fleuve, les ambassadeurs de Moctezuma sont assis sur leurs nattes, à l'ombre des arbres. Ils attendent. Derrière eux, il y a les guerriers armés de leurs arcs et de leurs haches d'obsidienne, portant les grandes bannières blanches. Quand les Espagnols arrivent, les prêtres aztèques les saluent comme des dieux, en faisant brûler de l'encens. Puis les ambassadeurs leur donnent les présents que Moctezuma envoie aux étrangers. A cause des bannières blanches, le fleuve désormais portera le nom de rio de Banderas, c'est-à-dire, rivière des Drapeaux.
Ainsi commence cette Histoire, par cette rencontre entre deux rêves le rêve d'or des Espagnols, rêve dévorant, impitoyable, qui atteint parfois l'extrême de la cruauté; rêve absolu, comme s'il s'agissait peut-être de tout autre chose que de posséder la richesse et la puissance, mais plutôt de se régénérer dans la violence et le sang, pour atteindre le mythe de l'Eldorado, où tout doit être éternellement nouveau. D'autre part, le rêve ancien des Mexicains, rêve tant attendu, quand viennent de l'est, de l'autre côté de la mer, ces hommes barbus guidés par le Serpent à plumes Quetzalcoatl, pour régner à nouveau sur eux. Alors, quand les deux rêves se rencontrent, et les deux peuples, tandis que l'un demande l'or, les richesses, l'autre demande seulement un casque, afin de le montrer aux grands prêtres et au roi de Mexico, car, disent les Indiens, il ressemble à ceux que portaient leurs ancêtres, autrefois, avant de disparaître. Cortés donne le casque, mais il demande qu'on le lui rapporte plein d'or. Quand Moctezuma vit le casque, « dès lors, dit Bernai Diaz, il tint pour certain que nous étions ceux qui, selon ce qu'avaient dit ses ancêtres, devaient régner sur cette terre ». La tragédie de cet affrontement est tout entière dans ce déséquilibre. C'est l'extermination d'un rêve ancien par la fureur d'un rêve moderne, la destruction des mythes par un désir de puissance. L'or, les armes modernes et la pensée rationnelle contre la magie et les dieux l'issue ne pouvait pas être autre. Bernai Diaz le sait, et malgré le recul du temps, il ne peut s'empêcher parfois de montrer son amertume, ou son horreur devant ce qui a été détruit. La « Conquête » a parfois l'accent d'une épopée, mais, le plus souvent, Bernai Diaz dit ce qu'elle fut réellement: la lente, difficile et irrésistible progression d'une destruction, la mise à sac de l'empire mexicain, la fin d'un monde. Il n'est pas étonnant que l'Histoire véridique de la Conquête de la Nouvelle-Espagne ait été pendant si longtemps un livre maudit, et jugé infamant pour la gloire du Conquérant Hernàn Cortés. Car le livre de Bernai Diaz del Castillo est fait de ce double élan d'une part, dire la vérité des guerres de la Conquête, sans cacher le moindre détail, sans essayer la moindre flatterie. Cela, c'est le règlement de comptes de Bernai Diaz, le soldat inculte « les idiots illettrés comme moi dit-il avec les historiens de cour comme Gomarra qui ont encensé Hernàn Cortés. D'autre part, il cherche à revivre, en l'écrivant, son rêve le plus ancien. De ces deux motifs, il n'y a pas de doute que c'est le deuxième qui l'emporte chez Bernai Diaz. Certes, il est irrité par les erreurs des historiens chroniqueurs de la Conquête, par leur complaisance et leur maniérisme; de même qu'il est irrité par le parti pris de Bartolomé de Las Casas, l'évêque des Chiapas, auteur du pamphlet qui fera connaître la « légende noire » de la Conquête par un petit livre lu dans toute l'Europe la Très brève relation de la destruction des Indes. La simplicité, voire le goût de la simplification de Bernai Diaz, lui font détester les excès. Son parti pris, à lui, est en effet des plus simples. Lorsque Cortés entreprend de faire la conquête des territoires mexicains, il n'agit pas pour luimême, mais au nom de la couronne d'Espagne. Ce n'est donc pas à lui, simple soldat, de juger les actes de son capitaine, sauf parfois pour protester avec mauvaise humeur quand on veut faire de Cortés un héros désintéressé, ou quand Cortés lui-même semble oublier ses anciens compagnons d'armes. Quand Cortés, par exemple, orne son blason de l'orgueilleuse devise adressée au roi « Moi, pour vous servir, sans égal », Bernat Diaz rectifie lui-même, et ses compagnons ont aidé leur capitaine à « gagner cette gloire, cet honneur et cet état. Mais ce goût de la vérité, et cette réaction de mauvaise humeur devant les historiens de Cour n'auraient pas suffi à faire-du soldat un écrivain. Il y a autre chose. Quand il commence à écrire cette chronique, Bernai Diaz est à la fin de sa vie. La plupart des acteurs de cette épopée sont morts, certains durant les batailles contre les Indiens, d'autres de maladies, ou de vieillesse. Hernân Cortés luimême, le marquis de la Vallée, après avoir connu des revers politiques, et la disgrâce, est mort d'une mort sans grandeur, frappé d'apoplexie à la suite d'un affront la rupture des fiançailles de sa fille, abandonnée par un jeune noble castillan. Il est- mort le 2 décembre 1547, en Espagne, loin des terres mexicaines. Seules ses cendres seront transportéesjusqu'en Nouvelle-Espagne, pour être enterrées à Coyoacan. Les autres Conquérants sont morts aussi: Pedro de Alvarado, celui que les Indiens, à cause de sa beauté, avaient surnommé Tonatiu, le Soleil, Cristobal de Olid, le Conquérant du Michoacan, que Bernal Diaz compare à Hector, Sandoval, Francisco de Montejo, le Conquérant du Yucatan, Luis Marin, Cristobal de Olea, le « très valeureux soldatqui sauva la vie de Cortés au prix de la sienne; mort aussi le monde qu'ils conquirent, disparu, entraîné dans le néant. Comme sont morts les derniers rois de l'Anahuac, Moctezuma, Cacamatzin, Cuitlahuatzin, Cuauhtemoc, emportant avec eux le secret de la grandeur, la beauté de la légende. Mort, le monde indien, avec ses villes plus belles que Salamanque ou Venise, ses hauts temples, ses palais de pierre couverts d'or et de peintures, ses livres sacrés, ses jardins fabuleux. Mort, comme est morte l'eau du grand lac, si belle, où se reflétaient les hautes tours des temples et les terrasses des palais, où glissaient les pirogues qui apportaient les fruits et les richesses au grand marché de la place de Tenochtitlan. Au moment où écrit Bernai Diaz, il ne reste plus rien de cette splendeur, et le lac n'est plus qu'un fond asséché où pousse un peu de maïs. Alors, quand Bernai Diaz prend la plume, « comme un bon pilote qui lance la sonde pour découvrir les hautsfonds de la mer, devant lui, quand il sent qu'il y en a » c'est pour essayer de retrouver le rêve ancien, celui qu'il a vécu durant ces deux années intenses et tragiques, aux côtés de Cortés et de ses Conquérants. Il n'écrit pas pour atteindre à la gloire de l'historien (il comprendra vite que son livre est trop vrai pour être lu par ses contemporains), mais dans l'unique espoir d'être reconnu par les générations à venir « parce que, dit-il, je suis vieux de plus de quatre-vingt-quatre ans, et j'ai perdu la vue et l'ouïe, et au terme de mon aventure,je n'ai d'autre richesse à laisser à mes enfants et à mes descendants que cette mienne relation, véridique et honorable». L'Histoire véridique de la Conquête de la Nouvelle Espagne n'est pas un livre destiné aux autres. C'est avant tout, pour le vieux soldat, le bonheur de revivre, en l'écrivant, l'exaltation de cette aventure fabuleuse. Avec lui, nous refaisons ce rêve étrange et cruel, rêve d'or et de terres nouvelles, rêve de puissance, cette sorte d'absolu de l'aventure, quand le monde nouveau découvert par Colomb apparaît encore un bref instant, fragile et éphémère comme un mirage, avant de disparaître à tout jamais. Car celui qui regarde, dans ce drame, est aussi celui qui détruit.
Ainsi commence le rêve, dans le regard de Bernai Diaz. Il n'y en a pas d'autre exemple dans l'histoire du monde, sauf peut-être quand eut lieu le premier affrontement en Europe entre les peuples du néolithique venus de l'est et les chasseurs primitifs. Mais ce drame n'eut pas de témoin. Ce qui frappe d'abord, dans la chronique de Bernai Diaz, c'est la conjonction de ces deux puissances, dans la troupe d'aventuriers qui, réunie autour de Cortés, part à l'assaut du continent américain les marins, et les cavaliers. Marins, ils le sont par nécessité, tous ceux qui se retrouvent sur l'île de Cuba, plate-forme d'où se lancent les expéditions. Ils connaissent les ruses de la mer, ils savent ne compter que sur eux-mêmes. Mais ils sont aussi des cavaliers. Comme jadis les Huns et les Mongols, ils ont ces avantages du chasseur: la rapidité, l'endurance. La comparaison des Conquérants avec les hordes venues d'Asie centrale n'est pas excessive. Cortés, avant le départ, choisit avec soin les hommes et les chevaux. La facile conquête des Antilles ne lui a pas enseigné cela, mais il a l'intuition du rôle déterminant que vont jouer les chevaux et les cavaliers dans la guerre contre les Indiens. Il est difficile d'imaginer l'effroi que ressentirent les Mexicains quand ils virent pour la première fois les cavaliers en armures galopant contre eux, leur longue lance en avant. Cette première apparition dut être aussi terrifiante que celle des éléphants de l'armée d'Alexandre. Longtemps, les Indiens crurent, comme le dit Bernai Diaz, que « le cheval et le cavalier formaient une seule et même personne. Cortés, en bon chef de guerre, ne manqua pas d'utiliser un subterfuge pour augmenter la crainte que les chevaux inspiraient aux Indiens. Ayant fait sentir à un étalon l'odeur d'une jument en chaleur, il le fit conduire non loin de l'endroit où étaient réunis les caciques du Tabasco. Le cheval, raconte Bernai Diaz, «se cabrait et poussait des hennissements, en regardant les Indiens et le bivouac où il avait senti l'odeur de la jument. Et les caciques crurent que c'était à cause d'eux que le cheval poussait des cris et ils en furent très effrayés. Et quand Cortés les vit ainsi, il se leva de sa chaise, il alla vers le cheval, et il donna l'ordre aux palefreniers de l'emmener au loin tout de suite; et il dit aux Indiens qu'il avait demandé au cheval de ne plus être en colère, puisqu'ils apportaient la paix et qu'ils étaient de bons Indiens. Le cheval a plus d'importance que l'homme: pour soigner les plaies infligées aux chevaux lors des batailles, les Espagnols n'hésitent pas à se servir de graisse humaine prélevée sur les cadavres de leurs ennemis. Plus tard, lors des terribles combats contre les Mexicas, les chevaux capturés seront sacrifiés sur l'autel des dieux à l'égal des hommes, et leurs têtes exposées. Le cheval est à ce point lié à la Conquête qu'il restera longtemps le privilège des Espagnols, et que les Indiens n'auront pas le droit de monter à cheval, ni de potter des armes. Ainsi, quand Cortés quitte l'île de Cuba avec son armée, le 10 février 1519, Bernai Diaz n'oublie pas de faire le compte exact de ses effectifs: 508 soldats, 100 marins, et 10 chevaux. C'est cette troupe réduite qui part à la conquête d'un continent..."
JMG LE CLEZIO - Le
rêve mexicain ou la pensée interrompue
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