Le Trochiscanthe nodiflore [TN]

n°1027 (2026-22)

mardi 2 juin 2026

"Lettre hebdomadaire" du site "Rencontres Sauvages"
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JS BACH - Cantate BWV 119 - choeur

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Les oiseaux commencèrent à Quatre heures –
Leur moment d’Aube –
Une Musique aussi multiple que l’espace
Mais rassemblée à un Zénith –


Je ne pus dénombrer leurs Forces –
Leurs Voix s’épanchaient
Ainsi les Rus un à un se donnent
Et multiplient la Nappe d’eau.


Personne ne fut à l’Ecoute –
A part un Homme de hasard –
Déjà en vêtements de travail
Pour ne pas manquer le Matin


Et ils ne cherchaient pas une reconnaissance –
Je puis l’attester –
Mais une Extase indépendante
De la Déité, et des Hommes –


A Six heures le Déferlement prit fin –
Il n’y avait eu aucun brouhaha
De Préparatifs ou de Départs –
Mais l’Orchestre –
était bien parti –

Emilie DICKINSON - Au nom de l'Abeille


 
Gökotta photographique
  Loge n°5


Chardonneret élégant
et Linotte mélodieuse
Floraison des Pissenlits

Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
fin avril et début mai 2026



Moment d'Aube
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mardi 28 avril 2026


7h00 - sous l'affût
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mardi 28 avril 2026


Bergeronnette grise
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mardi 28 avril 2026



Bergeronnette grise et Linotte mélodieuse mâle
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mardi 28 avril 2026



Chardonneret élégant (couple ?)
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mardi 28 avril 2026

Linotte mélodieuse femelle
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mardi 28 avril 2026

La loge
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mardi 28 avril 2026




Floraison de Pissenlits : les fleurs se sont refermées !
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
mardi 28 avril 2026



Moment d'Aube
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 1er mai 2026




7h00 - sous l'affût
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 1er mai 2026



Linotte mélodieuse mâle
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 1er mai 2026



Chardonneret élégant
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 1er mai 2026



Linotte mélodieuse mâle (envol)
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 1er mai 2026



Linotte mélodieuse femelle (se grattant)
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 1er mai 2026



Pissenlit : fleuris et en fruit
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 1er mai 2026



Charançon de l'Ortie femelle - Phyllobius pomaceus
(se nourrissant sur une feuille d'Ortie)

Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 1er mai 2026



Compagnon rouge
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 1er mai 2026



Grillon des champs femelle à l'entrée de sa "tutte"
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 1er mai 2026



Les femelles ont des ailes "lisses" (elles ne chantent pas !)
et un oviscapte (ou ovipositeur), organe situé au bout de leur abdomen
qui permet de déposer les oeufs dans le sol...

Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 1er mai 2026



Petite Pimprenelle - Sanguisorba minor
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 1er mai 2026



La loge
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 1er mai 2026



Floraison des Pissenlits
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
vendredi 1er mai 2026



Moment d'Aube, sous la pluie
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 3 mai 2026



7h00 - sous l'affût
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 3 mai 2026



Trio de Chardonneret élégant
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 3 mai 2026



Bergeronnette grise et son reflet, sur ma Dacia...
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 3 mai 2026



La loge
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 3 mai 2026






Les fleurs de Pissenlit... se sont refermées !
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5
dimanche 3 mai 2026


 


Suggestion de lecture :

"LE GÉNIE DES OISEAUX

L’image de l’oiseau dans nos sociétés a longtemps été celle d’un animal stupide à l’œil rond perpétuellement étonné, qui s’assomme en fonçant sur les fenêtres fermées, donne des coups de bec dans son reflet et se précipite, pour y griller, sur les lignes électriques. En somme, une sorte de lézard avec des ailes, presque une erreur, ou tout du moins une impasse, de l’évolution.

Notre langue même traduit notre manque de considération. Ne dit-on pas de quelqu’un d’étourdi, de doué de peu de mémoire, qu’il s’agit d’une tête de linotte ? Sans compter nombre d’expressions péjoratives… Être une dinde est-il plus flatteur qu’être une oie blanche ? Réciter comme un perroquet, c’est répéter bêtement ce que l’on a appris, sans comprendre ce que l’on énonce. Le pigeon se retrouve souvent le dindon de la farce. Quant à la poule qui a trouvé un couteau, elle ne vaut sans doute pas mieux que le canard boiteux. L’expression une cervelle d’oiseau démontre que nous voyons ces animaux comme des créatures idiotes, dotées d’un cerveau si petit qu’il est incapable de pensées rationnelles. Les oiseaux n’ont pas la cote, nous ne leur attribuons guère plus de valeur qu’à de la roupie de sansonnet.

Ces représentations sont cependant en train d’évoluer. Au cours des deux dernières décennies, que ce soit dans leur milieu naturel ou en laboratoire, de nombreuses espèces d’oiseaux capables de comportements mentaux comparables à ceux observés chez les primates ont été étudiées. Certains mâles parviennent ainsi à élaborer des dessins colorés à partir de baies, de morceaux de verre et de fleurs pour attirer les femelles, tandis que d’autres variétés d’oiseaux dissimulent des milliers de graines sur des dizaines de kilomètres carrés et les retrouvent sans difficulté des mois après. Il existe une espèce qui résout un casse-tête classique à peu près à la même vitesse qu’un enfant de cinq ans et une autre, experte dans l’ouverture des loquets. Il y a des oiseaux qui peuvent compter et effectuer des calculs simples, fabriquer leurs propres outils, se déplacer au rythme d’une musique, comprendre les principes fondamentaux de la physique, se souvenir du passé et planifier l’avenir.

On a mis naguère en évidence, chez d’autres animaux, des capacités proches de celles de l’homme. Les chimpanzés conçoivent par exemple des lances en bois pour chasser des primates plus petits qu’eux et les dauphins communiquent par un système complexe de sifflements et de clics. Les grands singes consolent leurs congénères et les éléphants pleurent la perte de leurs proches.

C’est à présent au tour des oiseaux de rejoindre le club des êtres pensants, et de nombreuses recherches viennent balayer les représentations communes les concernant. Nous sommes de plus en plus nombreux à convenir que leur intelligence surpasse ce que nous imaginions jusqu’alors et qu’ils sont d’une certaine manière plus proches de nos parents les primates que de leurs ancêtres les reptiles.

À partir des années 1980, un charmant perroquet gris du Gabon nommé Alex, très malin, s’est associé à la scientifique Irene Pepperberg pour témoigner à la face du monde que certains oiseaux semblent avoir des capacités intellectuelles qui rivalisent avec celles des primates. Avant de mourir subitement à l’âge de trente et un ans (la moitié de son espérance de vie), Alex possédait un vocabulaire riche de plusieurs centaines de mots anglais désignant des objets, des couleurs et des formes, et maîtrisait les concepts de semblables et de différents les concernant. En examinant un plateau contenant un ensemble d’objets de diverses couleurs et de matériaux variés, il pouvait quantifier ceux d’un type donné. « Combien de clés vertes ? », demandait Irene Pepperberg en lui montrant plusieurs clés et bouchons verts et orange ; et huit fois sur dix, il donnait la bonne réponse. Il savait également utiliser les nombres pour indiquer le total d’une addition. Mais ses performances les plus étonnantes attestaient sa connaissance de concepts abstraits, comme celui du zéro, sa capacité à comprendre la valeur d’un chiffre à partir de sa position dans une série et son aptitude à épeler un mot simple comme le ferait un enfant, par exemple « N-U-T » (noix). Avant qu’Alex ne nous démontre le contraire, l’espèce humaine pensait être la seule, ou presque, à faire usage de mots. Non seulement ce perroquet en comprenait un grand nombre, mais il pouvait les combiner pour communiquer avec clarté et intelligence, et peut-être exprimer des sentiments. Les dernières paroles qu’il adressa, la veille de sa mort, à Irene Pepperberg, alors qu’elle le remettait dans sa cage pour la nuit, furent, comme chaque jour : « Tu es gentille, à demain. Je t’aime. »

Dans les années 1990, des comptes-rendus d’observation commencèrent à nous parvenir de Nouvelle-Calédonie, une petite île du Pacifique Sud, décrivant la manière dont des corbeaux à l’état sauvage façonnaient leurs propres outils et semblaient se transmettre ce savoir-faire spécifique d’une génération à l’autre – une prouesse qui rappelle la culture des Hominidés et une preuve que la capacité d’élaborer des outils n’est pas réservée au cerveau des primates.

Lorsque les scientifiques ont présenté à ces corbeaux des casse-tête pour tester leurs aptitudes à résoudre des problèmes, ils ont été étonnés par l’astuce des solutions élaborées. En 2002, Alex Kacelnik et ses collègues de l’université d’Oxford ont « demandé » à un corbeau calédonien captif, une femelle nommée Betty : « Peux-tu atteindre la nourriture dans ce petit seau placé au fond d’un tube ? » Elle les a stupéfiés en recourbant spontanément un morceau de fil de fer pour en faire un crochet lui permettant de tirer le récipient par son anse.

Parmi les études publiées dans des revues scientifiques, certaines sont affublées de titres qui font hausser les sourcils : « Nous sommes-nous déjà rencontrés ? Les pigeons reconnaissent les visages humains familiers », « La syntaxe des gargarismes chez les mésanges », « Discrimination linguistique chez le moineau de Java », « Les poussins aiment la musique harmonique », « Les différences de personnalité chez la bernache nonnette expliquent pourquoi certains sujets sont dominants » ou « Maîtrise des nombres : les pigeons à égalité avec les primates ».

« Cervelle d’oiseau ! » Cette insulte vient de la conviction que ces animaux étaient dotés d’un si petit cerveau qu’il pouvait uniquement être consacré au comportement instinctif et qu’il était dépourvu d’un cortex comparable au nôtre, où se passent les choses « intelligentes ». Si les oiseaux avaient des têtes si réduites, c’était pour une bonne raison : leur permettre toutes sortes d’acrobaties aériennes, et ainsi de défier la gravité, de décrire des arabesques, de plonger en piqué, de planer durant des jours, de migrer sur des milliers de kilomètres, de manœuvrer dans des espaces restreints. Le prix à payer pour cette maîtrise de l’air étant alors un lourd déficit cognitif.

Un regard plus attentif nous a montré qu’il en allait autrement. Le cerveau des oiseaux est effectivement très différent du nôtre, et ce n’est pas étonnant. Les hommes et les oiseaux évoluent de façon indépendante depuis fort longtemps, c’est-à-dire depuis notre dernier ancêtre commun, il y a plus de 300 millions d’années. Certaines espèces aviaires possèdent cependant un cerveau relativement volumineux proportionnément à la taille de leur corps, tout comme nous. En outre, en ce qui concerne les capacités intellectuelles, la taille du cerveau semble moins importante que la quantité de neurones, leur localisation et leur mode d’interaction. Il s’avère que certains oiseaux utilisent un nombre très élevé de cellules neuronales, avec des densités semblables à celles observées chez les primates et des liens et des connexions identiques aux nôtres. Cela contribue largement à expliquer pourquoi ils jouissent de capacités cognitives aussi sophistiquées.

Comme le nôtre, le cerveau des oiseaux est latéralisé et possède des zones qui traitent des types distincts d’informations. Il a également la possibilité de remplacer d’anciennes cellules par des nouvelles, lorsqu’elles sont les plus nécessaires. Bien que le cerveau aviaire soit organisé de manière entièrement différente du nôtre, il partage avec l’homme des gènes similaires et des circuits neuronaux semblable ; il est capable d’exploits d’une puissance intellectuelle extraordinaire. Les pies peuvent ainsi reconnaître leur propre image dans un miroir : elles sont dotées d’une « conscience de soi » que l’on pensait limitée à l’homme, aux grands singes, aux éléphants et aux dauphins, qui est directement liée à une intelligence sociale hautement développée. Les geais ont recours à des tactiques machiavéliques pour dissimuler leurs caches alimentaires à leurs congénères, mais seulement s’il s’agit de nourriture qu’ils ont eux-mêmes dérobée. Ces oiseaux semblent avoir la capacité rudimentaire de savoir ce que pensent les autres oiseaux et peut-être de saisir leur point de vue. Ils peuvent également se rappeler quel genre d’aliment ils ont enterré dans un endroit particulier – et quand –, afin de le récupérer avant qu’il ne se gâte. Cette aptitude à mémoriser le « quoi », le « où » et le « quand » d’un événement est appelée « mémoire épisodique » et conduit, pour certains scientifiques, à la possibilité que les geais puissent revivre en esprit un moment passé. Le voyage mental dans le temps a pourtant longtemps été envisagé comme une caractéristique purement humaine.

On sait aujourd’hui que les oiseaux chanteurs apprennent leurs chants de la même façon que nous-mêmes apprenons les langues et que leurs mélodies sont riches de traditions culturelles qui ont commencé il y a des dizaines de millions d’années, lorsque nos ancêtres les primates se débattaient à quatre pattes.

Certains oiseaux sont nés euclidiens, c’est-à-dire qu’ils sont capables d’utiliser des indices et des repères géométriques pour s’orienter dans un espace tridimensionnel, naviguer sur un territoire inconnu et localiser des ressources cachées. En 2015, des chercheurs ont constaté que les poussins nouveau-nés répartissent spatialement les nombres de gauche à droite, comme le font la plupart d’entre nous (la gauche signifie moins ; la droite, plus). Cela suggère que les oiseaux partagent avec nous un système d’orientation de gauche à droite – une stratégie cognitive qui sous-tend notre capacité humaine pour les mathématiques supérieures. Les oisillons peuvent également comprendre les proportions et apprendre à choisir une cible dans un ensemble d’objets, sur la base de leurs positions ordinales (troisième, huitième, neuvième). Ils peuvent aussi faire de l’arithmétique simple, comme des additions et des soustractions.

Le cerveau des oiseaux est peut-être petit, mais il est évident qu’il joue dans la catégorie des grands.

Les oiseaux ne m’ont jamais paru stupides. Peu de créatures, dans le règne animal, semblent au demeurant si alertes, si éveillées, dotées d’un tel dynamisme perpétuel mobilisant des aptitudes diverses. Bien sûr, j’ai entendu l’histoire du corbeau qui tentait de briser une balle de ping-pong, la prenant pour un œuf dont il pourrait se régaler. Une de mes amies, en vacances en Suisse, a vu un paon essayer de déployer sa large queue alors que soufflait un vent violent, être renversé, se relever, faire une nouvelle tentative, et cela six ou sept fois de suite. Chaque printemps, les merles qui nichent dans notre cerisier attaquent le rétroviseur de notre voiture comme s’il s’agissait d’un rival, becquetant furieusement leur image et souillant la portière de leurs fientes. Mais qui parmi nous n’a pas été victime de sa vanité ou n’a pas été surpris par son reflet, potentiellement menaçant, qu’il n’a pas reconnu tout de suite ?

J’ai passé une grande partie de ma vie à observer les oiseaux, et j’ai toujours admiré leur détermination, leur courage, leur capacité à se focaliser et leur vitalité agile qui semble trop intense pour être contenue dans un si petit corps. Comme l’a écrit Louis Halle : « Un être humain serait consumé en peu de temps par une telle intensité vitale. » Les espèces communes qui vivaient dans mon voisinage paraissaient occuper leur monde avec une vive curiosité et beaucoup d’aplomb. Les corbeaux, qui explorent nos poubelles en ayant l’air de princes parcourant leurs propriétés, se comportent comme des créatures très ingénieuses. J’en ai vu un, une fois, empiler deux biscuits salés au milieu de la route avant d’emporter son butin dans un endroit sûr pour le dévorer tranquillement.

Une année, un petit duc maculé nichait dans une boîte placée sur un érable, à quelques mètres de la fenêtre de ma cuisine. Durant le jour, le hibou dormait, montrant seulement sa tête ronde, parfaitement encadrée dans l’ouverture circulaire de son logis. La nuit, il quittait cet abri pour aller chasser, et au fur et à mesure que la lumière de l’aube montait s’accumulaient les signes de ses succès : l’aile d’une colombe ou d’un oiseau chanteur se tordant et se débattant avant qu’ils ne soient tirés à l’intérieur.

Même les bécasseaux maubèches que j’ai rencontrés sur les plages de la baie du Delaware et qui, mentalement, ne sont pas les oiseaux les plus rapides, semblaient très bien savoir où il fallait être – et quand – pour festoyer avec les œufs déposés à chaque pleine lune de printemps par les limules, surnommés « crabes fer à cheval ». Quel calendrier céleste attire ces oiseaux vers le nord et leur indique où aller précisément ?

J’ai beaucoup appris sur les oiseaux grâce à deux hommes prénommés Bill. Le premier était mon père, Bill Gorham, qui m’a initiée à l’observation ornithologique près de chez nous, à Washington, lorsque j’avais sept ou huit ans. Notre territoire d’étude se situait à l’intérieur de la Beltway, une zone délimitée par l’Interstate 495, une autoroute périphérique à cheval sur les États du Maryland et de la Virginie. C’était la version américaine du gökotta suédois, l’action de se lever tôt pour apprécier la nature et écouter les chants des oiseaux, et c’était l’une des joies concrètes de mon enfance. Les week-ends de printemps, au point du jour, nous quittions la maison dans l’obscurité et nous nous dirigions vers les bois, le long du fleuve Potomac, pour profiter du « chœur de l’aube », ce moment mystérieux où les oiseaux chantent de mille voix « une musique aussi vaste que l’espace, mais proche comme le soleil à midi », ainsi qu’Emily Dickinson l’a écrit.

C’est quand il était scout que mon père a appris à connaître les oiseaux, auprès d’un homme âgé presque aveugle appelé Apollo Taleporos, qui se fiait à ses seules oreilles pour identifier les espèces. Paruline à collier. Setophaga coronata. Pipilo. « Les oiseaux sont là !, disait-il aux garçons. Allez les voir. » Mon père les différenciait très bien par leurs appels, la mélodie flûtée de la grive des bois, le doux pépiement de la paruline masquée ou le sifflement clair du bruant à gorge blanche.

Lorsque je me promenais avec lui dans les bois, à la lumière des étoiles matinales, j’écoutais la mélodie enrouée du troglodyte de Caroline et je me demandais ce que ces oiseaux racontaient et comment ils avaient assimilé leurs chants. J’ai entendu une fois un jeune bruant à gorge blanche apparemment engagé dans l’apprentissage de son appel. Perché, invisible, quelque part sur la branche basse d’un cèdre, il laissait couler doucement ses sifflets et ses trilles, se trompait, puis reprenait en toute tranquillité et insistait jusqu’à avoir émis la séquence finale de l’appel de son espèce. Ce passereau, je l’ai appris plus tard, ne forme pas son chant avec ses parents, mais au contact des oiseaux de son environnement natal, cette zone de bois et de rivières où mon père et moi randonnions, une aire qui compte son propre dialecte, transmis à travers les générations..."


Jennifer ACKERMAN - Le génie des oiseaux


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