Le Trochiscanthe nodiflore [TN]
n°1023 (2026-18)
mardi
5 mai 2026
"Lettre hebdomadaire" du site "Rencontres
Sauvages"
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Pour regarder et écouter,
Je suis le sombre
amant du rocher triste et nu, |
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![]() Au lever du jour... Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 5 avril 2026 ![]()
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 5 avril 2026 ![]()
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 5 avril 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 5 avril 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 5 avril 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 5 avril 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 5 avril 2026 ![]()
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Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 dimanche 5 avril 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 lundi 6 avril 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 lundi 6 avril 2026
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 lundi 6 avril 2026
A la recherche de
crins pour son nid...
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 lundi 6 avril 2026
![]() 7h22 Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 samedi 11 avril 2026 ![]() ![]() Grive draine Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 samedi 11 avril 2026 ![]() Bergeronnette grise
adulte
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 samedi 11 avril 2026 ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() ![]() Drave printanière Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 samedi 11 avril 2026 ![]() Barbaréa Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 samedi 11 avril 2026 ![]() ![]() ![]() Anémone sylvie Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 samedi 11 avril 2026 ![]() ![]() Crocus albiflorus (fleur mauve) Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 samedi 11 avril 2026 ![]() ![]() ![]()
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 samedi 11 avril 2026 ![]() ![]() ![]() La loge
Courvières (Haut-Doubs), loge n° 5 samedi 11 avril 2026 [à suivre...] |
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"I
Non, ce n'était pas un moustique tigre. De cela, il était certain. A défaut de pouvoir enregistrer les règles extravagantes de la langue française, le commissaire Adamsberg savait pouvoir compter sur sa mémoire sensorielle et, en ce qui concernait cette bestiole, sur ses souvenirs visuels et auditifs. Il les passait en revue, agacé, tout en remontant à pas lents le boulevard Saint-Michel à la nuit. En même temps qu'il évaluait le dilemme amoureux auquel son ami et collègue Louis Veyrenc, qu'il venait de quitter après un long dîner, ne manquerait pas d'être bientôt confronté. A savoir être largué ou bien anticiper et lever le camp, loin de cette femme Diane qu'il affectionnait depuis cinq mois. Cette Diane qui, aux yeux du commissaire, semblait nettement plus éprise d'elle-même que de quiconque à cent lieues à la ronde. D'une manière générale, Adamsberg n'appréciait pas les personnes nettement éprises d'elles-mêmes et convaincues de leur efficience. Portée par on ne sait quel vent magique, la conversation avait, ce soir encore, invariablement reflué vers elle, et c'est soudain d'un geste impérial que sa main s'était abattue sur l'insecte.
« Pas un tigre », avait-il pu glisser à Veyrenc avant de le quitter. Sans avoir eu l'opportunité d'être plus clair et de lui préciser que le formidable trophée de sa Diane n'était ni bruyant, ni rapide, ni rayé de noir et blanc, entre autres signes distinctifs. Rien qu'un simple moustique commun, comme il en pullulait en cette nuit de juin trop chaude. Veste ouverte et mains dans les poches, il s'engagea dans la rue Monsieur-le-Prince à près de 2 heures du matin. Il s'apprétait à contourner un attroupement qui s'était formé à quelques pas de lui quand il y repéra un gyrophare et les calots bleus de flics en uniforme. A entendre les murmures et les cris étouffés, le spectacle qui avait drainé une quinzaine de curieux n'avait certainement rien de festif. A cette heure, il était clair que ces hommes et ces femmes, dont certains vêtus à la hâte,avaient été alertés par la sirène des flics et la lueur bleue du véhicule. Et s'étaient approchés ou étaient sortis pour voir. Il se faufila vers l'intérieur du cercle, adressa un rapide signe de tête aux policiers, un brigadier-chef et deux gardiens de la paix et, sans réfléchir, s'accroupit près du corps d'une jeune femme allongée sur le dos devant une porte cochère. Un gardien réagit aussitôt : de quoi se mêlait cet imbécile qui allait bousiller la scène du crime ? Il l'attrapa solidement par l'épaule et le tira vers l'arrière.
Le commissaire croisa dans l'ombre le regard surpris du brigadier-chef, qui vira en une seconde du doute à la certitude.
Adamsberg hocha la tête et retourna s'agenouiller près du corps, cette fois avec la lampe de son portable qu'il braqua sur le visage. Bon sang que cette fille était belle. Mais ses paupières presque closes ne cillaient plus. Il posa légèrement le dos de son index sur la joue, trop fraîche, et soupira. Le faisceau s'arrêta sur le torse, puis balaya progressivement le corps jusqu'aux pieds pour revenir au buste. Les sourcils froncés, il souleva légèrement d'un doigt le revers gauche de la veste, immaculée,et éclaira une tache qui rougissait une blouse blanche, au niveau du coeur. Il se releva lentement et demeura immobile, bras croisés, fixant le corps. Dans les trente ans ou moins, grande et mince, abondante chevelure blond foncé ondulant sur les épaules, rouge à lèvres. Nul signe de peur ou de souffrance sur ses traits, veste échancrée en lainage pied-de-poule à carreaux noirs et blancs, serrèe sur sa taille une, jupe étroite d'un noir assez brillant, jambes parfaites, collant et fines chaussures de cuir à petits talons. Une montre au poignet gauche, un bracelet doré au droit. Une alliance. A ses côtés, son sac à main et, incongru, un bouquet de hautes fleurs violettes sans papier d'emballage. Le brigadier-chef Jourdain l'avait rejoint, également muet. Il s'écoula ainsi quelques longues minutes avant qu'Adamsberg, toujours méditatif, appelle Veyrenc, qui décrocha à la cinquième sonnerie. Non, il n'était pas couché mais il s'apprêtait à.
Adamsberg lui donna l'adresse, raccrocha et revint au brigadier.
Le brigadier jeta un regard embarrassé au commissaire.
Le brigadier Jourdain s'interrompit, assez désorienté et très mal à l'aise à l'idée de devoir contrer Adamsberg. Non, le commissaire n'essayait pas de le tester ou le provoquer. Il parlait de cette voix basse un rien chantante que, dans le milieu, on disait apte à endormir la vigilance et amollir des suspects coriaces qui finissaient souvent par cracher le morceau. Mais ce qu'on nommait aussi ses« divagations » étaient également réputées, pour le mieux ou le pire, et il semblait bien qu'en ce moment Adamsberg s'engageait dans une voie d'errance assez confuse.Or les faits étaient là. Concrets, réels. Ces précieux faits qui guidaient les flics de jalon en jalon, auxquels on s'accrochait comme aux barreaux d'une échelle. Et de cela, il allait bien falloir que le commissaire en convienne, Adamsberg ou pas.
Jourdain s'exécuta. Il enfila un gant, s'agenouilla, écarta la veste, prêt à annoncer à Adamsberg que la blouse était blanche comme neige. Ce qui n'était pas le cas. Un peu choqué, il se releva, fit deux pas, revint vers le commissaire toujours immobile, les bras croisés sur son torse, les yeux rivés sur la jeune femme. Qu'il fallait bien à présent appeler « la victime ». Puisque les faits étaient là.
Fred VARGAS - Une unique
lueur
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