Le Trochiscanthe nodiflore [TN]

n°1011 (2026-06)

mardi 10 février 2026

"Lettre hebdomadaire" du site "Rencontres Sauvages"
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System Of A Down - Lonely day

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Le soleil s'est couché

Le soleil s'est couché ce soir dans les nuées.
Demain viendra l'orage, et le soir, et la nuit ;
Puis l'aube, et ses clartés de vapeurs obstruées ;
Puis les nuits, puis les jours, pas du temps qui s'enfuit !

Tous ces jours passeront ; ils passeront en foule
Sur la face des mers, sur la face des monts,
Sur les fleuves d'argent, sur les forêts où roule
Comme un hymne confus des morts que nous aimons.

Et la face des eaux, et le front des montagnes,
Ridés et non vieillis, et les bois toujours verts
S'iront rajeunissant ; le fleuve des campagnes
Prendra sans cesse aux monts le flot qu'il donne aux mers.

Mais moi, sous chaque jour courbant plus bas ma tête,
Je passe, et, refroidi sous ce soleil joyeux,
Je m'en irai bientôt, au milieu de la fête,
Sans que rien manque au monde, immense et radieux !

Victor HUGO



 
Pinson du Nord
Moineau domestique

Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
janvier 2026



Pinson du Nord femelle
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
jeudi 1er janvier 2026



Moineau domestique femelle
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
jeudi 1er janvier 2026



Moineau domestique mâle
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
jeudi 1er janvier 2026




Pinson du Nord mâle
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
jeudi 1er janvier 2026



Moineau domestique mâle
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 4 janvier 2026

Moineau domestique femelle
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 4 janvier 2026

Moineau domestique mâle
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 4 janvier 2026

Moineau domestique mâle
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 4 janvier 2026

Moineau domestique mâle
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 11 janvier 2026




Pinson du nord femelle
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 11 janvier 2026


Moineau domestique femelle
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
mercredi 14 janvier 2026

Couple de Pinson du Nord
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 18 janvier 2026

  Pinson du Nord
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 18 janvier 2026



Pinson du Nord mâle
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 18 janvier 2026



Moineau domestique femelle
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 18 janvier 2026



Pinson du Nord mâle
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
lundi 19 janvier 2026



Moineau domestique femelle
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
lundi 19 janvier 2026



Moineau domestique mâle
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
lundi 19 janvier 2026



Pinson du Nord mâle
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
lundi 19 janvier 2026



Pinson du Nord
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
vendredi 23 janvier 2026



Pinson du Nord femelle (2)
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
vendredi 23 janvier 2026



Pinson du Nord mâle
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
vendredi 23 janvier 2026



Pinson du Nord
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
vendredi 23 janvier 2026



Moineau domestique mâle
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 25 janvier 2026







Moineau domestique mâle (avec plusieurs plumes blanches)
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 25 janvier 2026







Pinson du Nord femelle
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 25 janvier 2026













Moineau domestique mâle (2)
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 25 janvier 2026







Moineau domestique femelle
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 25 janvier 2026




Moineau domestique mâle
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 25 janvier 2026








Pinson du Nord
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 25 janvier 2026



Pinson du Nord (dans l'ombre)
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
samedi 31 janvier 2026









Moineau domestique (mâle et femelle)
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
samedi 31 janvier 2026










Pinson du Nord mâle (au soleil)
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
samedi 31 janvier 2026








Pinson du Nord femelle
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
samedi 31 janvier 2026


Pinson du Nord mâle
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
samedi 31 janvier 2026



Moineau domestique mâle
Courvières (Haut-Doubs), Champ-Margot
dimanche 18 janvier 2026 (oubli !)

 


Suggestion de lecture :

"Mais alors, on risque de ne jamais les trouver ?

Nous avions installé le télescope sur la terrasse, par une claire soirée d’automne, à la lisière d’une des ultimes poches de ténèbres de l’Est des États-Unis. C’était dur à dénicher, des ténèbres aussi belles, et ainsi concentrées en un seul lieu elles illuminaient le ciel. Nous avons pointé la lunette vers une trouée entre les arbres, au-dessus de notre cabane de location. Robin a écarté son œil du viseur : mon triste et singulier garçon au bord de ses neuf ans, en porte-à-faux avec ce monde.

Tu as absolument raison. On risque de ne jamais les trouver.”

Je m’efforçais toujours de lui dire la vérité, dès lors que je la connaissais et qu’elle n’était pas mortelle. Quand je mentais, de toute façon, il le sentait.

Mais il y en a partout, non ? Vous l’avez prouvé, les mecs.

Enfin, pas vraiment prouvé.”

Peut-être qu’elles sont trop loin. Qu’il y a trop d’espace vide, un truc comme ça.

Ses bras firent des moulinets, comme toujours quand les mots lui faisaient défaut. L’heure du coucher approchait, ce qui n’arrangeait rien. Je posai la main sur sa tignasse châtain-roux. Du même roux qu’elle – Aly.

Et si par hasard on n’entend jamais le moindre son venir de là-haut ? Qu’est-ce que ça indiquerait ?”

Il me fit taire d’un geste de la main. Alyssa disait souvent que quand il se concentrait, on entendait les rouages. Ses yeux se plissèrent, plongés vers le sombre ravin d’arbres en contrebas. Son autre main rabotait sa fossette au menton – une autre de ses habitudes quand il réfléchissait. Il rabotait avec tant de vigueur que je dus intervenir.

Hé, Robbie ! Il est temps d’atterrir.”

Sa paume fusa pour me rassurer. Tout allait bien. Il voulait simplement s’abandonner à la question une minute encore, jusque dans le noir de la nuit, tant que c’était possible. Tu veux dire si on n’entendait jamais rien, jamais jamais ? J’encourageai mon petit scientifique d’un hochement de tête – vas-y en douceur. Finie pour ce soir, la contemplation des étoiles. Nous avions eu droit à la plus claire des soirées, en une région connue pour ses pluies. La lune du chasseur flottait sur l’horizon, pleine, grasse et rouge. Encadrée par le cercle d’arbres, si nette qu’elle semblait à portée de main, la Voie lactée se déversait, tels d’innombrables gravillons mouchetés dans le lit noir d’un torrent. En retenant son souffle, on pouvait presque voir les étoiles tournoyer. Rien de probant. Voilà ce que ça indiquerait. J’éclatai de rire. Il me faisait rire au moins une fois par jour, de bon cœur. Cet esprit rebelle. Ce scepticisme radical. Il était tellement moi. Il était tellement elle.

Non, confirmai-je. Rien de probant.”

Par contre, si jamais on entendait quelque chose, rien qu’un tout petit son, ça indiquerait un paquet de trucs !

Effectivement.”

Il y aurait amplement le temps, un autre soir, de dire exactement quoi. Pour le moment, c’était l’heure de se coucher. Il plaqua son œil contre le fût du télescope pour un dernier regard au noyau scintillant de la galaxie Andromède.

Dis papa, on peut dormir à la belle étoile cette nuit ?

Je l’avais retiré de l’école pour l’emmener en forêt toute une semaine. Il y avait encore eu des problèmes avec ses camarades, et on avait besoin d’une pause. Ça n’aurait eu aucun sens de le traîner jusqu’aux Smoky Mountains pour lui refuser une nuit en plein air.

Nous rentrâmes nous équiper pour cette aventure. Le rez-de-chaussée était une grande pièce lambrissée qui sentait le pin, épicé de bacon. La cuisine empestait le plâtre et les torchons humides – les senteurs d’une forêt pluviale tempérée. Des Post-it s’accrochaient aux placards : Filtres à café sur le frigo. Ne pas utiliser ces assiettes, merci ! Un gros classeur vert d’instructions était grand ouvert sur la table de chêne cabossée : caprices de la plomberie, emplacement des fusibles, numéros d’urgence. Chaque interrupteur de la maison était étiqueté : Plafonnier, Escalier, Couloir, Cuisine. Les hautes baies vitrées donnaient sur ce qui, demain matin, serait une immensité ondulante de montagnes succédant aux montagnes. La cheminée dallée était flanquée de deux canapés rustiques et effrangés, ornés d’un défilé d’élans, de canoës et d’ours. On fit main basse sur les coussins pour les disposer sur la terrasse.

On peut prendre de quoi grignoter ?

C’est pas une bonne idée, mon pote. Ursus americanus, ça te dit quelque chose ? Il y en a deux par kilomètre carré ici, et ils sont capables de sentir des cacahuètes jusqu’en Caroline du Nord.”

Je te crois même pas !

Il leva un doigt.

Mais ça me rappelle un truc !

Il fila dans la maison et en rapporta un épais livre de poche : Mammifères des Smoky Mountains.

T’es sérieux, Robbie ? Il fait nuit noire.”

Il brandit une lampe torche de secours, de celles qu’on recharge par un mouvement de manivelle. Elle l’avait fasciné le matin à notre arrivée, et il avait exigé que je lui explique le secret de cette magie. Et là, il ne se lassait pas de fabriquer ses électrons. Nous établîmes notre camp de base. Il avait l’air content, ce qui était le seul but de ce voyage exceptionnel. Allongés sur nos couchettes installées à même les planches de la terrasse fléchissante, nous récitâmes ensemble, à voix haute, la vieille prière laïque de sa mère, avant de nous endormir sous les quatre cents milliards d’étoiles de notre galaxie.


Je n’ai jamais cru aux diagnostics posés sur mon fils. Quand une pathologie se voit attribuer trois noms différents en autant de décennies, quand elle exige deux sous-catégories pour rendre compte de symptômes absolument contradictoires, quand en l’espace d’une génération elle passe de l’inexistence au statut de maladie infantile la plus diagnostiquée du pays, quand deux médecins veulent à eux seuls prescrire trois traitements différents, c’est qu’il y a un problème.

Mon Robin ne dormait pas toujours très bien. Il urinait au lit plusieurs fois par saison, et il en restait courbé de honte. Les bruits le déstabilisaient ; il préférait baisser le volume de la télé jusqu’à un niveau pour moi inaudible. Il ne supportait pas que le singe en tissu ne soit pas sur son perchoir au-dessus de la machine à laver, dans la buanderie. Il dépensait chaque dollar de son argent de poche pour des cartes à échanger – Collectionne-les toutes ! – mais les gardait intactes, par ordre de numérotation, sous les pochettes en plastique d’un classeur spécial.

Il pouvait flairer un pet à l’autre bout d’une salle de cinéma bondée. Se concentrer des heures sur les Minéraux du Nevada ou les Rois et Reines d’Angleterre – dès lors que ça se présentait sous la forme d’un tableau. Il dessinait constamment et avec talent, en s’appliquant à rendre des détails qui m’échappaient. Des édifices et mécanismes complexes, une année durant. Puis des animaux et des plantes.

Ses propos étaient des énigmes sorties de nulle part pour tout le monde sauf moi. Il pouvait réciter des scènes entières de films après une seule vision. Il répétait sans arrêt ses souvenirs, et chaque réitération des détails le rendait plus heureux. Quand il finissait un livre qu’il aimait, il le reprenait aussitôt à la page 1. Il fondait ou explosait pour un rien. Mais il pouvait tout aussi bien être submergé de joie.

Les nuits difficiles où Robin se repliait dans mon lit, il tenait à être du côté le plus éloigné des terreurs sans fin qui rôdaient derrière la fenêtre. (Sa mère aussi avait toujours préféré le côté protégé.) Il rêvassait, avait du mal à affronter toute échéance, et, effectivement, refusait de se concentrer sur ce qui ne l’intéressait pas. Mais jamais il ne s’agitait, ne courait partout ou ne parlait sans s’arrêter. Il pouvait rester tranquille pendant des heures face aux choses qu’il aimait. Alors dites-moi, à quelle déficience imputer tout ça ? Quel mal était la clé de mon fils ?

Les hypothèses ne manquaient pas, y compris des syndromes liés aux millions de tonnes de toxines déversées chaque année dans ce pays sur les produits alimentaires. Son deuxième pédiatre insistait pour le situer “dans le spectre”. J’avais envie de lui dire que tout être vivant sur cette petite planète aléatoire se situe quelque part dans le spectre. C’est le principe même d’un spectre. J’avais envie de lui dire que la vie elle-même est une aberration du spectre, et que chacun d’entre nous vibre sur une fréquence unique dans le continuum de l’arcen-ciel. Et puis j’ai eu envie de le baffer. Pour ça aussi, il doit y avoir un nom.

Mais bizarrement, dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, il n’y a pas de nom pour la tendance compulsive à diagnostiquer les gens. Quand l’école exclut Robin pour deux jours et mit sur l’affaire ses propres médecins, je me fis l’effet d’être un anachronisme, un dinosaure. À quoi bon chercher des explications ? Les vêtements synthétiques lui donnaient d’horribles plaques d’eczéma. Ses camarades le harcelaient parce qu’il ne comprenait pas leurs ragots malveillants. Sa mère était morte broyée quand il avait sept ans. Son chien bien-aimé était mort d’égarement quelques mois plus tard. Fallait-il aux médecins d’autres motifs de troubles du comportement ?

Face à l’échec des traitements à soulager mon enfant, je développai une théorie farfelue : la vie est une chose qu’il faut cesser de vouloir corriger. Mon fils était un univers de poche dont je n’atteindrais jamais le fond. Chacun de nous est une expérience en soi, et nous ne savons même pas ce qu’elle est censée tester.

Ma femme aurait su parler aux médecins. Personne n’est parfait, aimait-elle à dire. Mais vous savez quoi ? Nous sommes tous merveilleusement imparfaits..."


Richard POWER - Sidération


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