Le Trochiscanthe nodiflore [TN]

n°1013 (2026-08)

mardi 24 février 2026

"Lettre hebdomadaire" du site "Rencontres Sauvages"
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Arturo MARQUEZ - Concierto de Otono

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Penché sur cette eau qui scintille au soleil, je cherche à pénétrer du regard l’ombre d’où elle jaillit, et j’envie la petite araignée d’eau qui s’élance en patinant et va fureter dans le creux du rocher. À l’entrée, je vois encore quelques saillies du fond, des cailloux blancs, un peu de sable qui se meut lentement sous le flot rapide ; plus loin, je distingue les plissements des vaguelettes et les petites colonnes de pierre qui supportent la voûte ; éclairées vaguement par le reflet des rayons égarés, elles paraissent trembloter dans l’ombre : on dirait qu’un réseau de soie flotte sur elles en légères ondulations. Au delà tout est noir ; le ruisseau souterrain ne se révèle que par son murmure étouffé. Quelles sont les sinuosités de l’eau par delà le détour où le premier reflet de lumière vient la caresser ?

Elisée RECLUS - Histoire d'un ruisseau



 
Rougegorge, Pie et Mésanges

Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
fin-décembre 2025 et janvier 2026



Rougegorge familier
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 21 décembre 2025



Pie
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
jeudi 25 décembre 2025

Pie
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
jeudi 25 décembre 2025

Pie
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
jeudi 25 décembre 2025

Mésange bleue
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
jeudi 1er janvier 2026

Mésange bleue
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
jeudi 1er janvier 2026




Mésange bleue
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
jeudi 1er janvier 2026


Mésange bleue
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
jeudi 1er janvier 2026



Mésange charbonnière
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
jeudi 1er janvier 2026



Mésange charbonnière
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 4 janvier 2026

Mésange bleue (sans queue)
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 4 janvier 2026



Mésange bleue
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 4 janvier 2026



Mésange bleue (sans queue), dans l'ombre
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 4 janvier 2026

Mésange bleue
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 4 janvier 2026



Mésange charbonnière
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 4 janvier 2026



Mésange charbonnière
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 4 janvier 2026



Mésange charbonnière
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 4 janvier 2026



Mésange bleue
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 11 janvier 2026



Mésange charbonnière
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 11 janvier 2026



Mésange bleue
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 18 janvier 2026



Mésange charbonnière
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
lundi 19 janvier 2026



Mésange bleue
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
vendredi 23 janvier 2026



Mésange bleue
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
vendredi 23 janvier 2026



Mésange bleue
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 25 janvier 2026








Mésange bleue
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 25 janvier 2026













Mésange bleue
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 25 janvier 2026





Mésange bleue
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
samedi 31 janvier 2026





Mésange bleue
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
samedi 31 janvier 2026




Suggestion de lecture :

"La voilà qui se fracasse contre le sol à pleine vitesse. Tout au long de sa chute, secouée et tremblante comme un pilote en piqué, elle est parvenue à conserver sa forme sphérique. Ce n’est pas une larme, car le ciel ne pleure pas. C’est une balle lancée à l’attaque de la terre. Au moment de l’impact, elle n’a aucun regret. Elle sait qu’elle reviendra, sous une forme ou une autre, comme depuis des milliards d’années. Elle explose dans un bruit sourd, soulevant une gerbe de boue. Tout autour d’elle, des millions de ses semblables se jettent elles aussi à l’assaut. Elles se brisent en une nuée de postillons, comme autant de reproductions microscopiques d’elles-mêmes. C’est là que leurs destins divergent, au hasard des vents qui les dispersent, des courants qui les absorbent ou des failles qui les attirent dans les profondeurs. Gouttes et gouttelettes, fragiles et éternelles, incessamment défaites et recomposées, charriant leurs milliards de molécules bien empaquetées, serrées les unes contre les autres comme des amoureuses inséparables. Toutes animées par une seule et unique mission : suivre la pente.

Certaines sont parvenues à pénétrer le sol. Elles se faufilent patiemment à travers l’humus, chassant l’air de chaque interstice, noircissant le grain de la terre, prenant parfois le toboggan des galeries souterraines et rafraîchissant les lombrics sortis de leur hibernation. En cette saison, le risque est grand pour elles de se trouver capturées par les racines qui les renverront vite d’où elles sont venues, quelque part dans l’atmosphère. Celles qui réussissent à se frayer un chemin à travers le grillage fin et serré des radicelles resteront plus longtemps à l’abri du vent et du soleil. Enfin, pas si longtemps. Si elles étaient tombées une centaine de kilomètres plus loin, elles auraient continué à descendre pour plonger dans la gigantesque nappe de la craie où elles se seraient reposées durant quelques milliers d’années. Mais ici, après avoir suivi de minuscules rigoles souterraines, elles rencontreront bientôt la roche mère, grenue et impénétrable. Le granit, c’est du sérieux. La pierre des pierres. Du magma incandescent venu des profondeurs de la Terre et lentement refroidi  : du feu pétri. C’est le dernier vestige des hautes montagnes armoricaines, érodées par des centaines de millions d’années de vent et de pluie. Tout passe, tout trépasse, sauf le granit.

Alors ces gouttes héroïques glisseront sur la pierre et feront la queue les unes derrière les autres, dans une cohue glougloutante, avant de crever la surface un peu plus bas dans le vallon. À peine quelques mois de voyage dans l’obscurité avant de retrouver l’air libre.

D’autres gouttes moins chanceuses ont été refoulées dès leur atterrissage et emportées dans un entrelacs de ruisselets qui apparaissent parmi les herbes et dévalent la colline. À  première vue, ce n’est qu’un sol spongieux. Mais à hauteur de goutte, c’est le Danube. Des affluents et des deltas, des rapides et des cataractes, des lacs et des barrages. De l’écume, des tourbillons, des canaux secrets. Sur quelques hectares a surgi tout un réseau hydrologique, un chevelu avec sa rationalité et, déjà, des bras qui se séparent, des berges qui se ravinent, des lits qui se creusent. Ce fleuve minuscule disparaîtra avec les premiers rayons de soleil, comme le Danube s’effacera un jour lointain au gré de la tectonique des plaques.

En attendant, l’eau dévale et finit par se jeter dans la Maline. La rivière d’ordinaire si paisible est devenue folle. Elle trépigne, rugit et déborde. Sa colère la rend hideuse. Au lieu d’un filet d’eau claire, elle est devenue un monstre boueux. Les vagues lui dressent des écailles ; le courant fait entendre un borborygme gras et continu. Elle frappe à l’aveugle, bastonnant plantes et animaux avec le bois qu’elle charrie, noyant les terriers des renards et des campagnols, submergeant les rives. Elle a renoncé à toute forme, à toute élégance, et vomit ses tripes sur le paysage. C’est dans cet état orgiaque, ayant abandonné le sens de la mesure et des convenances, qu’elle passe le long des champs puis qu’elle traverse Saint-Firmin.

Elle est alors rejointe par un véritable torrent qui s’est formé sur les pentes bitumées du village. Les vieilles maisons du centre-bourg, miraculeusement épargnées par les bombes américaines durant la dernière guerre, opposent à la pluie leurs sombres masses de granit et de schiste. Les gouttes ne font pas de différence entre une façade et une falaise. Dans les deux cas, elles sont privées du matelas amortisseur du  sol. Elles dégringolent et courent à travers les rues en pente. Les gouttières débordent, les grilles d’évacuation sont saturées, les citernes dégueulent leur trop-plein. L’eau suit sans effort les chemins tracés par les hommes, transformant la chaussée en flot turbulent. Parvenue tout en bas, elle est accueillie par le grondement repu de la rivière en crue. Ce renfort donne à la Maline les forces nécessaires pour sauter l’ancien bief et attaquer les piles du pont, qui résistent encore mais sont peu à peu rongées par les coups de lime incessants des tourbillons.

Les habitations de Saint-Firmin se trouvent suffisamment en hauteur pour que seuls les potagers des anciens courtils soient inondés. Il faut dire que le village est habitué aux caprices de la Maline. Des générations de tanneurs, de forgerons et de meuniers ont appris à vivre sur les bords de la rivière, installant leurs outils au plus près et leurs chambres au plus loin. Pendant de nombreux siècles, avant la construction du pont aux grandes heures de la révolution industrielle, on devait passer à gué d’une rive à l’autre du village, en se mouillant les mollets ou en sautant sur des rochers. Aujourd’hui, les maisons des meuniers sont occupées par des développeurs informatiques en télétravail et le gué a été remplacé par le pont en bois de la promenade touristique. Il n’en reste pas moins, diffus parmi les pierres épaisses et les innombrables puits, matérialisé par l’inclinaison des ormes et l’évasement des berges, un vif souvenir de l’eau, de ses richesses comme de ses périls, grosse bête jamais domestiquée, câline un jour, sauvage le lendemain. On se souvient confusément des femmes noyées dans le lavoir, des enfants joueurs emportés par les courants, des pêcheurs entraînés au fond de de la rivière par leur proie, des paysans affamés par les inondations. Ni l’avidité des constructeurs, ni l’indolence des élus, ni l’ignorance des néoruraux n’ont pu vaincre une sorte de superstition inquiète autour de la Maline, préservée de tout aménagement contraignant. Voilà pourquoi, aujourd’hui encore, la crue passe sans trop de dégâts.

Et donc la vie continue, les voitures vont et viennent phares allumés, mais on ne voit plus personne dans les rues et chacun se demande secrètement si tout cela est bien normal, en plein mois de juin. Les statuettes des saints sur la façade de l’église, dont plus grand monde ne saurait dire le nom, pleurent à gros bouillons. Ce ciel sans lumière ne promet aucun répit. Depuis deux jours et deux nuits, la pluie n’a pas cessé. S’agit-il même encore de pluie ? Les Normands ont autant de vocabulaire pour désigner l’eau qui tombe du ciel que les Inuits pour décrire la neige. Mais à présent, plus aucun mot ne convient. Ce n’est ni le broussin où l’on se perd, ni le crachin qui mouille par surprise, ni la brouasse qui colle à la peau, ni la ripleure qui laisse la place au ciel bleu, ni la harée qui picote, ni la lâchie qui gifle, ni la verse qui détruit, ni l’abernaudée qui tombe à seaux, ni la vouéchie qui se mêle au vent, ni même la déclavée qui trempe jusqu’aux os. Personne ne peut nommer ce déluge tranquille, sans bourrasque ni accalmie, qui dure depuis trop longtemps pour avoir la moindre raison de s’arrêter. Pierrette, la doyenne du conseil municipal, n’a jamais rien vu de tel. « Même en 74 », précise-t-elle à qui veut l’entendre.

Le pire, ce n’est même pas l’eau. C’est la nuit et le bruit. On doit allumer les lumières en permanence dans les pièces. Il est minuit à midi. Les toits crépitent. La tôle des granges sonne le tocsin. Cette alerte perpétuelle met les nerfs à  vif. Seule Miss Norton, qui a restauré à grands frais le toit de chaume du prieuré, dort sur ses deux oreilles, bercée par le paisible bruit de respiration que font les gouttes en dévalant les tiges de roseaux.

Si encore on pouvait se consoler en faisant une flambée dans la cheminée. Mais non  : il fait une chaleur de mousson. On  ne sait plus s’il faut ouvrir ou fermer les fenêtres, laisser passer l’air au risque de faire entrer l’eau. Ceux qui s’aventurent à faire quelques pas, comme le jeune Théo qui a toujours de drôles d’idées, n’y gagnent qu’une douche tiède et collante. Où fuir ?

Ce mur d’eau et de tristesse, qui dissout toute couleur et tout relief, laisse cependant pointer un petit feu plein d’espoir. Un rectangle jaune pastel qui résiste. C’est la fenêtre de La Lanterne, l’épicerie qui fait aussi office de bistrot, de point relais, de maison de la presse, de boulangerie, de garderie et de bureau des pleurs. Derrière cette fenêtre sont attablés quelques habitués qui consomment sur place les boissons sorties de l’armoire réfrigérée. Eux, on ne les a jamais vus gémir sur leur sort. Il suffit qu’ils se retrouvent ici en fin de journée, après la traite pour l’un, avant un shift de nuit à l’usine pour l’autre, et leurs problèmes s’évanouissent dans un insouciant bavardage. Ils continueraient à trinquer en pleine apocalypse. Ils forment une bande disparate mais unie par l’implacable joie de vivre de Maria, épicière, tenancière et confidente. Elle est tous les jours à son poste, même les dimanches, jours fériés et lendemains de cuite. Tout ce qu’elle vend se trouve aussi au Leclerc à quinze kilomètres. Mais on vient chez Maria pour d’autres raisons. Parce qu’elle comprend, conseille, console et commisère.

Pourtant, personne n’aurait parié sur Maria quand elle avait débarqué cinq ans plus tôt dans une camionnette pleine de cartons, accompagnée d’un mari pâlot qui semblait peu fait pour vivre au grand air, et encore moins pour restaurer cette ruine de La Lanterne. Quand elle avait commencé à proposer des produits bio parmi les gravats, quelques caisses de poires tachées et de pommes de terre à moitié germées, le scepticisme s’était mué en cynisme. Tout le monde pensait que Maria plierait vite bagage et que la vieille bâtisse communale, où était autrefois accrochée la lanterne des morts, poursuivrait son destin maudit. Même le maire, qui l’avait encouragée dans ce projet en lui mettant les locaux à disposition, avait fini par se lasser. Il l’avait d’abord dissuadée de monter une « coopérative » mais n’avait pu l’empêcher de faire de son épicerie un « éco-lieu » censé convertir les masses saint-firminoises à l’amour de la nature. Il était vite devenu évident que Maria ne savait pas établir une facture avec le bon numéro de siret. De  toute façon, personne n’achèterait jamais ses fruits et légumes moches et hors de prix, hormis Miss Norton qui était enchantée de trouver enfin de « l’organique », comme elle disait, et qui assurait à elle seule un bon tiers du chiffre d’affaires de La Lanterne..."


Gaspar KOENIG - Aqua


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